L' Histoire en chansons
Monsieur de Charette
Parisenchansons
Auteur : PAUL FEVAL Année : 1853

 

MONSIEUR DE CHARETTE

Analyse

Monsieur de Charette est une chanson également connue sous le nom de "Prends ton fusil Grégoire". Elle a été écrite et composée par Paul Féval ( célèbre auteur du Bossu) en 1853 à la gloire de François-Athanase Charette de La Contrie, général de l'Armée catholique et royale du Bas-Poitou et du Pays de Retz durant la guerre de Vendée.

François Athanase Charette de la Contrie naît le 2 mai 1763 à Couffé. Il entre à l’école des Gardes de la Marine en 1779, sert ensuite sous le comte de La Motte-Picquet et l'amiral comte de Guichen. À l'âge de 24 ans, il obtient le grade de lieutenant de vaisseau en 1787 et compte en 1790, onze campagnes à son actif, dont quelques-unes en Amérique.

Lorsque la Révolution éclate, il est choqué par les attaques violentes dont sont progressivement victimes le Roi, la Reine et la famille royale, les curés et d'une manière générale, les persécutions dont sont victimes ceux qui, de toutes conditions, veulent rester fidèles à leur foi et à leur Roi.

 

charette

 

Bien qu’il désapprouve le principe de l’émigration, il part pour Coblence, mais ne tarde pas à revenir en France pour défendre la famille royale aux Tuileries, le 10 août 1792. Il voit les derniers gardes suisses tomber, victimes de la sauvagerie des émeutiers révolutionnaires. Il parvient à s'échapper grâce à l'uniforme d'un garde national, pris sur le cadavre de celui- ci. Il échappe au massacre, mais sur le chemin du retour,il est arrêté à Angers et relâché grâce à l’intervention de Dumouriez.

Il s'était retiré dans son chateau de Fonteclause en Poitou, lorsque l'insurrection de Saint-Florent éclata dans le courant du mois de Mars 1793.

Le refus de la conscription forcée et les persécutions dont étaient victimes les prêtres furent les causes de la révolte vendéenne contre la Révolution parisienne, qu'elle avait accueillie plutôt favorablement à ses débuts.
Les paysans l' ayant engagé à plusieurs reprises à se mettre à leur tête, Charette n'y consentit qu'après la défaite de Laroche Saint-André dans Pornic.  

Après quelques succès initiaux sur les armées de la République, les troupes vendéennes, mal équipées mais bien commandées par des chefs charismatiques (Charette, Cathelineau, La Rochejacquelein, Stofflet), inquiétèrent le Comité de salut public. La guerre aux frontières mobilisait la plupart des troupes, et la Patrie était en danger. 

Il fallait en finir avec la Vendée.

Bientôt, le général Turreau (l'artisan des colonnes infernales)  essaya d' anéantir l'insurrection Royaliste en dévastant complètement le pays.

Cependant un grand nombre de chefs Vendéens avaient succombé et la Convention elle-même était lasse de cette guerre d' extermination. Elle publia une proclamation qui accordait amnistie à tous ceux qui avaient pris part à la révolte des provinces de l'Ouest, et la soeur de Charette fut mandatée pour lui faire les première ouvertures qui furent recues avec méfiance.

Il consentit enfin, le 15 Février 1795, à la Jaunaye, à contrecoeur, à conclure un traité de paix, dont les clauses stipulaient que les Vendéens auraient le libre exercice de leur religion, qu' ils conserveraient leurs armes, et qu' on leur paierait des indemnités pour les ravages de la guerre. 

Ceux-ci promettaient en retour de se soumettre à toute les lois de la République. Charette se preta à faire son entrée dans Nantes, le 26 Février, portant l' écharpe et le panache blancs. Il était accompagné de quatre de ses officiers et du général républicain Canclaux. Une foule immense assista à l'événement.

Le traité de La Jaunaye ne met pas totalement fin à la première guerre de Vendée, puisque plusieurs des signataires reprennent les armes dans les mois qui suivent.

La paix est en effet rompue par Charette le 24 juin 1795, lorsqu'il apprit la mort du dauphin, le futur Louis XVII, le 8 juin , une clause secrète lui en ayant promis la libération.

Après l'échec du débarquement des émigrés à Quiberon, le 25 juin 1795, Charette est poursuivi, arrêté le 23 mars 1796 à Saint-Sulpice-le-Verdon (Vendée) et fusillé à Nantes le 29.

On peut parler d'un génocide vendéen. Les estimations vont de 150 000 à 350 000 morts. Plus de 75% de ces victimes sont des civils: femmes, enfants, vieillards, tout était bon pour les "colonnes infernales" du général Turreau pour rayer de la carte de France ce peuple insoumis.

Ainsi D'Elbée réussit à empêcher ses hommes de massacrer 400 prisonniers républicains après la bataille de Chemillé, Lescure met fin à un massacre et sauve plusieurs centaines de Républicains lors de la première bataille de Châtillon, tandis que Bonchamps, mortellement blessé à la bataille de Cholet, parvient, quelques heures avant sa mort, à empêcher ses hommes de massacrer
4 000 à 5 000 prisonniers républicains qui sont ensuite relâchés).

En revanche, le général Marigny n'épargne presque jamais ses prisonniers. Lucas de La Championnière, officier dans l'armée du Marais rend également compte, en septembre, des différences avec la Grande Armée ou armée du bocage :« L'esprit des paysans qui composaient les détachements de la grande Armée, était bien différent de celui qui régnait parmi nous. Les nôtres pillaient, battaient et juraient comme de vrais soldats ; les autres dans ce temps là revenaient du combat en disant leur chapelets, ils faisaient prisonniers tous ceux qu'ils pouvaient prendre sans les tuer et rarement s'emparaient de leurs dépouilles. » 

3 000 prisonniers républicains sont relâchés après la bataille de Thouars, 3 250 après la bataille de Fontenay-le-Comte et 3 000 à 11 000 après la bataille de Saumur.
Il y aurait eu peut-être jusqu'à 25 000 prisonniers républicains tondus (avec promesse de ne pas reprendre les armes contre la Vendée). La Convention nationale refuse cependant de reconnaître la validité de ce serment, les soldats tondus sont renvoyés au combat une fois leurs cheveux repoussés.

Un dernier délai est accordé à Turreau qui précise ses objectifs; « il faut exterminer tous les hommes qui ont pris les armes, et frapper avec eux leurs pères, leurs femmes, leurs sœurs et leurs enfants. La Vendée doit n'être qu'un grand cimetière national ; il faut expulser de son territoire les Royalistes non armés, les Patriotes tièdes, etc., et couvrir ce pays du plus pur de la Nation. Repeuplez-le de bons Sans-Culottes».

Ces terribles décisions furent appliquées impitoyablement: femmes enceintes éventrées, villages entiers regroupés dans les églises incendiées par les "bleus", etc...

Mais sans résultat probant, Turreau est tenu en échec par les troupes vendéennes, il est finalement suspendu le 17 mai 1794, et l'activité des colonnes infernales décroît progressivement au cours du printemps.

Ceci traduit une reprise en main des rênes de l'État par le comité de salut public qui, « au prix d'une utilisation des mots d'ordre les plus fermes et d'une détermination de
fer », parvient à contrôler les violences qui ensanglantent le pays.

 

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Au cours de cette période, 20 000 à 50 000 civils vendéens ont été massacrés par les seules colonnes infernales. De l'automne 1793 au printemps 1794, les armées républicaines ont renoué avec une tactique de massacres et de destructions qui n'avait plus été observé en Europe depuis la guerre de Trente Ans. Des centaines de villages ont été brûlés, mais beaucoup d'habitants ont trouvé le moyen de se réfugier dans les bois et les bocages et de rejoindre les insurgés.

De son côté, le sinistre Carrier, à Nantes, poursuit son oeuvre exterminatrice: de la fin décembre 1793 à la fin février 1794, 2 600 prisonniers sont fusillés.

Il fait aussi mourir de nombreux condamnés ou prisonniers en les faisant noyer dans la Loire, procédé que Carrier appelait « la déportation verticale », la Loire étant en conséquence qualifiée dans ses écrits de « fleuve républicain ». 

Cependant au total, sur les 13 000 prisonniers détenus à Nantes, environ 10 000 furent tués (1 800 à 4 000 noyés, environ 2 000 fusillés et guillotinés et environ 3 000 morts du typhus ou autres maladies).

La Vendée est profondément marquée par ce passage dramatique de son histoire et en conservera longtemps les stigmates, tant dans le paysage que dans les mentalités.

Notes: les "messieurs" dont il est question dans la chanson sont bien entendu les chefs vendéens (souvent nobles, mais pas toujours). 

La "perdrix" est le soldat républicain, dont la redingote les fait ressembler à des oiseaux.

La guerre opposa les Blancs (les Vendéens, royalistes) aux Bleus (les Républicains, dont l'uniforme était bleu).

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