Depuis des décennies, la crise amorcée au début du siècle précédent a abouti à la formation de principautés indépendantes du pouvoir royal.
Elle s'est poursuivie tout au long du 10è siècle, aggravée par la pression exercée sur le territoire par les peuples barbares: Normands, Hongrois, et Sarrazins.
Les invasions vikings (Enluminure du Xè siècle)
Ces troubles ont abouti à la dégradation de l'autorité dynastique carolingienne, et à l'affirmation, face à elle, de pouvoirs concurrents, au premier rang desquels se trouve, dans les années 980, le roi des Francs, Hugues Capet.
Celui-ci a fini par s'imposer à la tête du royaume en 987, date à laquelle il est sacré, peut-être à Reims.
L'essentiel est là: la France vient de naître, même si le royaume ne s'étend guère au-delà des limites de l'Ile de France.
Le domaine royal sous Hugues Capet (en bleu)
Hugues Capet
Le blason de la maison de France
L'Europe en l'an Mil
Denier d'argent frappé sous Hugues Capet
La naissance d'une dynastie
Les Carolingiens sont issus d’une vieille famille franque, les Pippinides (du prénom de Pépin de Landen), qui se substitua peu à peu aux mérovingiens devenus les « rois fainéants ». La famille carolingienne tient son nom de Charlemagne, mais c’est son père Pépin le Bref, fils de Charles Martel qui s’empara du pouvoir royal en 751.
Charlemagne développa l’empire d’Occident, mais ses descendants divisèrent son héritage. La partie occidentale ou Francie occidentale donnera naissance à la France.
Progressivement, la faiblesse des souverains carolingiens favorisa l’émergence d’une nouvelle dynastie, les Robertiens qui prendront le pouvoir royal à plusieurs reprise.
Leurs héritiers, les Capétiens, le gardèrent à partir de 987. La famille des Capétiens directs, issue de Hugues Capet, régnera sur la France jusqu’au XIV ème siècle.
Par extension, " capétien " désignera le nom de cette dynastie royale qui régnera en direct de 987 à 1328 puis par branches collatérales de 1328 à 1792.
Ils s’employèrent à renforcer le royaume et pérenniser la dynastie. Les derniers représentants exhumèrent une vieille loi franque dite « loi salique » qui excluait les femmes pour maintenir la couronne à la descendance mâle. Les capétiens directs s’éteindront en 1328, à la mort de Charles IV le Bel.
Le coup de génie de Hugues réside dans le sacre de son fils Robert, associé au trône de son vivant.
Sans le savoir, ceux qui avaient cru amoindrir le pouvoir royal en plaçant sur le trône d'une monarchie élective un souverain réputé faible avaient légitimé le fondateur d'une dynastie qui allait tenir les rênes de la royauté pendant plus de neuf siècles.
Hugues épouse Adélaïde d'Aquitaine, la fille du comte* de Poitiers, en 970. Au regard de l'histoire, le règne de Hugues revêt surtout une importance symbolique. Il ne dure que neuf années et s'achève par la maladie du roi, qui disparaît sans gloire.
Qui était Hugues Capet ?
Né vers 941, il est le fils de Hugues le Grand et issu de la famille des Robertiens.
Il devient duc de France en 956, et assure l'avenir de sa dynastie. Les capétiens régnèrent directement de père en fils jusqu'en 1328.
A l'assemblée de Senlis, en 987, après la mort de Louis V, il est élu roi de France.
Il sera sacré en 988, sans doute à Reims par l'évêque Aldabéron, qui avait soutenu sa candidature (et qui était accusé de haute trahison).
A cette période, il est un seigneur puissant et respecté qui possède de vastes domaines autour de Paris et Orléans qui en font l'un des principaux seigneurs de la Francie occidentale.
Il s'agit de seigneuries laïques et d'abbayes.
Jusqu'en 991, Hugues doit combattre le parti carolingien, mené par de forts partisans, dont Charles de Lorraine.
Il meurt en 996.
Paris sous Hugues Capet
Les raids des Vikings, qui remontaient la Seine depuis la Normandie jusqu'à Paris, sont stoppées par les prédecesseurs d'Hugues Capet.
Hugues Capet et ses successeurs fixent leur résidence dans l'île de la Cité. La ville prospère grâce à la navigation sur le fleuve.
Sous son règne, on reconstruit les abbayes détruites par les Normands.
Le Xe siècle est l'époque la plus triste de l'histoire de Paris comme de l'histoire de toute la France: les famines et les pestes sont continuelles; la guerre n'a point de relâche; on se croit près de la fin du monde.
Aussi la ville ne prend aucun accroissement, et l'on n'y voit bâtir dans la Cité que les petites églises de Saint-Barthélémy, de Saint-Landry, de Saint-Pierre-des-Arcis.
Mais avec les rois de la troisième race, Paris reprend un peu de vie: de capitale du duché des Capétiens, elle devient capitale du royaume et profite de sa position géographique pour centraliser autour d'elle la plus grande partie de la France.
Cependant son influence n'est pas d'abord politique: heureuse d'être ville royale et affranchie de la turbulente vie des communes, protégée par des franchises et des coutumes qui dataient du temps des Gaulois, vivant paisible à l'ombre du sceptre de ses maîtres, elle se contente d'avoir sur les provinces l'influence des idées, du savoir, de l'intelligence.
Charte d'Hugues Capet datée du 20 juin 989, par laquelle il donne à l'Eglise son domaine de Maisons-Alfort, pour la remercier de l'avoir soutenu lors de son élection au trône de France
La communion du chevalier (cathédrale de Reims)
A l’époque...
La réunification de la Chine est réalisée par la dynastie Song, qui sera bientôt vaincue par les Mongols.
Les Vikings assaillent de nouveau l'Angleterre
La seconde église de Cluny est consacrée..
Fondation de l'université du Caire.
Gerbert devient le pape Sylvestre II.
Fondations des premiers comptoirs commerciaux sur la côte est de l'Afrique par les Arabes: Zanzibar, Mogadiscio, Mombasa..
Les vitraux de la cathédrale de Reims sont peints.
Inventions: l'écluse (Chine, 983), la poudre à canon (Chine, v.1000)
Montjoie Saint-Denis !
Il s'agit du cri de guerre des capétiens, véritable signe de ralliement autour du royaume de France.
L'origine de ce cri serait liée à celle des monts-joie, qui sont des collines. Une mont-joie existait à 3km de la basilique de Saint Denis, et avait un caractère sacré par le fait qu'elle aurait été le lieu du martyr de Saint Denis au IIIe sciècle. "Mont-joie Saint Denis" associerait ainsi la royauté à un lieu sacré, comme pour mieux auréoler le pouvoir royal.
Paris sous Hugues Capet
Rue de Paris
Hugues Capet, l'"homme au chapeau"
Le surnom de Capet fait sa première apparition vers 1030 dans la chronique d’Adémar de Chabanne, il s’applique alors au père d’Hugues Capet, le duc Hugues Ier. Il ne qualifie Hugues Capet qu’au début du XIIe siècle. Les annales de l'abbaye Saint-Médard de Soissons mentionnent l'élection (987) du fondateur des Capétiens, Hugues "surnommé Chapez" et le terme "capétien" apparaît pour la première fois chez le chroniqueur anglais Raoul de Diceto († 1202). Les révolutionnaires le donnèrent par dérision à Louis XVI détrôné (le « citoyen Capet ») et à sa famille. Rappelons qu'Hugues Capet (940 - 996), sera duc de Francie (960-987), puis roi de Francie (987-996).
Au XIIe siècle, la chape étant devenue un chaperon ou chapeau, Hugues Capet fut considéré comme "l’homme au chapeau", et la légende, appuyée sur cette fausse étymologie, naquit, selon laquelle il n’avait pas pu ou voulu recevoir la couronne.
Il n'y a pas que le nom du fondateur de la dynastie capétienne qui se rattache aux abbayes, il y a aussi son élection royale. En effet, une légende (parmi d'autres) affirmait, probablement conçue pour légitimer l'accession de la nouvelle dynastie, que si Hugues rendait la dépouille mortelle de saint Valéry (Walaric, + vers 620) à l'abbaye du saint, il serait roi et ses descendants le seraient pendant sept générations.
Le sceau royal d'Hugues Capet
3 juillet 987 Le sacre de Hugues Capet
Le 3 juillet 987, Hugues Capet devient roi des Francs sous le nom de Hugues 1er. Les principaux seigneurs du bassin parisien lui ont offert la couronne au détriment de l'ultime héritier de Charlemagne. Hugues est sacré selon un rituel germanique. Son avènement marque la vraie naissance de la France. Le nouveau roi est un homme mûr de 47 ans. Il possède de vastes domaines autour de Paris et Orléans.
Il s'agit de seigneuries laïques et d'abbayes (d'où le surnom de Capet qui fait allusion à ses chapes d'abbés, dont celle, prestigieuse entre toutes, de Saint-Martin-de-Tours). Hugues doit défendre sa légitimité les armes à la main contre le parti carolingien qui garde de solides partisans.
L'un de ses vassaux refusant de lever le siège de Tours, Hugues lui demande : - Qui t'a fait comte ? Et l'autre de répliquer : - Qui t'a fait roi ? Les premières générations de Capétiens respectent la règle féodale de l’élection. Mais Hugues et ses successeurs ont soin de faire élire de leur vivant leur fils aîné et de le faire sacrer roi à Reims. Les Grands du royaume se prêtent de bon gré à la manœuvre. Le fils du roi régnant a l’avantage d’avoir été préparé à la succession et son élection coupe court aux querelles entre prétendants. C'est ainsi que la succession héréditaire devient la règle en France... jusqu'en 1792.
A quoi ressemble l'homme du Xe siècle, comment vit-il?
Cet homme vit dans une maison rustique, faite de torchis et de chaume, plutôt confortable.
Il n'y fait pas froid, mais cette maison est sombre. Toute la famille est réunie là, on entretient le feu à même le sol. On se nourrit essentiellement de féculents - n'oubliez pas que les lentilles existent depuis le néolithique - et de céréales. Des fours sont creusés dans le sol, répartis en batterie autour d'une aire centrale, de sorte que l'on peut faire tourner les braises d'un four à l'autre.
Y a t-il une répartition précise des travaux entre les hommes et les femmes?
Il est difficile de le préciser. Nous savons qu'il existe des activités de tissage à la maison. En outre, on observe souvent la présence de sortes de cabanes annexes à proximité de la maison, à demi enterrées, servant tout à la fois de bergerie, d'étable et d'atelier de tissage: l'humidité ambiante qui y règne est essentielle à l'entretien et à la préservation du tissu.
Comment s'habille t-on?
Le vêtement populaire reste, grosso modo, le même depuis l'Antiquité: tunique, manteau, braies pour les hommes. Lin et chanvre pour le dessous; laine pour le dessus. La soie est réservée aux gens riches qui peuvent la faire venir d'Asie et de Byzance. (C'est également dans la soie que l'on enveloppe les reliques.)
L'influence religieuse est-elle prépondérante?
Oui, de plus en plus. Par exemple, on note une prolifération des paroisses, à distinguer du monachisme et des grandes abbayes telles que Saint-Denis, Saint-Germain, Jouarre, Argenteuil... La paroisse développe une pratique populaire et ce phénomène est d'autant plus important que, sous les Carolingiens, on a encore des textes qui interdisent certaines pratiques païennes - ce qui prouve que ces pratiques existent encore. A l'époque dont nous parlons, elles s'effacent.
Un château à motte
Un soldat capétien du Xè siècle
Bon à savoir...
La grande peur de l'an Mil
Faux ! La légende qui veut que la grande peur de l'an mil se soit répandue comme une traînée de poudre à la fin du premier millénaire de notre ère est absolument erronée.
D'ailleurs, à cette époque, toutes les régions d'Europe, bien que chrétiennes, n'avaient pas le même calendrier (selon les pays, l'année commençait à Pâques ou à Noël.). En outre, l'éducation scolaire étant encore lacunaire, beaucoup d'Européens ne se rendirent même pas compte qu'ils rentraient dans un nouveau millénaire.
Certes, quelques membres du clergé (principalement des clercs et des moines.), une minorité, se firent du souci à la lecture de certains versets de l'Apocalypse de Saint Jean (XX, 1 à 8.) : Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l'abîme et une grande chaîne dans sa main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et le lia pour mille ans. Il le jeta dans l'abîme, ferma et scella l'entrée au dessus de lui, afin qu'il ne séduisit plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis. [...] Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog & Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer.
Cependant, tous ces ecclésiastiques n'étaient pas d'accord sur la date de la fin des temps : beaucoup attendirent donc 1033, soit mille ans après la mort du Christ.
Comment s'est donc mis en place ce mythe des peurs de l'an mil, sachant qu'aucune source datant du XI° siècle n'en fait état ?
En fait, tout commença avec les humanistes de la Renaissance, qui décidèrent de présenter le Moyen âge comme une période noire et obscurantiste. Par la suite, ces idées furent reprises par les philosophes des lumières, puis par la révolution française de 1789.
Mais le mythe de la peur de l'an mil se répandit largement sous la III° république: en effet, les républicains voulaient démontrer que l'Église, pendant des siècles, avait eu comme objectif de tenir les masses populaires dans l'ignorance la plus crasse. De nombreux historiens, fidèles à ces idéaux républicains, diffusèrent cette propagande anticléricale, utilisant au mieux le mythe des peurs de l'an mil.
De nos jours, nous nous complaisons à nous moquer de nos ancêtres de l'époque: incultes, analphabètes, ignorants, etc...
Mais eux n'ont pas eu peur du passage à l'an Mil. Peut-on en dire autant de nos contemporains lorsque nous avons passé l'an 2000 ?
Le château à motte
Le chateau à motte apparut durant le Xème siècle. Il se caractérisait par une butte entourée d'un fossé (la terre extraite de ce fossé ayant permis d'élever la butte).
Une tour de bois, carrée ou circulaire, coiffait le sommet de la motte. L'étage de ce donjon, qui servait de deumeure seigneuriale, n'était accessible que par une passerelle mobile. Sur le toit s'installaient des guetteurs et dans le soubassement se trouvaient les réserves de nourriture et la prison.
La domisticité, les animaux et le reste des approvisionnements trouvaient place dans un enclos nommé "baille" ou "basse-cour". Ce dernier était entouré d'une palissade et précédé d'un autre fossé.
Dans le siécle qui suit, rares seront les évolutions. Elles se présenteront sous forme de nouveaux remparts de bois ou de plus grands fossés.
Et il faudra attendre près de 150 ans pour apporter un net changement aux forteresses.
Le Concile de Charroux
règlemente la guerre
Deux ans après son accession au trône de France, en 989, Hugues Capet organise à Charroux, petit village du Poitou, une assemblée solennelle, qui impose des limites à la violence des seigneurs, jusque là sans frein.
En effet, faute d'une force armée suffisante, la sécurité intérieure du royaume ne peut être assurée. Quant à la justice, elle n'est plus rendue. Les terres des églises et de la paysannerie sont transférées arbitrairement vers l'aristocratie laïque. En d'autres termes, le seul moyen de faire valoir son droit est de recourir à la guerre privée.
Le royaume s'épuise dans ces guerres intestines, et le roi a tranché.
Un serment sera prêté par tous les présents. Sa portée est très modeste, mais représente un réel progrès pour cette époque troublée. Il vise à protéger les églises, le bétail des paysans, leurs biens meubles et la personne des clercs contre les exactions de ceux qui font profession de porter les armes: les chevaliers.
Le concile de Charroux impose pour la première fois un programme minimal de remise en ordre.Des assemblées similaires se tiennent à Narbonne et au Puy. Le mouvement remonte ensuite vers la Bourgogne, où il rencontre l'influence de Cluny.
Celle-ci sera décisive dans la diffusion des idées de paix. Effectivement, les puissants, quels que soient leurs désirs de richesse, de puissance et de pouvoir, n'en demeurent pas moins angoissés par le salut de leur âme. Ils ont peur des prêtres, qui ont le pouvoir de les excommunier, c'est à dire les retrancher de la communauté des croyants.
La peste noire
Le clergé, la chevalerie, et la paysannerie
Au cours de ces assemblées, présidées par un Saint, dont la présence est matérialisée par une châsse contenant ses reliques, sont représentés, les paysans, le clergé, et les chevaliers.
Le serment consiste à obtenir des chevaliers qu'ils jurent devant Dieu de s'abstenir d'attaquer les églises et une surface définie par un rayon de trente pas autour du bâtiment.
Là, en cas d'opération militaire, les paysans peuvent trouver refuge. Toute aussi importante est la protection assurée aux marchands et aux clercs, pourvu qu'ils ne portent pas d'armes.
Elle doit permettre le retour à la sécurité des communications, et donc du commerce.
Si le concile de Charroux n'a pas tout règlé, il a néanmoins permis le début d'une prise de conscience chevaleresque de la part des seigneurs.
Hugues Capet a par cet acte énergique contribué à restaurer la sécurité et la confiance du royaume dans les institutions.
La France d'Hugues Capet
La population est estimée à 8 ou 9 millions d'habitants vers l'an mil, soit à peine plus qu'à l'époque gallo-romaine, et atteindra son maximum de 20 millions au milieu du XIII ème siècle, à la veille de la guerre de Cent Ans.
Cette croissance démographique continue du Xème au XIIIème siècle est à mettre au compte des défrichements, d'une extension des cultures, de l'introduction de nouvelles techniques et enfin de la renaissance des villes et du commerce.
L'agriculture en l'an Mil
Depuis le Haut Moyen-Age, les riches se nourrissent surtout de viandes provenant de la chasse et de poissons, en surplus des denrées de base tandis que la majorité du peuple ne subsiste que grâce au pain, fait de blé, plus souvent d'orge ou de seigle, de méteil et de soupes ou bouillies.
Les rendements sont déplorables jusqu'au XIème siècle où l'on compte pas moins de 48 ans de famine sur 73 ans!