Le journal de Paris
1200

Création de la première université

 

 
 
 

Le Contexte

 

Nous sommes en 1200.

C'est Philippe II, plus connu sous le nom qui l'a fait passer à la prospérité, Philippe Auguste, qui règne sur le royaume de France depuis maintenant vingt ans.

Vingt ans qu'il a consacrés, entre autres, à agrandir le domaine royal, par une lutte sans merci contre ses grands vassaux et les Plantagenêt, dont le célèbre Richard Coeur de Lion.

Paris, pour sa part, s'est affirmée tout au long du XIIè siècle, en tant que capitale administrative, religieuse et intellectuelle du royaume.

Pierre Abélard voit les élèves affluer de tous les pays de la chrétienté pour écouter ses leçons, et le suivre losqu'il sera exilé de Paris. Mais les écoles, à l'époque, sont essentiellement consacrées à l'étude de la théologie et à la dialectique. C'est le chancelier de Notre-Dame de Paris qui délivre les autorisations d'enseigner.

Mais c'est en 1200 que tout commence vraiment.
Philippe Auguste a parfaitement compris qu'il fallait une élite instruite pour administrer la France. C'est la raison qui le pousse à favoriser  la naissance d'un enseignement structuré de haut niveau.

Les maîtres s'organisent en une communauté autonome: l'Université, dotée de privilèges qui l'exemptent de la justice séculière et d'impôts royaux.

Dès lors, les collèges se multiplient pour accueillir les étudiants; ce sera la Sorbonne en 1257, puis celui de Navarre en 1304.

Entretemps, les les institutions universitaires se spécialisent, et les étudiants sont répartis selon leur nation d'origine. L'Université est divisée en quatre facultés: faculté préparatoire des arts, facultés supérieures de théologie, de décret et de médecine, dirigées par un doyen.

Ce système est imité dans toute l'Europe septentrionale. Paris va étendre désormais son prestige et sa culture dans toute la chrétienté.

Plan_de_Paris_sous_Philippe_Auguste

Paris sous Philippe Auguste

 

Philippe Auguste

Né en 1165, mort en 1223, il a régné à partir de 1180.
Fils de Louis VII, il n'a que 15 ans à la mort de son père.
Il a déjà face à lui une coalition des grands féodaux de Flandre, Champagne et Bourgogne. Par le traité de Boves, il met la main sur l'Artois, le Vendomois et Amiens.

Philippe_Auguste_timbre1955_GF

Il part en croisade en 1190 et revient l'année suivante.
Il s'empare de la Normandie, profitant de ce que Richard Coeur de Lion avait été arrêté et livré à l'empereur Henri VI en 1194. A la mort de celui-ci, Philippe Auguste continue la lutte contre le nouveau roi d'Angleterre, Jean Sans Terre.

Il envahit la Normandie en 1202, puis dans les deux années qui suivent il s'empare aussi de la Touraine, de l'Anjou, du Poitou. Il gagne la bataille de Bouvines en 1214 contre Jean SansTerre qui avait mené une coalition contre lui avec le comte de Flandre, le comte de Bologne et l'empereur Othon de Brunswick.

Pendant son règne on constate un grand renforcement du contôle du royaume par la nomination des bailis et sénéchaux.

Il épouse d'abord Isabelle de Hainaut, puis après la mort de celle-ci en 1190 , il épouse Ingeburge de Danemark en 1193, mais il la répudie aussitôt et se remarie en 1196 avec Agnès de Méranie. Il est condamné par le pape Innocent III et l'interdit est jeté sur le royaume. Après la mort de sa troisième femme, en 1213, il consent à rappeler Ingeburge.



    Les_conquetes_territoriales_de_Philippe_Auguste

    La France de Philippe Auguste

     


    Paris sous Philippe Auguste
     

    Les maisons du Moyen Age se composaient d'un rez-de-chaussée en pierre de taille, et de poutres de bois, avec une charpente de poteaux de bois dite à colombage.
    Les interstices étaient comblés avec des moellons recouverts de plâtre. Cela donnait à la ville un aspect très blanc qui a depuis longtemps disparu. La plus vieille maison de Paris existant encore date d'après Philippe Auguste, probablement de la fin du XIIIe siècle.

    Boutique_medievale

    Boutique médiévale

    La surface enclose par le mur donne environ une superficie de 250 hectares, mais le calcul du nombre des habitants est plus difficile.
    Il semblerait que la population soit passée de
    25 000 à 50 000 pendant le règne de Philippe Auguste.

    En 1200 on commença de voir apparaître les premières enseignes pour différencier les maisons privées.

    Les rues étaient très étroites et enchevêtrées. quelques-unes ne permettaient le passage que d'un seul homme à la fois. Les plus larges étaient la rue Saint-Martin et Grande-Rue Saint Honoré. Une charte de 1222 fixa la largeur d'une de ces rues à un peu moins de 6 mètres pour que deux charrettes puissent se croiser.

    Apparurent alors des bornes de pierre en bordure de chaussée, afin que les charrettes n'endommagent pas les immeubles. Celles-ci servaient également aux cavaliers pour monter sur leurs chevaux.

    Il y en avait moins de 300. Elles étaient boueuses, sales et malodorantes. Ne pouvant plus supporter l'odeur charriée par la boue, un jour de 1185 Philippe Auguste ordonna le pavage des rues.

    Philippe Auguste demanda à son prévôt de faire paver les rues principales de blocs de pierre à cause de l'odeur insupportable.

     

    L'enceinte de Philippe Auguste

    La muraille de Philippe Auguste est plus qu'un rempart : c'est une structure de rêve, qui fait surgir au milieu du Paris d'aujourd'hui les fantômes des guerres moyenâgeuses, les bruits de bataille, la rudesse de temps révolus.

    Enceinte-philippe-auguste-1223-paris

     
    L'enceinte de Philippe Auguste

     

    Elle est là, parmi nous, encore présente à de nombreux endroits pour qui sait la voir. Elle est totalement imbriquée dans notre quotidien et nous la côtoyons souvent sans le savoir.
    Mais pour ceux qui savent la reconnaître et l'évoquer, c'est un coin du voile qui se soulève : la ville banale prend une dimension historique.

    paris_enceinte_de_philippe_auguste_rue_clovis

    Enceinte de Philippe Auguste
    rue Clovis

    Construite entre 1190 et 1220 sous le règne de Philippe Auguste, cet ouvrage fortifié est le second et dernier (après le mur Gallo Romain qui ceinturait l'île de la Cité) à avoir eu une fonction défensive globale.

    En effet, les murs ultérieurs étaient soit des ouvrages partiels (muraille de Charles V et Louis XIII) soit des murs "fiscaux" (mur d'octroi de Louis XIV) soit les lignes de fortifications modernes ("fortifs" de Thiers, érigées au milieu du 19e siècle).

    Le mur de Philippe Auguste, lui, est une "vraie" muraille avec un chemin de ronde, des créneaux, des portes fortifiées, des tours rondes régulièrement espacées. Il faisait tour le tour de la ville de l'époque. Le Paris de 1230 ressemblait un peu au Carcassonne d'aujourd'hui. 2800m sur la rive droite, 2600m sur la rive gauche, 3m d'épaisseur à la base, 9m de hauteur et une tour de 14m de haut tous les 70 m, le rempart était une fortification imposante. Pour le défendre à l'Ouest Philippe Auguste fit ériger sur ses deniers (le mur, lui, était financé par la ville) le Louvre féodal qui devait donner naissance au bâtiment que nous connaissons aujourd'hui.

    La structure du rempart s'avéra être un élément clé pour sa survie : composé de deux murs épais, solides et soigneusement appareillés, tout l'espace entre ces deux parois est rempli de petites pierres et de mortier que l'on peut assimiler à des quasi-débris.

    Cette conception "en sandwich" était connue des Parisiens. Quand, au fil des siècles, la muraille fut déclassée, au lieu d'être détruite (un sort commun à bon nombre de monuments de Paris qui terminèrent leur vie en servant de carrières), elle fit office d'assise à des constructions qui s'appuyèrent sur chacune de ses faces, permettant ainsi de notables économies aux entrepreneurs.

    Ainsi emprisonnée entre deux maisons sur une bonne partie de son parcours, la muraille survécut au fil des siècles. Les nouveaux îlots furent certes détruits quelques siècles plus tard, mais pas tous. Il subsiste ainsi des portions appréciables de la structure dont certaines furent mises à jour très tard.

    On "découvrit" après la deuxième guerre mondiale une cinquantaine de mètres de murs et deux tours très bien préservés, rue des Jardins St Paul, sur la rive droite.

    Une autre particularité intéressante de cet ouvrage réside dans le fait qu'il fut construit sur le sol géologique de la ville. Aujourd'hui, près de la Seine, le niveau actuel de circulation est à près de 7 mètres au-dessus du terrain "réel" de l'agglomération. La muraille se retrouve donc enterrée. Rue Mazarine, sur la rive gauche, il faut descendre dans un parc souterrain de stationnement pour l'apercevoir. Un peu plus loin, dans la cour du Commerce St André, c'est une tour intacte qui est emprisonnée dans un magasin : on l'aperçoit au travers de la vitrine !

    A d'autres endroits, ce n'est pas la muraille qu'on voit, mais des constructions plus récentes qui l'entourèrent et en conservent la trace. Ainsi, rue du Louvre sur la rive droite, on peut observer depuis le trottoir un mur étrange qui forme un tiers de cercle : c'est la trace d'une des tours de la muraille.

    Rue du faubourg St Honoré et rue St André des Arts, si l'on regarde de près les entrées des immeubles, on se rend compte que les murs des immeubles forment un angle aigu avec la chaussée : c'est que ces maisons s'appuyaient sur la muraille qui elle même formait un angle avec la rue. Tels des dominos, ce sont tous les immeubles aux alentours qui adoptent ce plan peu banal

    Ansi, présente ou disparue, la muraille de Philippe Auguste évoque directement ou indirectement un Paris presque évanoui qui tente malgré tout de nous faire signe par-dessus les siècles. Et ce Paris là était à son époque au moins aussi ambitieux ou novateur que la ville qui abrite la Tour Eiffel, Beaubourg et le boulevard périphérique.

    sceau-Philippe-Auguste_1180

    Le sceau de Philippe Auguste

     

    Les Halles de Paris

    Avant Philippe Auguste, il y avait aux Champeaux un marché au blé en plein air. Philippe-Auguste y fit transférer en 1181
    "la foire St Lazare" qui est à l'origine du quartier des Halles. Cette foire se trouvait entre l'église Saint-Laurent et la Léproserie Saint Lazare (soit notre rue du Faubourg Saint Denis et le Boulevard Magenta). Le roi avait racheté cette foire aux lépreux. En 1182, le marché fut agrandi, suite à la confiscation des maisons aux juifs.

    les_halles_detailLes Halles (détail)

     

    En 1137, Louis VI avait déjà transféré un marché depuis la place de Grève jusqu'à cet endroit.
    Il fut d'abord en plein air, puis deux bâtiments y furent construits. Des portes fermaient ces bâtiments la nuit, pour permettre aux marchands d'y déposer leurs marchandises à l'abri. En 1187 le cimetière des Saints Innocents fut clos par un mur afin d'être séparé du marché des Champeaux.

    C'était une grande place traversée par les passants où l'on vendait des marchandises.
    Les Parisiens avaient coutume d'y enterrer leurs morts, mais les corps ne pouvaient être inhumés décemment à cause des pluies et de l'abondance d'une boue fétide. Guillaume le Breton dans sa "Philippide" ajoute qu'il était ouvert aux porcs et plein d'immondices, que les prostituées y exerçaient leur commerce et que le roi le fit entourer d'un mur élevé fait de pierres de taille.

    foire_marchande

    Foire marchande

     

    Ainsi furent assainis le quartier et le marché. C'est sous Philippe Auguste, à cause de tous ces travaux et notamment de la construction de deux grands pavillons, que le marché commence à s'appeler "les Halles". Ce marché fut totalement compris dans l'enceinte de Philippe Auguste."
    Vraisemblablement au début du règne de Philippe-Auguste, ce marché attirait surtout les merciers, marchands de blé et de légumes.

    En 1222 une foire avait été installée sur le parvis de Notre-Dame. Il s'agissait d'une foire aux lards, graisses et chairs de porc. Elle durait une seule journée. Rappelons l'importance des porcs au Moyen Age, animaux très prisés à cette époque.

     

    PhilippeAuguste__Bouvines_timbre

    Le dimanche de Bouvines, première victoire nationale

    C'est en août 1192 que Richard Cœur de Lion décide de rentrer de la troisième croisade (1189-1192). Il a l'imprudence de passer par les terres de Léopold d'Autriche, qui, "conseillé" par le roi de France Philippe Auguste, le capture et le livre à l'empereur Henri VI.
    A sa libération (1194), il engage les hostilités contre le royaume de France, mais en 1199, il meurt d'un carreau d'arbalète pendant le siège du château de Châlus. C'est son frère Jean sans Terre qui lui succède, non sans peine. les barons et les prélats anglais hésitant entre lui et Arthur de Bretagne, neveu de Richard, mais sous la main de Philippe Auguste.
    Pour finir, Jean sans Terre est couronné Duc de Normandie le 25 Avril 1199, roi d'Angleterre le 25 Mai, Arthur de Bretagne prête hommage à Philippe Auguste pour la Bretagne, le Maine et l'Anjou, alors qu'Alienor rend elle l'hommage pour l'Aquitaine.

    En 1209, à cause d'une élection contestée à l'archevêché de Canterbury, Innocent III excommunie le royaume d'Angleterre, et charge Philippe Auguste de le conquérir , en rémission de ses péchés.

    Le roi de France prépare alors son armée, et en 1213, alors qu'il se prépare à embarquer, un légat du pape vient lui apprendre que l'excommunication est levée ... Jean sans Terre, se jugeant perdu, a préféré se soumettre au pape, et accepte que l'Angleterre soit fief du Saint-Siège ... donc inattaquable sous peine d'excommunication. Rentré dans les faveurs du pape, Jean forme alors une coalition pour tenter de mettre fin à l'hégémonie du souverain français.

    Les forces en présence

    Otton IV de Brunswick, roi de Germanie , Otton IV, attiré par les deniers du roi d'Angleterre et décidé à combattre le roi de France, principal obstacle à son triomphe, rejoint la coalition. 
    Le Comte de Flandre Ferrand de Portugal,  refuse de reconnaître les droits exercé du Roi de France sur la Flandre en un temps où le pouvoir sur les hommes était régi par le droit féodal d'hommage à un suzerain appelé à dominer vos terres. En 1213, le roi a ravagé sa terre, et brûlé Lille, capitale des Flandres ... Il rejoint la coalition. 
    Renaud de Dammartin était pourtant l'ami d'enfance de Philippe Auguste. Mais il n'a cessé de louvoyer entre les deux royaumes de France et d'Angleterre. En 1190, il renvoie son épouse Marie de Chatillon, cousine du roi, pour épouser la très riche héritière veuve du Comte de Boulogne. De ce mariage nait toutes sortes de jalousies, et notamment du Comte de Guines, du Comte de Saint-Pol et de la famille de Dreux. Assuré de l'inimitié capétienne ... il rejoint la coalition. 
    Font partie également de la coalition Arnoul d'Audenarde, Buridan de Furnes, Hugues de Boves ( obligé de fuir la France car meurtrier d'un prévôt du roi ) et Gauthier de Ghistelle.

    Alors que Jean sans Terre est parti se faire battre à La roche aux Moines (2 Juillet 1214), Otton quitte Aix la Chapelle ; le 12, il est à Nivelle, puis se dirige vers Valenciennes. Le 23, l'armée française se rend de Péronne à Douai ; le 26, elle est à Tournai ... Philippe a résolu de prendre les coalisés à revers en les contournant par le Nord-Est, de manière à intercepter les communications entre l'Allemagne et la Flandre.

    Prévenu par ses espions, l'empereur transfère son armée de Valenciennes à Mortagne, au confluent de la Scarpe et de l'Escaut ... à trois lieues des français. 
    Philippe réunit alors ses cousins, les Comtes, les chevaliers ... tous décident de se replier vers Lille par la route la plus courte ; route dont le passage obligé est le pont qui enjambe la Marque et ses marais ... le pont de Bouvines. Alors que l'armée a déjà commencé à franchir ce pont, l'armée des coalisés est en vue ...

    La bataille de Bouvines peut commencer.

    La bataille

    Alors que le roi se repose à l'ombre d'un frêne, frère Guérin vient le trouver pour lui apprendre la nouvelle : Bien que ce jour soit celui du seigneur (Le 27 Juillet 1214 tombait un Dimanche et " Il est interdit d'assaillir son ennemi depuis la neuvième heure du samedi jusqu'à la première heure du lundi " a décrété le concile d'Elne en 1027), la bataille aura lieu. 

    Bouvines_Philippe_Auguste_contre_Othon

    La bataille de Bouvines (1214)
    Philippe Auguste contre Othon


    Le roi ne faiblit pas ; il ajuste son haubert, adresse une courte prière dans une petite chapelle dédiée à Saint-Pierre, et donne ses ordres à ses fidèles, Michel de Harnes, Guillaume des Barres, Gérard la Truie, Mathieu de Montmorency, Pierre Mauvoisin et tous les autres. 

    Les deux armées sont rangées en bataille de trois corps chacune.
    Au centre de l'armée française, Philippe Auguste, est entouré de ses chevaliers d'élite,. A sa droite, la bataille commandée par le Duc Eudes de Bourgogne et ses lieutenants, composée des chevaliers champenois et bourguignons.
    A sa gauche, les chevaliers et les piétons, conduits par Robert de Dreux, les Comtes de Ponthieu, de Soissons, de Grandpré et le sire de Saint-Valéry. 

    En face de lui, l'armée d'Otton, trois fois plus importante. Au centre, l'empereur, avec sa garde saxonne, sa chevalerie des Ducs de Lorraine et de Brabant, du Comte de Namur et son infanterie brabançonne et allemande. A sa gauche, le Comte de Flandre commande outre la cavalerie et l'infanterie, les milices flamandes.

    bataille_de_Bouvines

    A sa droite, c'est Renaud de Dammartin qui s'occupe des fantassins brabançons et des chevaliers anglo-flamands de Guillaume Longue-Epée et d'Arnaud d'Audenarde. 
    La bataille peut commencer ... Tout d'abord, ce sont des sergents à cheval qui sont envoyés contre les flamands. Ces derniers les reçoivent avec grand dédain ... Envoyer des vilains contre des chevaliers est un manquement grave aux usages ... 

    Puis, les choses sérieuses commencent. Trois chevaliers flamands, Gautier de Ghistelle, Buridan et Eustache de Malenghin viennent défier leurs homologues champennois ... et se font battre et capturer ; Gautier, qui ne cesse d'hurler "A la mort, à la mort aux Français" se fait couper la gorge. 
    C'est au tour du Comte Gautier de Saint-Pol, aidé de ses chevaliers, de charger les flamands ; une charge d'une telle puissance qu'il transperce les lignes ennemies.

    Il tourne bride, fonce à nouveau recommence, et ainsi de suite jusqu'à en perdre le souffle. Le Duc de Bourgogne entre alors dans la bataille ... et tombe à terre car on lui a tué son cheval ... A peine lui en a t'on ramené un autre, il se lance dans la bataille, fou de rage, pour laver sa honte : il brandit la lance et brocha des éperons, puis se jetta au plus dru de ses ennemis par grande ire. Il ne prenait garde ou il frappait, ni qui il rencontrait, mais vengeait son mautalent sur tous également, comme si chacun de ses ennemis lui eut son cheval occis.

     

    Armes_du_roi_de_France

    Armes du Roi de France, Philippe Auguste

    Après quelque heures de bataille, Ferrand de Portugal se rend, exténué aux frères de Mareuil, Hugues et Jean ... Le flanc gauche d'Otton n'existe plus !! 
    Au centre de la bataille, 'Otton a pour l'instant l'avantage ; son infanterie fait merveille, et chacun n'a qu'un but : tuer Philippe Auguste.

     

    Armes_dEudes_de_Bourgogne

    Armes d'Eudes de Bourgogne, allié de Philippe Auguste


    Soudainement, les piétons allemands arrivent à l'encercler et à le désarçonner. Galon de Montigny agite la banière pour demander de l'aide, et c'est Pierre Tristan qui le premier voit le signe. Il s'interpose et fait rempart de son corps ... Philippe est remis en selle, indemne. C'est alors que Pierre Mauvoisin arrive à la hauteur d'Otton et, croyant le frapper d'un couteau, atteint en fait la tête du cheval. Celui ci, affolé se met à galoper avant de tomber mort. Dès qu'un autre cheval lui est ramené, Otton s'enfuit le plus vite qu'il le peut ... jusqu'à Valenciennes.

    Armes_de_lEvque_Gurin_de_Senlis

    Armes de l'Evêque Guérin de Senlis

    Pendant ce temps, Robert de Dreux et l'évêque de Beauvais sont à la peine ; Renaud de Dammartin et Guillaume Longue-Epée ont enfoncé les lignes françaises et tentent de prendre le pont de Bouvines. Heureusement, ils se heurtent aux 400 massiers du roi. Ceux-ci les repoussent, Guillaume Longue Epée est capturé, ce qui provoque la fuite des anglais. Renaud de Dammartin est le dernier à résister ... Il a adopté un nouveau dispositif que même ses ennemis admirent : Le hérisson. Dès qu'il est fatigué, il vient se reposer avec ses chevaliers au centre d'une quadruple ellipse hérissée de piques et de crochets que forme son infanterie, et quand il a repris ses esprits, l"enceinte" s'ouvre et il peut alors charger ses ennemis.

    Armes_dOthon_de_Brunswick

    Armes d'Othon de Brunswick, chef de la coalition contre Philippe Auguste


    Mais, il se rend bien compte, en voyant tout le monde fuir,  que la bataille est perdue. Il finit par se rendre à Frère Guérin, qui le sauve de la mort que les fantassins et qu'Arnaud d'Audenarde lui réservaient. 
    Après une après-midi de combats acharnés, la bataille de Bouvines est terminée, et la monarchie capétienne semble invulnérable aux yeux de tous.

     

    Armes_dHenri_de_Brabant

    Armes d'Henri de Brabant, allié d'Othon

    En trois heures, tout est joué. La victoire est sans appel. Dans les rangs des chevaliers français, seuls dix sont morts. Le rex christiannissimus, le roi très chrétien Philippe II est victorieux ... seul, face à son créateur. Il prend alors le titre d' Augustus, Philippe II Auguste. A travers les images d'Épinal, on retrouve jusqu'au XIX ème siècle la célébration de cette victoire comme celle du nationalisme français face à ses adversaires ( dont en 1914, l'ennemi germanique )

     

     

    Armes_de_Ferrand_de_Portugal

     

    Armes de Ferrand de Portugal,
    allié d'Othon

     

     

     

    L'université


    Le premier acte qui lui donne un statut officiel est une charte de 1200 du roi Philippe Auguste qui accorde à tous ses membres le for ecclésiastique, c'est-à-dire le privilège d'être jugé par un tribunal ecclésiastique et non civil.

    Les membres de l'université sont donc tous considérés comme des clercs, ce qui ne les empêche d'être très turbulents et de provoquer des incidents dans les tripôts parisiens.

    L'Université est reconnue par le pape Innocent III, qui y avait étudié, par une bulle de 1215, bulle confirmée par une autre de Grégoire IX de 1231. L'organisation de l'enseignement en quatre facultés, droit canon ou décret, médecine, théologie et « arts libéraux » (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie), remonte à un arbitrage pontifical de 1213.

    cours_sorbonne

     

    Un cours à la Sorbonne au XIIIe siècle

     

    Le logement des étudiants et l'organisation des corps se fait au sein de fondations pieuses appelées collèges. L'université de Paris est un studium generale c'est-à-dire un centre d'enseignement de toutes les disciplines.

    Aux XIIe siècle et au XIIIe siècle, c'était l'une des premières universités d'Europe, avec Bologne, Oxford, Cambridge, Toulouse, Salamanque et Montpellier.

    L'Université de Paris ne tarde pas à devenir une véritable autorité morale. Les docteurs de l'université se prononcent sur des controverses fameuses comme la taxation des bénéfices ecclésiastiques par le Saint-Siège, et jouent un grand rôle au moment du Grand Schisme d'Occident.

    Jean de Gerson, anime le concile de Constance (1414-1418), qui met fin au schisme. Pendant la Guerre de Cent Ans, l'université soutient les Anglais et le parti bourguignon, et approuve l'exécution de Jeanne d'Arc (1431).

    Au XVe siècle, l'université est souvent en grève, notamment pendant trois mois en 1443, et pendant six mois de septembre 1444 à mars 1445, pour défendre son exemption fiscale. Jusqu'en 1446, les étudiants dépendent en matière pénale de l'université. Mais il arrive régulièrement que des écoliers soient arrêtés par le prévôt du roi. Dans ce cas-là, le recteur de l'université se rendait au Châtelet pour demander à ce que l'écolier soit jugé par l'official de l'université. Si le prévôt du roi refusait, l'université se mettait en grève.

    La fin du XVe siècle marque, pour l'Université de Paris, le début d'une période délicate. Charles VII la soumet, en 1446, à la juridiction du Parlement de Paris, ce qui suscite des émeutes étudiantes auxquelles participe, entre autres, le poète François Villon. En 1453, un écolier, Raymond de Mauregart, est tué par les sergents du Châtelet et l'université se met à nouveau en grève pendant plusieurs mois.

     

    La faculté des arts

    La faculté des Arts de Paris est une des quatre facultés (Arts, Théologie, Décret (droit Canon), Médecine) qui composent l'université de Paris.

    Elle dispensait l'enseignement préalable à l'entrée dans les trois autres facultés, ce qu'on appelle aujourd'hui l'enseignement secondaire.

    Organisation des études

    Les arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique, astronomie, arithmétique, géométrie, musique) sont dispensés à la faculté des Arts aux élèves dont l'âge est compris entre quatorze et vingt ans. Au terme des études, l'étudiant se voit récompenser d'une maîtrise ès arts, ce qui lui permet d'enseigner dans la faculté et d'aborder les autres disciplines dispensées à l'université : médecine, droit (la maîtrise ès arts n'étant cependant pas obligatoire) et théologie.

    L'ouvrage de référence des études à la création de la faculté est les Quatre livres de sentences de Pierre Lombard.

    L'enseignement dure généralement sept ou huit ans: classes de sixième à troisième (classes dites de grammaire), classe d'Humanités (seconde), classe de Rhétorique (première), classes de Philosophie (terminale) (logique, métaphysique et morale puis physique en 2e année facultative qui deviendra au XIXe siècle la classe de mathématique spéciale).

    Universite_au_Moyen-Age_-_La_logique_et_la_rhetorique_-_big

    L'université au XIIIè siècle: cours de logique et de rhétorique

     

    Après la Révolution française, l'enseignement artien a été pris en charge par les écoles centrales, puis le Consulat par les lycées et collège dont les classes ont conservé longtemps les mêmes appellations.

    Études, grades et examens

    Les étudiants commençaient ordinairement à suivre les leçons de la Faculté des arts avant l'âge de quinze ans.

    Au XIVe siècle, il fallait avoir quatorze ans pour passer l'examen de déterminance et être dans sa troisième année du cours de logique. Le candidat devait d'abord, avant Noël, soutenir une dispute contre un maître régent. Puis il devait réussir un examen devant un maître nommé par sa Nation. Les déterminances proprement dites commençaient avec le Carême, le déterminant devait disputer tous les jours jusqu'à la fin du Carême dans les écoles de sa Nation.

    Au XVe siècle, la dispute d'avant Noël devint la dispute de la déterminance, et l'examen devint l'examen pour le baccalauréat ès arts, qui dépendait de chaque Nation. Les disputes de Carême furent supprimés.

    Le schéma des examens est décrit comme le suivant par Durkheim: Après trois ou quatre ans d'études (autour de 17, 18 ans donc), le maître fait passer à l'élève un premier examen à Noel, la responsio. Si le maître juge que les connaissances ont été acquises, il passe lors du Carême un nouvel examen devant un jury (la determinance), soutient une dispute publique, à l'issue de laquelle se tient une cérémonie, l'inceptio, au cours de laquelle il obtient le baccalauréat ès arts. Durant un à trois ans, le bachelier s'engage dans une nouvelle période durant laquelle il assiste un maître pour l'enseignement. L'examen de licence à lieu au printemps et se déroule devant un jury de maître président par l'un des chancelier de l'Université. Six mois après l'examen de licence, le titulaire de la licence effectue une nouvelle inceptio pour obtenir la maîtrise ès arts sous la forme d'une leçon inaugurale devant le chancelier et six maîtres.

    le-professeur_Paris_Muse_de_Cluny

    Le professeur (Paris-Musée de Cluny)

    La faculté de théologie


    La Faculté de théologie de Paris est une des quatre facultés de l'ancienne Université de Paris. Fermée en 1793, elle renaît en 1808 comme faculté de théologie catholique de Paris au sein de l'Académie de Paris de l'Université de France. En 1877, fut créée également une faculté de théologie protestante suite à la perte de l'Alsace-Lorraine et de la faculté de théologie de Strasbourg. Elle est supprimée en 1885 et remplacée par une nouvelle section de l'École pratique des hautes études. Elle siégeait à la Sorbonne et c'est l'École nationale des chartes qui hérita de ses locaux.

    En 1253 sur douze chaires que comportait la faculté de théologie, neuf étaient dans des couvents. De 1373 à 1398, 198 bacheliers reçurent la licence, dont 102 mendiants, 17 moines de l'ordre de Cîteaux et 47 séculiers. On distingue en effet dans la faculté de théologie les étudiants des couvents, ou collèges de réguliers, et les étudiants séculiers des collèges qui, au début du XIVe siècle étaient déjà 76.

    Sur le modèle des Dominicains, en 1221 (collège des Dominicains, la plupart des ordres religieux fondèrent avant le XIVe siècle des couvents dans le quartier de l'Université. Ainsi furent fondés les couvents de Mineursdes Prémontrés en 1252, des Bernardins en 1256, des Carmes en 1259, des Augustins en 1261, de l'ordre de Cluny en 1269. Chacun de ces couvents avait une chaire de théologie. Les Mathurins et l'ordre du Val des Ecoliers avaient aussi, en 1253, des écoles de théologie. Les monastères de Saint-Denis et de Marmoutiers eurent également à Paris un couvent d'études, le premier en 1203 le second en 1329. Les plus importants de ces collèges de réguliers étaient ceux de Mendiants et des Bernardins. en 1230,

    Les couvents où l'on enseignait la philosophie (studia particularia) étaient d'abord distincts de ceux où l'on enseignait la théologie (studia generalia). Les studia particularia étaient situés en province. Le cours de logique durait trois ans, le cours de physique (naturalia) deux ans. Le corps enseignant était formé d'un lecteur et d'un répétiteur. Pour être admis dans un studium generale, il fallait avoir suivi en outre pendant deux ans un cours sur le Livre des sentences. Le corps enseignant des studia generalia de Paris était formé d'un à trois lecteurs principaux et d'autant de sous-lecteurs (ou cursor).

    Les lecteurs principaux étaient chargés de faire des leçons ordinaires sur les Sentences ou sur la Bible. Les sous-lecteurs étaient des bacheliers qui ne faisaient que des leçons extraordinaires. Chaque couvent comprenait en outre un maître des étudiants qui était chargé de la discipline. Les studia generalia formaient les futurs enseignants des studia generalia de province qui formaient eux-mêmes les enseignants des studia particularia.

    De nombreuses communautés furent fondées à Paris pour l'entretien des étudiants séculiers grâce à la bienfaisance individuelle. Elles étaient cependant généralement mal administrées. La plupart des collèges contenaient deux communautés, une d'artiens et une de théologiens, moins nombreuse. Les collèges séculiers fondés entre 1250 et 1300 (collège de Sorbonne, collège du trésorier, collège des Cholets et collège de Tournai), sont exclusivement composés de théologiens. 138 bourses étaient réservées exclusivement à la théologie, 97 ayant été fondées avant 1305 et 36 avant 1300. La Nation de Normandie possédait 47 bourses et celle de Picardie 47. Les 20 bourses du collège de Navarre étaient en outre indivises entre toutes les provinces de France. Les deux autres Nations n'étaient pratiquement pas représentées dans le faculté de théologie.


    Les grades dans l'ancienne faculté de théologie de Paris
     

    A Paris, pour passer bachelier en théologie, il faut avoir étudié deux ans en Philosophie, trois en Théologie (quinquennium), avoir soutenu deux examens de quatre heures chacun, l'un sur la Philosophie, l'autre sur la première partie de la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, qui comprend les traités de Dieu, des divins attributs de la Trinité et des anges. Ces deux examens doivent se faire à un mois l'un de l'autre, devant quatre docteurs de la faculté de Théologie, tirés au sort, avec droit de suffrage. Un seul mauvais billet ne laisse au candidat que la voie de l'examen public qu'il peut demander à la faculté. S'il se trouve deux suffrages défavorables, il est refusé sans retour.

    Lorsque les examinateurs sont unanimement contents de sa capacité, ils choisissent un président à qui ils font signer ses thèses; quand le syndic les a visées, et lui a donné jour, il doit les soutenir dans l'année à compter du jour de son second examen. Dans quelqu'une des écoles de la faculté, c'est-à-dire, des collèges ou des communautés qui sont de son corps, cette thèse roule sur les mêmes traités théologiques, qui ont servi de matière à ce second examen, on la nomme tentative. Le président, quatre bacheliers en licence, deux bacheliers amis, y disputent contre le répondant; dix docteurs qu'on nomme censeurs y assistent avec droit de suffrage; les bacheliers de licence l'ont aussi, mais pour la forme, leurs voix n'étant comptées pour rien. Chaque censeur a deux billets, l'un qui porte sufficiens, l'autre incapax. Un seul suffrage contraire suffit pour être refusé. Si le candidat répond d'une manière satisfaisante, il va à l'assemblée du premier du mois, qu'on nomme prim mensis, se présenter à la faculté devant laquelle il prête serment. Ensuite le bedeau lui délivre ses lettres de baccalauréat, il peut se préparer à la licence."

    "On distingue dans la faculté de Théologie de Paris deux sortes de bacheliers : savoir bachelier du premier ordre, baccalaurei primi ordinis, ce sont ceux qui font leur cours de licence; ceux du second ordre, baccalaurei secundi ordinis, c'est-à-dire les simples bacheliers qui aspirent à faire leur licence, ou qui demeurent simplement bacheliers. L'habit des uns et des autres est la soutane, le manteau long et la fourrure d'hermine doublée de soie noire."

    "Dans l'université de Paris, avant la fondation des chaires de Théologie, ceux qui avaient étudié six ans en Théologie, étaient admis à donner des cours, d'où ils étaient nommés baccalarii cursore : comme il y avait deux cours, le premier pour expliquer la bible pendant trois années consécutives; le second, pour expliquer le maître des sentences (Pierre Lombard) pendant une année; ceux qui faisaient leur cours de la bible étaient appelés baccalarii biblici; ceux qui étaient arrivés aux Livres de sentences, baccalarii sententiarii. Ceux enfin qui avaient achevé l'un et l'autre étaient qualifiés baccalarii formati ou bacheliers formés."

    La licence en théologie s'ouvre de deux ans en deux ans, et est précédée de deux examens pour chaque candidat sur la seconde et la troisième partie de la Somme théologiqueThomas d'Aquin, l'Ecriture sainte, l'histoire ecclésiastique. Dans le cours de ces deux ans, chaque bachelier est obligé d'assister à toutes les thèses sous peine d'amende, d'y argumenter souvent, d'en soutenir trois, dont l'une se nomme mineure ordinaire: elle roule sur les sacrements, dure six heures. La seconde, qu'on appelle majeure ordinaire, dure dix heures; sa matière est la religion, l'écriture - sainte, l'église, les conciles, divers points de critique de l'histoire ecclésiastique. La troisième, qu'on nomme sorbonique, parce qu'on la soutient toujours en Sorbonne, traite des péchés, des vertus, des lois, de l'incarnation, de la grâce; elle dure depuis six heures du matin jusqu'à six du soir.

    Ceux qui ont soutenu ces trois actes et disputé aux thèses pendant ces deux années, pourvu qu'ils aient d'ailleurs les suffrages des docteurs préposés à l'examen de leurs mœurs et de leur capacité, sont licenciés, c'est-à-dire renvoyés du cours d'études, reçoivent la bénédiction apostolique du chancelier de l'église de Paris.

     

    Faculté de décret

    D’après les statuts de 1600, le baccalauréat en droit canonique peut être obtenu après deux années d’études. Le candidat passe un examen sur la décrétale devant deux docteurs, puis prête serement et reçoit la bénédiction du doyen.

    Faculté de médecine

    Pour être bachelier en Medecine, il faut, après avoir été quatre ans maître ès Arts dans l’université, faire deux ans d’étude en Medecine et subir un examen, après quoi on est revêtu de la fourrure pour entrer en licence.

    D’après les statuts de 1600, on ne reçoit les bacheliers en médecine que de deux ans en deux ans. Cette reception se fait vers la mi-carême. Les aspirants doivent justifier qu’ils sont maîtres ès arts de l’université de Paris depuis quatre ans ou huit pour une autre université. Le candidat passe un examen puis prête serment. La clause de célibat a été retirée depuis 1600. Les bacheliers en médecine ne peuvent exercer dans la ville ou les fauxbourgs de Paris qu’avec l’assistance d’un docteur. D’après un édit de 1707, pour les autres facultés de France, il faut être licencié pour exercer la médecine.

    A Paris, la médecine ne formait pas une faculté indépendante; elle était réunie à la faculté des arts, ce qui fut une des raisons de son infériorité à l'égard de la faculté de Montpellier. Paris et l'Italie (Bologne, Padoue, Pavie, Naples, etc.), dit Haeser, formaient des scolastiques; Montpellier formait des praticiens. Du reste, l'université parisienne était surtout importante par l'enseignement de la théologie et de la philosophie. La faculté de médecine n'y acquit une importance réelle qu'au début du XVIe siècle. On peut en dire autant des vieilles facultés espagnoles, portugaises et anglaises, de Valence, Salamanque, Lerida, Lisbonne, Coïmbre, Oxford, Cambridge, etc. En Allemagne, l'université de Prague, la plus ancienne, quoique relativement récente (1348), fut le centre scientifique le plus important; la médecine n'y occupait également qu'un rang très secondaire, et il en fut de même, à plus forte raison, des universités telles que Vienne, Heidelberg, et plus tard Tubingen (1477), Greifswald (1456), etc. Cet état de choses ne changea guère avant la Renaissance.

    D'ailleurs, toutes les universités étaient placées sous la juridiction de l'Eglise, et la plupart de leurs membres étaient clercs; l'enseignement ne se faisant que sur les textes prescrits et en latin, il perdit presque partout son caractère pratique pour devenir exclusivement traditionnel et dogmatique. Les écoles de Montpellier et de Paris furent malgré font les plus importantes de cette période; leur histoire mérite quelques détails de plus que les vagues généralités qui précèdent.

    La Sorbonne

    L'origine de la maison de Sorbonne était fort ancienne. Ce fut le premier Collège fondé dans le quartier de l'Université ; il faut s'entendre sur la valeur de ce mot pris au sens purement latin de société, compagnie, réunion de gens exerçant la même profession.

    Le collège de Sorbonne, non plus que les collèges qui se multiplièrent rapidement après lui : ceux de Calvi, de Prémontré, de Cluny, du Trésorier, etc., ne furent pas alors des écoles publiques, mais simplement des maisons hospitalières, où de pauvres écoliers, qui allaient prendre leurs leçons aux écoles de la rue du Fouarre, trouvaient le vivre et le couvert.

    Le véritable fondateur du collège de Sorbonne se nommait Robert de Douai ; il était chanoine de Senlis et médecin de la reine Marguerite de Provence, femme de saint Louis ; il laissa 1,500 livres, monnaie de Paris, pour la fondation de ce collège, aux termes de son testament dont il confia l'exécution à son ami Robert de Sorbon, qui le lui avait conseillé. Robert de Sorbon commença l'exécution du testament de Robert de Douai en 1255, avec l'aide du roi saint Louis, qui donna des maisons et terrains pour construire l'édifice.

    On y installa d'abord seize pauvres boursiers     
    pris dans les quatre Nations de l'Université de Paris ; plus tard, les docteurs de la Faculté de théologie de Paris s'y installèrent, et devinrent la Société de Sorbonne, dont les membres y furent logés pour toute leur vie.

    Quel que fût leur droit à changer ainsi la destination charitable du collège fondé par Robert de Douai et Robert de Sorbon, on doit leur savoir gré d'avoir bien usé de leur richesse et de leur influence. Ce furent les prieurs de Sorbonne Guillaume Fichet et son ami Jean Heyn de la Pierre, prieur de la même maison, qui dotèrent Paris de sa première imprimerie. Ils firent venir d'Allemagne, en 1469, trois ouvriers imprimeurs, Ulrich Gering, Martin Crantz et Michel Friburger ; ils leur fournirent une salle dans le bâtiment même de la Sorbonne.

    Les trois premiers imprimeurs parisiens montèrent leurs presses tout au commencement de l'année 1470 dans le sanctuaire de la science catholique. ils imprimerent d'abord le recueil des lettres « suavissimes » d'un grand écrivain de ce temps-là, inconnu de l'ingrate postérité, nommé Gasperini de Bergame.

    Héloïse et Abélard

    Comment évoquer l’un en ignorant l’autre ? Ces deux figures illustres du Moyen Age sont intimement liées. Leur histoire commune avait ému en son temps et leur liaison tragique a traversé les siècles pour nous parvenir sans perdre la fraîcheur d’un amour impossible qui les entraîna dans d’horribles souffrances physiques, morales et spirituelles.

     

    HELOISE_ABELARD_a_d7
    Le tombeau d'Héloïse et Abélard au Père Lachaise. Les deux amants sont unis pour l'éternité.

     


    Pierre Abélard (1079-1142) théologien, philosophe âgé de 37 ans, tombe amoureux d’Héloïse (1101-1162), la belle étudiante de 22 ans d’origine noble, membre de la puissante famille des Montmorency (qui avait confié l’éducation de leur très sage jeune fille à ce respectueux et honorable enseignant).

    "Sous prétexte d'étudier, nous nous livrions entiers à l'amour (...). Notre ardeur connut toutes les phases de l'amour ».

    Mariés en secret, le scandale ne tarde pas à éclater et l’oncle Fulbert décide de punir sa nièce en l’enfermant dans un couvent et d’infliger au professeur Abélard le châtiment exemplaire qui mettrait fin à ses ambitions amoureuses. Et ce fut ainsi que Pierre fut châtré! (Alors que l’émasculation était à l’époque le sort que l’on réservait aux adultères !)

    Mais loin de voir s’éteindre un amour interdit, cet outrageuse mutilation renforça les sentiments mutuels des deux amants, qui, bien que séparés, alimentaient leur commune passion dans une ardente correspondance épistolaire. Cet amour charnel laissa peu à peu place à un amour mystique dont « les lettres d’Abélard et d’Héloïse » retracent l’itinéraire.

    Ce couple romanesque, malgré tous les interdits qu’ils durent surmonter n’ont cessé de s’aimer. En cela, ces amants sont d’une extraordinaire modernité. S’opposer aux pouvoirs religieux, aux poids des traditions familiales, n’a rendu que plus emblématique le destin de ce couple. Et ce qu’écrit Héloïse est digne du combat que mènent, toutes générations confondues, les femmes dans leur époque.

    « Les plaisirs amoureux qu'ensemble nous avons goûtés ont pour moi tant de douceur que je ne parviens pas à les détester (...). Au cours même des solennités de la messe, où la prière devrait être plus pure encore, des images obscènes assaillent ma pauvre âme (...).
    Loin de gémir des fautes que j'ai commises, je pense en soupirant à celles que je ne peux plus commettre ».

    Séparés par la mort, l’histoire, 6 siècles plus tard, finit par réunir pour l’éternité ces personnages hors du commun, puisque en 1817, la Mairie de Paris décida de transférer leurs cendres au cimetière parisien du Père Lachaise (division 7). Ce sont les "plus vieux" morts du cimetière.



    Bon à savoir...

    Ces expressions qui nous viennent du Moyen-Âge

     

    Un garnement

    A l'origine, garnement signifie tout ce qui peut offrir une protection : vêtement, équipement et même forteresse. A la fin du Moyen-Age, le mot évolue dans le sens de souteneur. Aujourd'hui, de mauvais garçon, le garnement désigne maintenant un enfant, un adolescent.

    Graisser la patte

    Sens : donner illégalement de l'argent à quelqu'un pour obtenir quelque chose.

    Un gringalet

    Sens : homme ou garçon un peu chétif.
    Ce mot viendrait d’un vieux mot suisse signifiant " minus, demi-portion ".

    Jeter aux oubliettes

    Les oubliettes étaient les cachots souvent aménagés dans le sous-sol des donjons. Les seigneurs peu scrupuleux oubliaient parfois ceux dont ils voulaient se débarrasser.
    Aujourd’hui, on jette aux oubliettes les projets de réformes ou les bonnes résolutions qui ne voient jamais le jour.

    Jeter le gant

    Au Moyen Age, le gant avait une forte valeur symbolique. Il représentait le seigneur lui-même et son pouvoir. Le vassal remettait en signe d'hommage son gant droit à son suzerain. Un chevalier qui en défiait un autre au combat lui jetait son gant. Le relever signifiait que l'on acceptait de se battre. Aujourd'hui, l'expression signifie lancer, accepter un défi.

    Jurer comme un Templier

    Employer une verdeur de langage.
    L'ordre des Templiers fut fondé au XIIème siècle pour assurer la garde des lieux saints et la protection des pèlerins. Les chevaliers du Temple étaient des moines-soldats. Néanmoins, les mœurs militaires semblent l'avoir emporté sur les vertus monastiques.
    L'ordre des Templiers devint aux XIIIème et XlVème siècles si riche et si puissant qu'il suscita bien des jalousies. En particulier celle du roi Philippe le Bel, qui finit par interdire et disperser l'ordre.

    Laid comme les sept pêchés capitaux

    Les sept péchés capitaux sont l'orgueil, l'avarice, l'envie, la gourmandise, la luxure, la colère et la paresse ainsi nommés parce que sources de tous les autres péchés. Ils étaient souvent représentés par des figures contrefaites sur les murs des cathédrales.

    L’habit ne fait pas le moine

    Un des plus anciens proverbes de la langue française.
    Sens : il ne faut pas se fier aux apparences qui sont souvent trompeuses.
    Les gens du Moyen Age avaient horreur du mensonge et de l'hypocrisie. Chacun devait avoir l'air de ce qu'il était vraiment. Les costumes indiquaient de façon précise le rang social de chacun.

    Les loups-garous

    Présents déjà dans l'Antiquité, (voir Pétrone et son Satiricon), la croyance arriva jusqu'au Moyen Age et se répandit d'autant plus que les loups devinrent très nombreux. Les versipelles prirent le nom de loups-garous, garou signifiant à lui seul homme-loup. Il apparaît dans de nombreux contes modernes, signataire d'un pacte avec le diable, et profitant de l'impunité que lui assure son apparence animale pour assouvir ses mauvais instincts.

    Malin comme un singe

    Au Moyen Age, malin signifiait " mauvais, méchant ", c'était, comme aujourd'hui encore, un des noms du diable. Le singe que l'on trouvait très laid passait pour un animal diabolique. Vers la fin du XVIIIème siècle, l'adjectif malin prit le sens que nous lui connaissons : astucieux, futé, réhabilitant ainsi les pauvres singes.

    Merci

    Au Moyen Age, merci signifiait " grâce, pitié " de là les expressions : 
    Crier, demander merci - le chevalier vaincu reconnaissait sa défaite et implorait la pitié du vainqueur.
    Être à la merci de: être au pouvoir de quelqu'un de telle manière qu'il soit libre de vous accorder sa grâce ou de vous la refuser.
    Dieu merci! : par la grâce, la faveur de Dieu. 
    Sans merci : impitoyable (littéralement : sans que l'un des partis en présence puisse demander merci).

    Mettre flamberge au vent

    Invitation ironique à tirer l'épée et à se jeter dans la bataille sans réfléchir. À l'époque des chansons de geste, il y avait quatre vaillants chevaliers : les Quatre Fils Aymon. L'aîné des quatre frères s'appelait Renaud de Montauban. Il possédait une épée prestigieuse, Froberge, aussi redoutable que Durandal, celle de Roland. Au cours des siècles, le nom de Froberge devint un nom commun et s'altéra en flamberge, sans doute sous l'influence des mots flamme, flamboyer, etc. L'expression n'est plus utilisée aujourd'hui qu'ironiquement principalement pour se moquer des démonstrations spectaculaires d'héroïsme.

    Mettre la table

    Expression quotidienne qui nous est familière mais incorrecte. Il faudrait dire " mettre le couvert ", puisque nos tables ne voyagent plus dans la maison. Au Moyen Age, les pièces n'avaient pas, comme aujourd'hui, des fonctions très distinctes et la même salle pouvait servir de pièce commune, de salle à manger et de chambre. Aussi, le plus souvent, on " mettait la table " à l'heure des repas, c'est-à-dire que l'on apportait une grande planche et des tréteaux. D'où l'usage, chez les seigneurs, de belles nappes destinées à cacher la pauvreté du mobilier.

    Mettre sa main au feu

    Affirmer énergiquement quelque chose, au point d'y risquer sa main  rappelant les lointains jugements de Dieu de l'époque médiévale. Lorsqu'un accusé ne pouvait faire la preuve de son innocence, il pouvait être plongé dans l'eau, pieds et poings liés. S'il surnageait, c'était que l'eau - élément pur et béni de Dieu - le rejetait. S'il coulait comme une pierre, il était innocent... mais parfois noyé! On pouvait également lui plonger la main dans l'eau bouillante, ou le faire saisir un fer rouge. Innocent, Dieu le protégeait et il sortait indemne de l'épreuve. Le plus souvent, il suffisait que la victime guérisse vite ou survive quelques jours pour qu'elle soit - un peu tard! -innocentée.

    Mi-figue, mi-raisin

    D'un air à la fois satisfait et mécontent ou à la fois sérieux et plaisant. A l'origine, il devait s'agir de "mêlé de bon et de mauvais".

    Monter sur ses grands chevaux

    Se mettre en colère et parler avec autorité, prétention. C'et être prêt à se faire faire raison avec l'épée et la lance.

    Partir en croisade

    Le Moyen Age a vu de nombreuses croisades, les départs furent presque ininterrompus pendant plus de deux siècles. Une foule immense, composées de chevaliers et d'hommes de guerre, d'artisans, de paysans, de moines et de pèlerins de toutes conditions se mirent en route, poussées par la foi et l'enthousiasme. Parfois aussi par l'attrait du pillage! Aujourd'hui, ceux qui partent en croisade n'ont plus à parcourir des milliers de kilomètres.
    Mais il leur faut souvent beaucoup de courage pour se lancer dans des luttes difficiles en faveur de causes justes. Les journaux parlent ainsi souvent, d'une manière à peine imagée, de croisades contre la drogue ou contre la misère.

    Payer en monnaie de singe

    Jadis, le pont qui relie l'île de la Cité à la rue Saint-Jacques, dit Petit Pont (il porte encore ce nom aujourd'hui), était payant. Mais les jongleurs qui exhibaient des singes savants étaient dispensés du péage à condition qu'ils fassent leur numéro devant le péager. Aujourd'hui, payer en monnaie de singe (on dit aussi payer en gambades) signifie payer en plaisanteries et grimaces, payer de paroles, voire en fausse monnaie. La réputation du singe, habile imitateur de l'homme, n'est sans doute pas étrangère à ce dernier sens.

     

     

    A l’époque...

    En 1190, utilisation du premier compas de marine en Occident..

    cathdrale_de_chartres

    La cathédrale de Chartres

     

    Début, en l'an 1194, de la construction de la cathédrale de Chartres.

    De 1190 à 1209, construction de la muraille de Philippe Auguste.
     
    Richard Coeur de Lion bat Saladin à Arsuf en 1191, et rétablit un royaume franc à Acre.
     
     
    -RichardSaladin_Arsuf_1191
     
    Richard Coeur de Lion et Saladin à Arsuf (1191)
     
     
    Construction du pont St Bénézet à Avignon (1185), le célèbre "Pont d'Avignon". Première utilisation d'un arc dans la construction d'un pont.
     
     

    Pont_St_Benezet

    Le pont d'Avignon
     
     
     
     
     
    Richard Coeur de Lion construit Château-Gaillard en Normandie (1197). Philippe Auguste s'en emparera en 1204.
     
    Phase finale de la construction du temple d'Angkor.
     
     
     
     
     
    La Flotte de l'amiral Zheng

    Notre histoire océanographique ne serait pas complète sans mentionner les contributions apportées par les Chinois à l'exploration maritime. Ces apports ne sont pas aussi connues que ceux qu'ils ont faits dans les domaines scientifiques et technologiques, les Chinois n'en se distinguaient pas moins par la construction de la plus grande flotte à la conquête de l'océan.

    Compas_de_marine_chinois

    Compas de marine chinois


    Les annales de la navigation maritime chinoise de la première époque sont sommaires (et donc mal connus). Cependant, l'une de leurs premières prouesses était l'invention de la boussole magnétique. Le premier compte rendu crédible concernant la connaissance des Chinois du magnétisme remonte à l'an 240 av.J-C. Mais des spécialistes ont indiqué que déjà sous la dynastie des Shang (1766 ?-1123 ? av. J-C), les maisons construites en Chine étaient alignées sur le nord magnétique, montrant que les Chinois pourraient appliquer le magnétisme plus tôt.



    Ce n'est qu'un aimant flottant dans un bol d'eau, mais sans le compas nautique, les grands voyages de découverte du Millénaire n'auraient jamais pu s'effectuer. La boussole, utilisée d'abord dans le feng shui (le système taoïste de géomancie), est apparue en Chine au 4ème siècle av. J-C.

    Elle était constituée au début par un aimant en forme de baguette, remplacée plus tard par un barreau de fer et enfin par une aiguille aimantée, qui a vu le jour au 6ème siècle ap. J-C. Mais la première mention de la boussole de navigation était faite en 1117 dans le livre de Zhu Yu « P'ingchow Table Talk » :  par un temps sombre, les marins regardent l'aiguille indiquant le sud.

    Cet instrument a été introduit en Europe aux environs de 1190, sûrement en provenance de la Chine. (On connaissait alors si mal sa force que le capitaine interdisait son équipage de manger l'oignon à bord, car il croyait que ce légume pouvait troubler le magnétisme.)

    Pour les marins méditerranéens, qui naviguaient souvent difficilement par le temps assombri, cet outil signifie la libération. Il fallait attendre 15ème siècle pour que les Européens eussent été prêts de s'aventurer dans la conquête de l'autre côté de la mer qui leur était familière.

    Le livre mentionnant si clairement la boussole paraît être écrit par Shen Kua (1034-1094), qui y décrivait « le frottement d'un aimant contre une aiguille » et « celle-ci qui, mise sur la surface de l'eau, indique automatiquement le sud. » Son ouvrage traite encore de la prise de conscience de la déviation du magnétisme, et de la différence entre la direction originelle (le sud pour l'hémisphère sud et le nord pour l'hémisphère nord) et la direction réelle.

    La boussole de navigation maritime est sérieusement consignée pour la première fois, peu après l'écrit de Kua, dans un livre rédigé vers 1125. Bien que l'ouvrage européen mentionnait en 1190 la connaissance de la boussole (dans un poème français), les Européens ont compris parfaitement, environ quatre cents ans plus tard, soit au 15ème siècle, tous les principes de navigation à la boussole magnétique. Leur compas primitif ne comprenait rien qu'une aiguille aimantée flottant dans un bol d'eau et un outil de positionnement. Mais cela marchait !

    La navigation maritime chinoise fut mise sur pied vers la fin de la dynastie des Song (960-1279). Des objets artisanaux, en particulier des porcelaines, et des découvertes archéologiques, notamment trouvées dans le naufrage, démontrent la présence des liens maritimes dans l'Asie du Sud-Est à l'époque. Un schéma de voies du commerce littoral chinois indique la prospérité des échanges aux environs de la côte orientale de la Chine, qui s'étendaient, au nord, jusqu'à la Corée et le Japon et, au sud, jusqu'à l'Australie.

    Sous la dynastie des Ming (1368-1644), l'industrie de construction navale fut bien développée dans la province méridionale du Fujian. L'empereur Wan Shengzi des Ming fit bâtir le port Gangtan, le plus grand des ports maritimes de l'époque. L'empereur s'illustrait pour sa politique commerciale d'ouverture sur les pays étrangers. Ses efforts pour la promotion du commerce extérieur était considéré comme le plus grand exploit qu'il a fait de son vivant. Un monument a été érigé dans ce port à sa mémoire.

     

    Château-Gaillard, la Normandie devient française

    reconstitution_en_3D_de_chateau_gaillard
     
     
    Le château de Richard Coeur-de-Lion
    (reconstitution en 3D)

     

    Vous rappelez-vous la vie extraordinaire de Richard Coeur de Lion, l'ami de Robin des Bois, telle que Walter Scott la raconte dans Ivanhoé ? Château-Gaillard est le lieu où ces récits romanesques rejoignent l'Histoire. Car cette forteresse a été désirée, conçue et bâtie par le bouillant Richard, duc de Normandie et Roi d'Angleterre, plus connu sous le surnom de "Richard Coeur-de-Lion". Un surnom qu'il a gagné à la croisade grâce à sa bravoure.

    Château-Gaillard est le témoin, 800 ans plus tard, de l'existence réelle de ce personnage de légende. Dans ses pierres, on peut encore lire certains traits de caractère de Richard. Comme son créateur, le château-fort des Andelys donne une image de force et de puissance, d'invincibilité. La forteresse réputée imprenable n'a pourtant connu qu'une vie très brève, tout comme Richard, trop confiant dans ses talents de guerrier.

    Construit en un an

    Il est difficile de croire, quand on contemple l'imposante forteresse, que sa construction n'a duré qu'un an. C'est pourtant un fait historique. On imagine le site grouillant de milliers d'ouvriers, (plus de 6000 !) obligés de travailler d'arrache-pied pour parvenir à un tel exploit. Les travaux débutés en 1197 sont achevés en 1198. Richard, qui y a consacré une somme colossale, peut alors s'exclamer : "Qu'elle est belle, ma fille d'un an ! Que voilà un château gaillard !"(bien fortifié).

    En effet, la bastille a de quoi impressionner celui à qui elle doit faire obstacle, le roi de France Philippe-Auguste, dont les terres s'étendent jusqu'à Gaillon, à une dizaine de kilomètres seulement. Château-Gaillard est le verrou qui doit l'empêcher de prendre la Normandie.

    L'emplacement

    Richard a soigneusement choisi le site où  bâtir sa place-forte. Aux Andelys, la Seine décrit un méandre assez serré. Dans la courbe, face à la presqu'île, une falaise d'une centaine de mètres de haut s'avance comme la proue d'un navire au-dessus du fleuve. Une langue de terre rattache cet éperon au plateau qui s'étend par derrière.

    Richard va tirer le meilleur parti de cette position stratégique. Le seul côté par lequel on peut attaquer le château, c'est le côté du plateau. Tout un système de défenses successives qui s'emboîtent à la manière des poupées russes est donc mis en place de ce côté. Le donjon, l'ultime retraite, est retranché au-dessus de l'à-pic qui domine le fleuve.

    Les fortifications

    Face au plateau, un ouvrage avancé de forme triangulaire, hérissé de cinq tours, constitue la première défense de la forteresse. Un large fossé de 12 mètres de profondeur l'entoure.

    Si l'ennemi parvient à se rendre maître de cette bastille, il se heurtera à de hautes murailles d'enceinte. Il lui faudra franchir ce rempart crénelé pour arriver dans la basse-cour, puis devant le château proprement dit, protégé par une seconde enceinte entourée d'un second fossé.

    Une nouveauté architecturale

    Cette deuxième enceinte, c'est la partie la plus originale de Château-Gaillard. Richard Coeur-de-Lion a eu l'idée de faire un mur non pas lisse, mais festonné. Le rempart est composé de 19 arcs de cercle percés de meurtrières. La forme arrondie donne une moindre prise aux projectiles qui ne trouvent pas d'angle saillant à accrocher.

    Elle permet aussi de tirer de biais par les meurtrières depuis n'importe quel point de l'enceinte, si bien que celle-ci ne présente pas d'angle mort. Cette disposition était tout à fait inédite en France au 12ème siècle.

    Les puits

    Une seule porte est aménagée dans l'enceinte festonnée. Elle n'est pas dans l'axe du plateau, mais sur le côté, il faut donc que l'ennemi longe une partie de l'enceinte avant de se présenter devant la porte, à laquelle on accède par un pont protégé par une herse.

    La visite de l'intérieur du château permet de découvrir un autre tour de force de ses bâtisseurs : les deux puits. L'un est situé dans la basse-cour, l'autre s'ouvre non loin du donjon et plonge à travers la roche jusqu'à la nappe phréatique, plus de 100 mètres plus bas.

    Il a fallu que les puisatiers creusent la pierre à la lumière des torches, consommatrices du peu d'oxygène disponible au fond du trou, puis qu'ils évacuent avec des cordes des tonnes de déblais. L'exploit force l'admiration.

    Le donjon

    A l'intérieur de l'enceinte bossuée se dresse le donjon. Richard lui a donné des murs de cinq mètres d'épaisseur et des mâchicoulis redoutables, copiés sur ceux qu'il a vus en Orient. Ils n'auront pas l'occasion de servir.

    Tout contre le donjon s'élève le logis du Gouverneur. On peut encore y voir des fenêtres à meneaux bordées de banquettes, d'où les occupants avaient vue sur le merveilleux panorama.

    La mort de Richard

    Richard a vu son château fini, mais il ne l'a pas vu vaincu. En effet l'intrépide guerrier meurt un an plus tard, le 6 avril 1199, alors qu'en plein Carême, il attaque le château de Châlus, près de Limoges. La petite histoire raconte que c'est parce que son vassal ne voulait pas lui remettre un bas-relief en or trouvé sur ses terres. Richard est atteint à l'épaule par une flèche tirée par un défenseur du château de Châlus. Le duc-roi succombe à sa blessure 13 jours plus tard.

    Mort_de_Richard_coeur_de_lion

    La mort de Richard Coeur de Lion

     

    C'est Jean sans Terre, son frère, qui prend sa succession. Il signe d'abord un traité avec Philippe-Auguste, où il se reconnaît vassal du roi de France pour tous ses fiefs sauf l'Angleterre. Le rusé Philippe-Auguste voit loin : il pourra confisquer les terres si son vassal se comporte mal. Ce que Jean ne manque pas de faire dès 1202. Jugé par contumace par les nobles de France pour désobéissance au roi, il est condamné à la confiscation de tous ses biens.

    Il ne reste plus qu'à appliquer la sentence : Philippe-Auguste se lance à la conquête de la Normandie.

    Le siège de Château-Gaillard

    Il ne faut pas longtemps à l'armée du roi de France pour se rendre maître des défenses avancées de Château-Gaillard, dans la boucle de la Seine, sur l'île au pied de l'éperon et à Andely. Les 1700 habitants et défenseurs du bourg courent se réfugier au château. Jugeant que la forteresse est trop difficile à prendre d'assaut, Philippe-Auguste décide d'en faire le siège. Il installe ses troupes tout autour. Jean sans Terre, qui se trouve à Rouen, ne réagit pas.

    Dans la forteresse, le gouverneur Roger de Lascy fait de son mieux. Il compte ses vivres : de quoi tenir un an, à condition de ne pas garder toute la population qui s'est entassée dans le château. Les Français laissent s'enfuir mille personnes,  mais Philippe-Auguste se met en colère. Les derniers réfugiés, chassés du château, ne peuvent pas franchir les lignes des assiégeants. Ils errent pendant des jours entre les deux camps, jusqu'à y mourir de faim et de froid. C'est l'épisode tragique des "bouches inutiles".

    L'attaque finale

    Après sept mois de siège, Philippe-Auguste décide de tenter un assaut. Il fait bâtir une chaussée couverte entre le plateau et le bastion avancé du château. Abrités, ses hommes apportent des matériaux pour combler le premier fossé. Ils arrivent ainsi au pied du châtelet. Là, ils attaquent la base du mur en la minant. Quand le trou est assez grand, ils y entretiennent un feu. Les pierres surchauffées finissent par se fendre. Une partie de la tour s'effondre dans un nuage de poussière. Les défenseurs du château doivent se replier derrière la première enceinte.

    Si l'on en croit la chronique rédigée à la gloire de Philippe-Auguste, le roi de France victorieux, les assiégeants n'ont pas eu de mal à se rendre maîtres de la première enceinte. En en faisant le tour, l'un d'eux remarque une petite fenêtre à trois ou quatre mètres de haut. Les Normands ne songent pas à la défendre : c'est celle des latrines. Le 6 mars 1204, quelques Français se font la courte échelle et entrent dans l'édifice. Au bruit qu'ils font, les Normands les imaginent très nombreux, ils se dépêchent d'allumer un feu pour leur barrer le passage. Mais le vent rabat la fumée sur eux. Les défenseurs sont obligés de s'enfermer derrière la deuxième enceinte.

    Les historiens sont sceptiques quant à la véracité de ce récit. Ils pensent plus vraisemblable que les assaillants aient pénétré dans le château par la chapelle. Cette chapelle mal protégée, c'est Jean sans Terre qui l'a fait rajouter, sans tenir compte des règles de défense que son frère appliquait si bien. Comme les Français ne pouvaient pas se vanter d'avoir profané un lieu saint, ils auraient inventé cet épisode des latrines.

    Philippe-Auguste attaque le second rempart à la catapulte le jour-même. D'énormes blocs s'abattent sur les murailles et finissent par y faire une brèche. Les défenseurs n'ont pas le temps de se réfugier dans le donjon. Trop occupés à défendre la brèche, ils succombent sous le nombre des assiégeants. La cour intérieure, trop étroite, les empêche de se déployer. Roger de Lascy et ses 129 chevaliers sont faits prisonniers. Les vaillants défenseurs seront libérés contre rançon quelque temps plus tard.

    La Normandie devient française

    Avec la chute de Château-Gaillard, le roi de France  Philippe Auguste a le champ libre pour envahir les fiefs du Plantagenêt, qui s'étendent au sud jusqu'aux Pyrénées et à l'Auvergne. En 1204, la Normandie est rattachée au royaume de France.

    Réparé, le château a continué à jouer un rôle défensif, notamment pendant la guerre de Cent Ans, où il passe d'un camp à l'autre à plusieurs reprises. C'est Henri IV qui le fait démolir à la fin du 16ème siècle, après deux ans de siège. Le roi autorise les moines du voisinage à y prélever des matériaux de construction pour réparer leurs couvents.

    Aujourd'hui, les ruines du château fort le plus célèbre de France gardent un fort pouvoir évocateur. Les visiteurs botanistes remarqueront la flore particulière qui pousse sur le site. Certaines plantes rapportées de Palestine par les Croisés s'y sont acclimatées et s'y reproduisent depuis des siècles.

     

    L'hygiène au Moyen-Âge

    L'hygiène n'est pas un bienfait des temps modernes. C'est un art qui connut ses heurs et malheurs. Un art que le siècle de Louis XIV méprisa mais que le Moyen Age, en dépit de sa mauvaise réputation, cultivait avec amour. L'eau était alors un élément sacré, un remède, et surtout, un immense plaisir.

     

    Fiole de parfum

    On pourrait imaginer, à en juger par le manque de propreté corporelle qui caractérisait les moeurs, il n'y a pas si longtemps encore, que les hommes et les femmes du Moyen Age ne prenaient guère soin de leur corps ; et on pourrait croire que l'hygiène - l'art de bien se porter est une notion récente.

    C'est injuste ! Le Moyen Age avait inventé l'hygiène, et bien d'autres civilisations avant lui... Mais là n'est pas notre sujet.
    En tout cas, dès le 12e siècle, les sources qui nous révèlent que l'eau faisait partie du plaisir de vivre sont innombrables. Et notamment certains documents tels que les traités de médecine, les herbiers, les romans profanes, les fabliaux, les inventaires après décès, les comptes royaux et princiers.

    Les enluminures des manuscrits nous permettent également de saisir le geste de l'homme en son environnement et en son temps. L'enluminure, ou miniature, reste le document irremplaçable, dans la mesure où la gestuelle correspond bien souvent au climat psychique ou moral de l'époque qu'elle dépeint ; elle nous livre ainsi une clef parmi d'autres des mentalités de ces hommes et de ces femmes du passé.
    Au Moyen-Âge, on se lavait fréquemment, non seulement pour être propre, mais aussi par plaisir.

    Le petit d'homme est lavé plusieurs fois par jour, ce qui ne sera plus le cas à partir du 16e siècle. Des milliers de manuscrits illustrent ce bain et de nombreux textes en parlent. Ainsi, Barthélemy l'Anglais, Vincent de Beauvais, Aldébrandin de Sienne, au 13e siècle, par leurs traités de médecine et d'éducation, instaurent une véritable obsession de la propreté infantile.

    Le bain est donné "quand l'enfant aura assez dormi, ci le doit-on laver trois fois par jour". Les cuviers sont bâtis aux dimensions d'un nouveau-né allongé ; généralement ils sont ovales ou circulaires, faits de douelles de bois. Dans les milieux princiers, ils peuvent être métalliques. Ainsi, dans les Chroniques de Froissart, en 1382, il est écrit que, en pillant le mobilier du comte de Flandres, on trouva une "cuvelette où on l'avait d'enfance baigné, qui était d'or et d'argent". Certains cuviers possèdent un dais, sorte de pavillon de toile nouée au sommet d'une perche de bois qui surmonte la cuve, afin de protéger l'enfant des courants d'air ; ce raffinement est réservé aux milieux aristocratiques.

    Dans la plupart des miniatures, on voit toujours la mère ou la servante tâter l'eau avant d'y tremper l'enfant car elle doit être "douce et de moyenne chaleur". On ne donne pas le bain à l'enfant sans prendre quelques précautions : le cuvier est placé devant la cheminée où flambe un bon feu ; la sortie de bain est assez grande pour bien envelopper le bambin. Elle est toujours à fond blanc même si, parfois, des rayures et des franges l'agrémentent.Moyen Age a mauvaise réputation du point de vue de l'hygiène. Pourtant, héritier de l'époque romaine, il connaissait également le bain, les latrines (wc) et parfois même le tout-à-l'égout.

    Se laver, se baigner était une habitude dans les villes du Moyen Age.
    Seuls les gens riches pouvaient s'offrir le luxe de prendre un bain chaud car tout coûtait cher : le
    bois nécessaire à faire chauffer l'eau, la toile avec laquelle on doublait les parois du baquet et les
    huiles de bains. Un seigneur dépensait chaque fois l'équivalent du salaire hebdomadaire d'un
    manoeuvre.

    Le seigneur disposait parfois de toilettes privées, au garde-robe, à côté de sa chambre.
    Ainsi, il n'était procédé à la toilette qu'une fois les vêtements mis et on se bornait à nettoyer les
    parties du corps qui restaient visibles.
    On prenait des bains dans les mêmes grandes cuves de bois qui servaient à couler la lessive.
    Plusieurs personnes partageaient la même pièce et il n'y avait aucun moyen de s'isoler pour la
    toilette.

    Les plus pauvres citadins se contentaient des bains publics. On sait par exemple que Paris en comptait 26 en 1292. Ces bains étaient ouverts tous les jours sauf les dimanches et jours de fêtes.
    Des étuveurs se chargeaient de chauffer l'eau, puis quand elle était prête, des crieurs annonçaient l'ouverture du bain. Il fut d'ailleurs interdit de faire crier avant le lever du soleil, afin d'éviter que les clients, se pressant pour le bain, ne tombent sur des voleurs.

    Il y avait des hôpitaux qui accueillaient les lépreux. On soignait la variole ou la rougeole. L'étudiant en Médecine passait cinq à six ans sur les bancs de l'Université.
    L'église s'occupait également des hôpitaux. Les progrès les plus importants étaient réalisés par les chirurgiens.

    L'assistance aux malades et aux pauvres
    L'hôtel-Dieu servait à accueillir les pauvres et les malades pour les aider et les secourir.
    L'épidémie de la peste
    La peste était une maladie très contagieuse. Personne n'allait voir les gens qui avaient cette
    maladie. S'ils touchaient quelqu'un ils l'avaient tout de suite. En trois mois à cause de cette maladie à Avignon on a enterré 62 000 morts. Les personnes qui avaient la peste dormaient toutes seules.

    La peste noire , en treize ans, a coûté la vie à une personne sur trois en Asie et en Europe. La peste noire a fait disparaître des familles et des villages entiers.

    L'arrivée de l'eau courante dans les maisons a, en effet, permis non seulement la mise en oeuvre de systèmes d'évacuation des eaux sales, mais aussi l'installation d'équipements et de salles de bains qui ont favorisé l'hygiène quotidienne. Une évolution qui a pris près d'un siècle.

    Le Moyen Age ne néglige pas l'hygiène. On sait que les princes carolingiens changeaient de
    vêtements et se baignaient tous les samedis. Le bain était un moment de plaisir, souvent
    accompagné d'une collation.
    Préparer un bain prenait beaucoup de temps. Plusieurs personnes prenaient le même bain.
    étaient le plus souvent fait pour s'amuser. Ils les prenaient aussi avant les fêtes. Les serviteurs
    remplissaient la baignoire avec des seaux d'eau chaude.

    Comme le savon ne sentait pas très bon, ils
    répandaient des herbes et des fleurs dans l'eau. Le savon était fait de graisse de mouton, il était mou et très visqueux.

    L'accueil des pauvres : pour les gens qui n'avaient pas de lit, on leur donnait de quoi s'en
    fabriquer(bois, draps, vêtements pour ceux qui n'en avaient pas). Ils mangeaient le plus souvent du pain avec : du lard, du fromage frais, des fèves et des anguilles.

    Les médecins luttaient contre les maladies et le manque d'hygiène. Dans les hôpitaux, il n'y avait pas assez de place. A chaque épidémie, les gens mouraient par centaines. A l’époque médiévale, la parfumerie connaît en Occident un recul certain. Depuis que Rome s’est écroulée, au Ve siècle après J.C., sous les coups des barbares, l’art du parfum s’est réfugié dans l’empire byzantin. De plus, à la suite des Pères de l’Eglise, l’usage profane des senteurs, symbole de la frivolité du monde païen, est condamné.

    Le_bain_de_lenfant

    L'enfant au bain

    Mais, au fur et à mesure que les croisés reviennent de leurs lointaines expéditions en Orient, ils en rapportent cosmétiques et senteurs (en particulier, l’eau de rose). On attribue aux Arabes, héritiers des connaissances antiques en la matière, un rôle déterminant dans l’évolution de la parfumerie grâce à la mise au point de l’alambic et du serpentin. Ces instruments permettent la distillation de l’alcool, technique qui ouvre la voie aux parfums modernes.
    Le premier produit parfumé à substrat alcoolique apparaît en Europe au XIV e siècle : c’est la célèbre "Eau de la Reine de Hongrie", à base d’esprit de vin et de romarin. Considérée comme une véritable panacée, elle protège de tout, même de la peste. L’arrivée de ce fléau qui frappe la France de plein fouet en 1348 et décime en quelques années le quart de la population européenne favorisera un usage intensif des parfums. Soupçonnant l’eau d’ouvrir les pores de la peau à l’air pestilent, les médecins conseillent de recourir, pour se nettoyer, aux vertus purifiantes et protectrices des substances aromatiques.

    On les trouve sous des formes très diverses. Poudres, lotions, sirops, boîtes de senteurs, "oiselets de chypre" (pâte parfumée moulée en forme d’oiseau), sont censés faire barrage à la pénétration de l’air putride. L’accessoire le plus sophistiqué de cette arômathérapie est sans doute la pomme d’ambre. D’origine orientale, c’est une boule en or ou en argent, souvent incrustée de perles et de pierres précieuses. Elle contient, comme son nom l’indique, de l’ambre, substance parfumée provenant des concrétions intestinales du cachalot. Mais la pomme d’ambre, en raison de son prix, est réservée aux rois, aux princes et aux plus fortunés. Les personnes de condition plus modeste se contentent de pommes de senteurs garnies d’ingrédients moins rares (aloès, camphre, basilic, menthe sèche), ou même d’une simple éponge imbibée de vinaigre.

    Se laver la tête ne pose pas plus de problème.
    Un herbier du 13e siècle conseille le jus de bette pour éliminer les pellicules et les feuilles de noyer ou de chêne pour obtenir une belle chevelure. Dans ce même herbier, on préconise, pour éviter la "puanteur" de s'arracher les poils et de laver les aisselles avec du vin, associé à de l'eau de rose et à du jus d'une plante appelée casseligne. Pour se blanchir les dents, il faut se les frotter avec du corail en poudre ou de l'os de seiche écrasé.


    Bref, tant que les établissements de bain étaient modestes, on y allait pour se laver, bien sûr, mais aussi pour discuter, retrouver ses amis. Encore au début du 12e Siècle, la simplicité un peu rude des moeurs faisait que l'on ne voyait pas malice à se mettre nu et qu'on s'accommodait très bien d'une liberté des sens que notre propre morale réprouverait aujourd'hui. On prenait les bains en commun, et nus. Ne dit-on pas que saint François d'Assise (1180-1226) prêcha nu devant ses fidèles, en signe de dépouillement ! Aurait-on pu imaginer cela un siècle plus tard ?

    Etuves_publiques

    Etuves publiques

    Avec la croissance des villes, due à la reprise économiqueEurope, les étuves deviennent de grands établissements et les coutumes changent. La ville attire de plus en plus d'étrangers et de vagabonds, et la prostitution se développe. Les bains sont mis sous la surveillance de chirurgiens-barbiers.
    Voici une description d'un établissement de bains au 14e siècle. D'abord, un rez-de-chaussée sur cave où on plaçait deux énormes fourneaux en brique (en airain, dans les maisons princières). Ce rez-de-chaussée était divisé en deux grandes pièces avec une antichambre commune. La première pièce est une vaste salle de bain, possédant en son milieu une spacieuse cuve en bois et, sur les côtés, de nombreuses baignoires en bois pour une ou deux personnes. La seconde pièce est la salle d'étuve, rappelant le laconicum romain (pièce la plus chaude), dont le plafond est constitué par une massive maçonnerie se terminant en coupole, percée de trous au travers desquels s'échappe l'air chaud. Autour, des sièges et des gradins pour se relaxer. Aux étages supérieurs, des chambres à coucher, ce qui favorisait la prostitution.

    La Faculté de théologie de Paris est une des quatre facultés de l'ancienne Université de Paris. Fermée en 1793, elle renaît en 1808 comme faculté de théologie catholique de Paris au sein de l'Académie de Paris de l'Université de France. En 1877, fut créée également une faculté de théologie protestante suite à la perte de l'Alsace-Lorraine et de la faculté de théologie de Strasbourg. Elle est supprimée en 1885 et remplacée par une nouvelle section de l'École pratique des hautes études. Elle siégeait à la Sorbonne et c'est l'École nationale des chartes qui hérita de ses locaux.

    Sommaire

    [masquer]

    La Faculté de théologie de l'université de Paris du XIIe siècle à 1793 [modifier]

    Au XIVe et XVe siècles [modifier]

    En 1253 sur douze chaires que comportait la faculté de théologie, neuf étaient dans des couvents. De 1373 à 1398, 198 bacheliers reçurent la licence, dont 102 mendiants, 17 moines de l'ordre de Cîteaux et 47 séculiers. On distingue en effet dans la faculté de théologie les étudiants des couvents, ou collèges de réguliers, et les étudiants séculiers des collèges qui, au début du XIVe siècle étaient déjà 76.

    Sur le modèle des Dominicains, en 1221 (collège des Dominicains, la plupart des ordres religieux fondèrent avant le XIVe siècle des couvents dans le quartier de l'Université. Ainsi furent fondés les couvents de Mineurs en 1230, des Prémontrés en 1252, des Bernardins en 1256, des Carmes en 1259, des Augustins en 1261, de l'ordre de Cluny en 1269. Chacun de ces couvents avait une chaire de théologie. Les Mathurins et l'ordre du Val des Ecoliers avaient aussi, en 1253, des écoles de théologie. Les monastères de Saint-Denis et de Marmoutiers eurent également à Paris un couvent d'études, le premier en 1203 le second en 1329. Les plus importants de ces collèges de réguliers étaient ceux de Mendiants et des Bernardins.

    Les couvents où l'on enseignait la philosophie (studia particularia) étaient d'abord distincts de ceux où l'on enseignait la théologie (studia generalia). Les studia particularia étaient situés en province. Le cours de logique durait trois ans, le cours de physique (naturalia) deux ans. Le corps enseignant était formé d'un lecteur et d'un répétiteur. Pour être admis dans un studium generale, il fallait avoir suivi en outre pendant deux ans un cours sur le Livre des sentences. Le corps enseignant des studia generalia de Paris était formé d'un à trois lecteurs principaux et d'autant de sous-lecteurs (ou cursor). Les lecteurs principaux étaient chargés de faire des leçons ordinaires sur les Sentences ou sur la Bible. Les sous-lecteurs étaient des bacheliers qui ne faisaient que des leçons extraordinaires. Chaque couvent comprenait en outre un maître des étudiants qui était chargé de la discipline. Les studia generalia formaient les futurs enseignants des studia generalia de province qui formaient eux-mêmes les enseignants des studia particularia.

    De nombreuses communautés furent fondées à Paris pour l'entretien des étudiants séculiers grâce à la bienfaisance individuelle. Elles étaient cependant généralement mal administrées. La plupart des collèges contenaient deux communautés, une d'artiens et une de théologiens, moins nombreuse. Les collèges séculiers fondés entre 1250 et 1300 (collège de Sorbonne, collège du trésorier, collège des Cholets et collège de Tournai), sont exclusivement composés de théologiens. 138 bourses étaient réservées exclusivement à la théologie, 97 ayant été fondées avant 1305 et 36 avant 1300. La Nation de Normandie possédait 47 bourses et celle de Picardie 47. Les 20 bourses du collège de Navarre étaient en outre indivises entre toutes les provinces de France. Les deux autres Nations n'étaient pratiquement pas représentées dans le faculté de théologie.

    XVIIIe siècle [modifier]

    En 1769, la faculté de théologie ne comprend plus que deux collèges, le collège de Sorbonne et le collège de Navarre. Le collège de Sorbonne est habité par trente-cinq docteurs et il possède onze professeurs de théologie[1] et une chaire d'hébreux fondée par le duc d'Orléans. Le collège de Navarre a quatre professeurs royaux de théologie[2].[3]

    Les grades dans l'ancienne faculté de théologie de Paris [modifier]

    (d'après l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert) "A Paris, pour passer bachelier en théologie, il faut avoir étudié deux ans en Philosophie, trois en Théologie (quinquennium), avoir soutenu deux examens de quatre heures chacun, l'un sur la Philosophie, l'autre sur la première partie de la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, qui comprend les traités de Dieu, des divins attributs de la Trinité et des anges. Ces deux examens doivent se faire à un mois l'un de l'autre, devant quatre docteurs de la faculté de Théologie, tirés au sort, avec droit de suffrage. Un seul mauvais billet ne laisse au candidat que la voie de l'examen public qu'il peut demander à la faculté. S'il se trouve deux suffrages défavorables, il est refusé sans retour.

    Lorsque les examinateurs sont unanimement contents de sa capacité, il choisit un président à qui il fait signer ses thèses; quand le syndic les a visées, et lui a donné jour, il doit les soutenir dans l'année à compter du jour de son second examen. Dans quelqu'une des écoles de la faculté, c'est-à-dire, des collèges ou des communautés qui sont de son corps, cette thèse roule sur les mêmes traités théologiques, qui ont servi de matière à ce second examen, on la nomme tentative. Le président, quatre bacheliers en licence, deux bacheliers amis, y disputent contre le répondant; dix docteurs qu'on nomme censeurs y assistent avec droit de suffrage; les bacheliers de licence l'ont aussi, mais pour la forme, leurs voix n'étant comptées pour rien. Chaque censeur a deux billets, l'un qui porte sufficiens, l'autre incapax. Un seul suffrage contraire suffit pour être refusé. Si le candidat répond d'une manière satisfaisante, il va à l'assemblée du premier du mois, qu'on nomme prim mensis, se présenter à la faculté devant laquelle il prête serment. Ensuite le bedeau lui délivre ses lettres de baccalauréat, il peut se préparer à la licence."

    "On distingue dans la faculté de Théologie de Paris deux sortes de bacheliers : savoir bachelier du premier ordre, baccalaurei primi ordinis, ce sont ceux qui font leur cours de licence; ceux du second ordre, baccalaurei secundi ordinis, c'est-à-dire les simples bacheliers qui aspirent à faire leur licence, ou qui demeurent simplement bacheliers. L'habit des uns et des autres est la soutane, le manteau long et la fourrure d'hermine doublée de soie noire."

    "Dans l'université de Paris, avant la fondation des chaires de Théologie, ceux qui avaient étudié six ans en Théologie, étaient admis à donner des cours, d'où ils étaient nommés baccalarii cursore : comme il y avait deux cours, le premier pour expliquer la bible pendant trois années consécutives; le second, pour expliquer le maître des sentences (Pierre Lombard) pendant une année; ceux qui faisaient leur cours de la bible étaient appelés baccalarii biblici; ceux qui étaient arrivés aux Livres de sentences, baccalarii sententiarii. Ceux enfin qui avaient achevé l'un et l'autre étaient qualifiés baccalarii formati ou bacheliers formés."

    "La licence en théologie s'ouvre de deux ans en deux ans, et est précédée de deux examens pour chaque candidat sur la seconde et la troisième partie de la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, l'Ecriture sainte, l'histoire ecclésiastique. Dans le cours de ces deux ans, chaque bachelier est obligé d'assister à toutes les thèses sous peine d'amende, d'y argumenter souvent, d'en soutenir trois, dont l'une se nomme mineure ordinaire: elle roule sur les sacrements, dure six heures. La seconde, qu'on appelle majeure ordinaire, dure dix heures; sa matière est la religion, l'écriture - sainte, l'église, les conciles, divers points de critique de l'histoire ecclésiastique. La troisième, qu'on nomme sorbonique, parce qu'on la soutient toujours en Sorbonne, traite des péchés, des vertus, des lois, de l'incarnation, de la grâce; elle dure depuis six heures du matin jusqu'à six du soir. Ceux qui ont soutenu ces trois actes et disputé aux thèses pendant ces deux années, pourvu qu'ils aient d'ailleurs les suffrages des docteurs préposés à l'examen de leurs mœurs et de leur capacité, sont licenciés, c'est-à-dire renvoyés du cours d'études, reçoivent la bénédiction apostolique du chancelier de l'église de Paris. "