02/0001 Un lieu de sinistre mémoire
1, Place des Petits Pères, se trouvait le Commissariat aux Questions Juives, sous le Gouvernement de Vichy, en 1941. C'est ici qu'étaient tenus les fichiers qui servaient aux déportations, notamment lors de la rafle du Vel d'Hiv, les 16 et 17 juillet 1942.
02/0002 La rue inhabitée
La rue des Degrés, qui ne mesure que 5m75 de long, est la plus courte de Paris. Il n'y a pas de numéros...elle est donc inhabitée.
En fait, c'est un escalier reliant les rues de Cléry et Beauregard.
02/0003 Un nez à faire pâlir Cléopâtre de jalousie
Au 2, place du Caire, sur la façade, observez bien: parmi les hiéroglyphes, se trouve un profil d'homme nanti d'un nez démesuré, celui d'un certain Bouginier. C'était un peintre, qui fréquentait l'atelier de Gros. Connu pour son mauvais caractère, il fut caricaturé par ses camarades, et son appendice nasal plus important que la moyenne fut crayonné par eux sur tous les murs de Paris, et logiquement reproduit sur cette façade. Des tags, en quelque sorte...
02/0004 Un nain célèbre
Au 2 Boulevard des Capucines s'élevait le Théâtre du Vaudeville. On y applaudissait le nain Tom Pouce, découvert par Barnum aux Etats-Unis. Il fut tellement célèbre et adulé qu'il fut présenté à la reine Victoria, ainsi qu'à Louis-Philippe. Habillé "à la Française", poudré, assis dans un carrosse à sa taille tiré par des poneys, il "louait" ses services pour 200F la soirée.
02/0005 Une maison close très bien fréquentée...
Jusqu'à sa fermeture légale en 1946, se trouvait au 12 de la rue Chabanais, l'une des plus célèbres maisons closes de l'époque: le Chabanais. Ministres, Présidents du Conseil, et même la plupart des têtes couronnées d'Europe étaient des clients assidus. Il est vrai que le luxe de cette maison était inouï: une chambre Louis XVI voisinait avec un salon pompéien, une chambre japonaise avec une chambre mauresque...Sur les murs étaient accrochés des tableaux de Toulouse-Lautrec !
Les escapades de ces messieurs étaient bien entendu gardées secrètes; une simple mention dans leur agenda "Visite au Président du Sénat" était suffisante pour les retrouver facilement en cas d'urgence diplomatique...
02/0006 Qui a tué Jaurès?
Au coin de la rue du Croissant et de la rue Montmartre, se situait le Café du Croissant. C'est là que, le 31 juillet 1914, Raoul Villain assassina Jaurès. L'apôtre de la paix disparut la veille de la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne.
02/0007 D'où la rue Vide-Gousset tire t-elle son nom?
Des nombreux vols à la tire qui s'y perpétuaient. Un gousset était une sorte de petite bourse, qui contenait de l'argent. Paris était alors une ville très mal famée, où les vols et les crimes de toute sorte étaient monnaie courante. La maréchaussée faisait son devoir, mais le mal était endémique.
02/0008 L'ancêtre du cinéma
Le Passage des Panoramas doit son nom et son succès d'antan à 2 énormes rotondes, dans lesquelles étaient exposées d'immenses toiles panoramiques peintes, représentant les grandes villes du monde. En ces temps où l'on n'avait du monde que des informations parcellaires, toute représentation imagée était fort appréciée, et le public s'y bousculait. L'apparition des lanternes magiques, puis du cinéma leur fit perdre leur attrait, et elles disparurent quelques années plus tard. Mais elles avaient tellement marqué l'esprit des Parisiens de l'époque, que leur nom est resté attaché à ce passage.
02/0009 Un (café-)théâtre bien caché !
Au 6 de la rue Bachaumont, percée en 1899, se trouvait l'ancien passage du Saumon. Une salle de bal, l'Athénée Central, sera transformée en théâtre Molière en 1833. C'est là que la célèbre tragédienne Rachel fit ses débuts à 13 ans. La quasi-totalité de cet édifice fut démolie en 1899, mais on peut encore apercevoir, côté cour, certains vestiges comme ces colonnes engagées à chapiteaux corinthiens, ainsi que ces très originales façades en bois sculpté imitant des rideaux aux fenêtres.
02/0010 Encore fallait-il le savoir...
Aux 45-47 rue Montmartre, se trouve une maison élevée au 18è siècle. Il faut s'approcher de la porte de droite pour y lire sur le bouton de la sonnette: "école". Il s'agit d'une école maternelle construite en 1889.
02/0011 Mi-homme mi-bête?
Au 5 rue du Croissant, un étrange personnage orne la clef de la porte d'entrée: tête de chien à l'air farouche, mais on peut aussi y voir un homme couronné et barbu. Neptune, si l'on pense à la coquille St Jacques qui l'entoure? Pourquoi pas ? En tous cas, le mystère demeure...
02/0012 Un souvenir emblématique du quartier
Au 142 rue Montmartre, si vous gardez le nez en l'air, vous pourrez voir sur la corniche un vestige de ce qui fut le siège du journal "La France", journal populaire. Créé en 1862, il voit son audience augmenter en 1877, grâce au talent de polémiste et d'animateur de son nouveau propriétaire, Emile de Girardin, dont Victor Hugo disait: "On lui doit ce progrès mémorable: la presse à bon marché". Ce journal républicain, farouchement opposé à Mac Mahon, accueillit des polémistes et un dictionnaire des girouettes ! Le quartier était parsemé de sièges de journaux, dont certains subsistent encore, mais ont déménagé depuis: le Figaro, l'Humanité, l'Aurore...Sur la façades, remarquez les deux atlantes aux extrémités, et deux cariatides, qui s'amusent à voir passer les passants... C'est ici que Zola fit paraître son célèbre pamphlet "J'accuse", quand il prit fait et cause pour le capitaine Dreyfus, injustement accusé de trahison.
02/0013 Le dépôt légal
Lorsque l'on emprunte la rue Vivienne, ouverte en 1634, il faut savoir que la famille Colbert en fit son fief. En longeant la façade latérale de la galerie Colbert, on voit une inscrption: le "Dépôt Légal", est aujourd'hui réglementé par la loi du 21 juin 1943, en vertu de laquelle tout ouvrage ou périodique doit être déposé en deux exemplaires par l'imprimeur à la Bibliothèque Nationale, et en quatre exmplaires par l'éditeur. En 1828 s'ouvrit, au n°2, un magasin de nouveautés "Au Grand Colbert", remplacé en 1900 par un bouillon, resté bon marché jusque dans les années 1980.
02/0014 Quand Offenbach sauve un théâtre
En 1826, un certain M Comte vint s'établir passage Choiseul, où il fit construire une salle de spectacle, dont la façade donnait rue Monsigny. L'inauguration eut lieu le 23 décembre de la même année. De jeunes acteurs attiraient les familles et les enfants sages. Mais voilà, en 1846, un décret interdit l'engagement de jeunes acteurs de moins de quinze ans. Après quelques vicissitudes, la petite salle, agrandie, superbement décorée, vécut une seconde jeunesse. Le 29 décembre 1855, elle ouvrit ses portes, sous la direction de Jacques Offenbach. Il y présenta sa fameuse chinoiserie: "Ba Ta Clan". Et les triomphes s'y succédèrent: Orphée aux enfers, Monsieur Champfleury restera chez lui, et tant d'autres...En 1862, le théâtre fut repris par Varney, qui chabgea le répertoire. Les opéras-bouffes firent place aux comédies et aux vaudevilles, mais le coeur du public n'y était plus. Puis ce fut le temps des opérettes, jusqu'au début du 20è siècle. Après la Grande Guerre, les Bouffes Parisiens connurent de nouveau le succès, grâce à des opérettes telles Phi-Phi, Là-haut, etc... Et c'est là que de jeunes premiers firent leurs débuts: Maurice Chevalier, Jean Gabin..., puis plus tard, Yvonne Printemps et Pierre Fresnay. On y joue toujours Offenbach et les grands auteurs d'opérettes. Si vous aimez, courez-y !
02/0015 Une rue au nom bizarre; le mystère est dévoilé
La rue Tiquetonne, habitée dès 1292, doit son nom à un boulanger, du nom de...Quiquetonne. Le passage des ans a fait le reste. L'enseigne qui figure sur la façade est celle d'une ancienne échoppe: "L'arbre à liège".
02/0016 De dangereux coucous
Les coucous, c'est ainsi que l'on appelait les "plus lourds que l'air", c'est à dire les premiers aéroplanes, au début du 20è siècle. Et pourquoi dangereux? Eh bien, pour mieux vous rendre compte, rendez-vous à l'angle de la rue de Choiseul et de la rue du Quatre Septembre. Vous y verrez les cicatrices encore bien visibles d'un bombardement allemand qui eut lieu le 30 janvier 1918. Le bâtiment situé au coeur du quartier d'affaires de la capitale était visiblement la cible des aviateurs du Kaiser. Une plaque commémore d'ailleurs cet événement.
02/0017 Une rue qui portait bien son nom
La rue Marie Stuart a opportunément été débaptisée. En effet, au Moyen-Age, où l'on se posait beaucoup moins de questions métaphysiques qu'à l'heure actuelle, elle s'appelait tout simplement: "Tire-vit" ou "Tire-boudin". La proximité de la rue St Denis en faisait un lieu de prédilection pour la prostitution; c'est Fouché, ministre de la police sous Napoléon 1er, qui lui donna son nom actuel. Plus consensuel, mais plus éloigné de la réalité...
Dans le même registre, signalons que ces dames, pour exercer leur activité, louaient des baraques en planches, en "bords", comme l'on disait autrefois, d'où le nom...bordel !
02/0018 L'ancêtre du Théâtre Français est né ici
A la fin du 13è siècle, des pélerins, rentrés de Palestine, allaient par troupes dans Paris raconter leur voyage et l'histoire de Jésus Christ. Ils obtinrent du roi Charles VI l'autorisation de donner des représentations dans une salle louée dans l'enceinte de l'hôpital de la Trinité, alors situé à l'angle des rues Greneta et St Denis. Le peuple se précipita pour assister à ces spectacles si nouveaux, et se passionna pour ces pièces naïves appelées "mystères" et ces farces appelées "sotties". On peut sans conteste affirmer que le théâtre moderne est bien né ici.
02/0019 Une dangereuse conspiratrice
A l'angle des rues d'Aboukir et St Philippe se trouvait la maison du redoutable Fouquier-Tinville (1746-1795). Nommé accusateur public du Tribunal Révolutionnaire, ce criminel sanguinaire se fit remarquer par son zèle et sa cruauté, ce qui lui valut le surnom de "Pourvoyeur de la guillotine". C'est ainsi qu'il fit condamner à mort Madame de Montmorency-Laval, dernière abbesse de Montmartre. Cette dernière, sourde et aveugle, n'était certainement pas une menace contre la République. Fouquier-Tinville l'accusait pourtant "d'avoir conspiré contre la République, sourdement et aveuglément" avant de l'envoyer à la guillotine...
02/0020 Elle empoisonnait vraiment la vie de ses contemporains
Au 23/25 rue Beauregard, près de la Porte St Denis, habitait Catherine Deshayes, veuve Monvoisin, plus connue sous le nom de "la Voisin". C'était, parmi les 300 diseuses de bonne aventure de Paris à l'époque de Louis XIV, l'une des plus célèbres. Elle ne faisait pas que prédire l'avenir, elle avait une certaine tendance à l'influencer, grâce à ce qu'elle appelait ses "poudres de succession", si vous voyez ce que je veux dire...
A la demande d'une épouse, d'un mari, d'un fils ou d'une fille, elle offrait ses services, moyennant finances, bien entendu. Elle était aussi avorteuse et sorcière, et sacrifiait des nouveaux-nés à la préparation de philtres magiques ou d'élixirs d'amour. Ainsi, Madame de Montespan fit prendre au roi Louis XIV , à son insu, un philtre d'amour pendant des années. Elle ne fut véritablement inquiétée que lorsqu'on apprit qu'elle avait organisé des messes noires avec sacrifices d'enfants et invocations de démons. Le scandale fut tel qu'elle fut condamnée et brûlée vive en place de Grève (actuelle place de l'Hôtel de Ville).
02/0021 Une Bourse itinérante
Si la Bourse a été officiellement créée en 1724, cela signifie évidemment qu'elle n'a pas toujours occupé le prestigieux bâtiment commandé en 1806 par Napoléon Ier à l'architecte Brongniart. Effectivement, elle s'est tenue successivement: dans la galerie Vivienne du Palais Mazarin jusqu'en 1793, dans les appartements d'Anne d'Autriche au Louvre jusqu'en 1796, à l'intérieur de l'église Notre-Dame des Victoires, puis au Palais-Royal et enfin dans le magasin de décors de l'Opéra, rue Feydeau.
02/0022 Le philosophe qui inspira la devise d'un pays
Au 16, rue de la Banque, Auguste Comte, le père de la philosophie positiviste, enseigna gratuitement...l'astronomie ! Libre penseur, il considérait que le positivisme, qu'il prônait, était le stade ultime de l'humanité, supérieur à la religion. Attaqué par l'Eglise, et surveillé de près par le gouvernement, il cessera ses cours, dispensés pendant plus de 17 ans, en 1847. Il décèdera en 1857. Sur sa tombe, au Père Lachaise, est inscrite sa devise, qui figure sur le drapeau du Brésil: "L'Amour pour principe, l'Ordre pour base, le Progrès pour but."
00/0023 Les quatre esclaves se sont échappés !
Sur la place des Victoires trône une statue équestre de Louis XIV, honorant le souverain pour ses victoires pendant la guerre de Hollande, et la paix de Nimègue qui s'ensuivit. Celle-ci a une histoire étonnante.
Ce n'est pas la statue originale que vous voyez aujourd'hui. Elle a été sculptée par Bosio, et commandée par Louis XVIII. L'originale, elle, fut détruite à la Révolution. Elle montrait le Roi Soleil debout, entouré de quatre esclaves (qui, eux, n'ont pas été détruits et sont exposés au Louvre), représentant les nations soumises par le Roi Soleil: l'Espagnol, l'Allemand, le Hollandais et le Turc. Autre curiosité: la place des Victoires est ronde, ce qui était une première à l'époque, où elles étaient plutôt carrées.
02/0024 Des petits pères déchaussés
La rue des Petits Pères rappelle les Augustins déchaussés, plus connus sous le nom de Petits Pères. On ne sait pas vraiment d'où leur vient ce surnom: de la petitesse et de la pauvreté de leur première maison, ou d'un sobriquet que leur aurait lancé Henri IV, en apercevant deux de ces religieux dans son antichambre...Les Petits Pères furent dispersés à la Révolution. Sur l'emplacement de la cour du couvent, on ouvrit en 1805 la place des Petits Pères. Le bâtiment lui-même fut rasé en 1858, et sur ses ruines s'élevèrent la mairie du 2è arrondissement, et une caserne de gendarmerie.
02/0025 Un assassinat pour rien
Square Louvois se trouvait l'Opéra de Paris, en 1820. En sortant d'une soirée, le duc de Berry, neveu du roi Louis XVIII, est poignardé par un ouvrier, un dénommé Louvel, qui dira simplement: "Je considère les Bourbons comme des ennemis de la France; je n'ai pas raté mon coup. Je suis content."
Mais il ignorait que la duchesse de Berry était enceinte du futur duc de Bordeaux. La lignée des Bourbons n'était pas éteinte. Louvel avait raté son coup. Un coup pour rien, en quelque sorte...
02/0026 Le plus grand spirite de tous les temps vécut en plein Paris
Au 59 de la rue Ste Anne s'ouvre le passage du même nom. Celui-ci ne serait jamais passé à la postérité, s'il n'avait abrité un certain Denizard-Hippolyte Rivail. Très sceptique envers les expériences de tables tournantes très en vogue au milieu du 19è siècle, il assista néanmoins à l'une d'entre elles chez Madame de Plainemaison. Ce fut une révélation pour celui qui se fit désormais appeler Allan Kardec. Il publia à compte d'auteur Le Livre des Esprits, qui connut un succès inimaginable. Il créa ensuite la Revue Spirite, dont le siège était Passage Ste Anne. Des milliers de fidèles venaient l'écouter et des groupes de disciples apparurent dans toute la France. Il est enterré au Père Lachaise, où sa tombe est très certainement encore aujourd'hui la plus fleurie de toutes. Demandez au gardien où elle se trouve, il vous répondra sans hésitation...
Autre célébrité du passage: Louis-Ferdinand Céline, qui vécut au n°64.
02/0027 Un bâtiment dédié aux arts ?
Dans le carré que forment les rues Dalayrac et Marsollier, se trouve un bâtiment (dont l'entrée est située face à la rue Méhul), qui abrita successivement: l'Opéra Comique, le Théâtre de la Rennaissance, les Italiens, et enfin l'Opéra, avant qu'il ne trouve définitivement sa place au bout de l'avenue éponyme.
On y joua Ruy Blas, la célèbre pièce de Victor Hugo, en 1838. Elle y reçut un accueil triomphal.
Plus prosaïquement, il abrite maintenant les services sociaux de la Banque de France. O tempora, O mores !
02/0028 Ici est né le baba au rhum
Au 51 rue Montorgueil, la porte de l'immeuble est surmontée des attributs de l'architecture et de la boulangerie Stohrer, fondée par le boulanger de Marie Leczynska. Stohrer y inventa le baba au rhum en 1730. Respect...
02/0029 Une galerie très nationale
La Galerie Colbert fut ouverte en 1828 et connut un vif succès, pour sa rotonde et ses jolies boutiques. Galerie à l'usage de la Bibliothèque nationale, on y trouve non seulement une boutique et le Grand Café Colbert, très 1900, , mais aussi un auditorium, une bibliothèque pour enfants, les musée des Arts du spectacle, et le musée Charles Cros, qui présente des costumes, des maquettes et des instruments de musique, qui font partie de la Phonothèque Nationale.
02/0030 Une vocation très littéraire
Le quadrilatère compris entre les rues Richelieu, des Petits-Champs, Vivienne et Colbert est occupé aujourd'hui par la Bibliothèque Nationale. C'était à peu près le périmètre du palais Mazarin. Il fut divisé, à la mort du cardinal, entre ses héritiers. C'est l'hôtel de Nevers, l'un des héritiers, qui abritera finalement la bibliothèque. La marquise de Lambert y loua une aile en 1698 et jusqu'à sa mort en 1733, où elle tint un salon littéraire très prisé et qui fut fréquenté entre autres par Marivaux. Puis le roi récupéra les bâtiments pour y installer son cabinet des Médailles. Les agrandissements successifs allaient bientôt lui permettre de couvrir l'immense propriété du cardinal Mazarin.
02/0031 Quand la jalousie a du bon
En 1790, Mlle Montansier crée le Théâtre des Variétés, à l'emplacement de l'actuel Théâtre du Palais-Royal. Jaloux du succès de cette scène, les Comédiens-Français voisins obtiennent de Napoléon 1er un décret chassant leurs concurrents. La Montansier finance alors la construction d'un théâtre neuf, situé 7 boulevard Montmartre. Inauguré en 1807, le théâtre connaît un succès croissant, notamment grâce à ses vaudevilles. En 1836, on y crée "Kean", d'Alexandre Dumas père. Son apogée est atteinte lorsque Jacques Offenbach s'y installe pour monter "La Belle Hélène " en 1864, et "La Grande-Duchesse de Gerolstein" en 1867, avec la belle Hortense Schneider en vedette.
02/0032 Comment le 2è arrondissement est né
C'est Louis XIV qui, en 1702, fit diviser Paris en vingt-quatre quartiers ou districts. Ainsi naquit ce qui deviendra un jour le 2ème arrondissement. Il était alors composé de parcelles provenant des censives de Saint-Eustache, Saint-Denis et Montmartre. Ce découpage subsista jusqu'à la Révolution. La circonscription de l'actuel 2ème arrondissement était partagée entre les quartiers de la Chaussée d'Antin, du Palais-Royal, Feydeau et du Faubourg-Montmartre.
02/0033 Le temple mythique du cinéma
Jacques Haïk, un riche producteur, décide en 1930 de créer le Grand Rex, une salle de cinéma de 3 300 places sur le modèle des salles atmosphériques américaines. Il fait venir des USA des architectes spécialisés, et 50 musiciens peuvent jouer dans la fosse. Rappelons qu'à l'époque, les films sonorisés étaient encore rares.
Cette salle mythique fut équipée dès l'origine d'améliorations exceptionnelles : sièges équipés d'appareils pour les personnes malentendantes, loges, infirmerie, chenil et nursery. La salle est inaugurée le 8 décembre 1932 avec Les Trois Mousquetaires de Diamant-Berger. C'est devenu depuis une salle mythique que l'on peut visiter.
02/0034 L'autre boulevard du crime
Le boulevard du Crime, c'était, au 19è siècle, le boulevard du Temple. C'était là que nos aïeux s'amusaient à se faire peur, en assistant aux spectacles de grand-guignol, où les couteaux et autres pistolets factices servaient à massacrer des femmes et des innocents. L'hémoglobine coulait à flots. Mais ce n'est pas de ce boulevard qu'il s'agit ici. Mais du boulevard Poissonnière; savez-vousqu'au 12è siècle, il y avait ici un immense marécage, où se cachaient les voleurs. On appelait les voleurs de l'époque des larrons, d'où son nom: le Val Larroneux. . C'était là que se terraient les malandrins de Paris: la Cour des Miracles. Il faudra attendre plusieurs siècles pour qu'il soit nommé autrement: Il fut dénommé Chemin des Poissonniers (en 1635 exactement), car il était un segment de la route qui amenait la marée des ports de la mer du Nord à Paris.
02/0035 La prédiction réalisée
"Voilà où tu finiras si tu continues !" C'est ainsi que le père de Pierre-François Lacenaire menaçait son fils. Celui_ci très turbulent, n'en était certes pas à son coup d'essai. Mais Monsieur Lacenaire était très loin de penser que l'histoire lui donnerait raison.
Son fils, plus poète que criminel dans l'âme, dilapida ses maigres économies au jeu, et survécut misérablement, comme tant d'artistes à son époque. Devenu faussaire par la force des événements, il monte à Paris en 1829. La même année, il commet son premier crime de sang, à l'occasion d'un duel. Puis, suite à des vols, il se fait emprisonner pendant un an à Poissy. C'est là qu'il rencontrera deux voyous qui vont bouleverser sa vie: Pierre-Victor Avril et Jean-François Chardon. Leur plan: attaquer les garçons de recette, en les assassinant au besoin. Cibles faciles, et gain assuré. Pourtant, il "s'entraînera" avec Avril, en assassinant son ancien complice Chardon, passage du Cheval Rouge. Et pour faire bonne mesure, il ajoute au tableau sa vieille mère impotente... Et le 31 décembre 1834, au 66 rue Montorgueil, ils blessent un garçon de recette de 18 ans, qui a juste le temps de s'enfuir, sans que les bandits aient eu le temps de faire main basse sur les 13 000 francs que contenait la sacoche du garçon-payeur. Ses complices Avril et un dénommé "François" qui a rejoint la bande entretemps, sont arrêtés. Ils dénonceront Lacenaire, qui ne sera mis sous les verrous que le 2 février 1835. Beau parleur, mégalomane, il n'hésitera pas à s'accuser de tous les crimes, en ajoutant d'autres non prouvés... Ses derniers mois passés en prison seront utilisés à écrire ses mémoires. Il sera décapité le 9 janvier 1836, devant 4 000 curieux. Il faudra deux essais pour que la guillotine fasse son oeuvre. Le premier a échoué; la nuque n'a été qu'entaillée...
Papa avait raison.
02/0036 Ce n'était pas un hasard
C'est au 35 boulevard des Capucines, dans l'atelier du photographe Nadar qu'eut lieu au printemps 1874 la première exposition de peintures...impressionnistes: Renoir, Manet, Monet, Sisley... . Il avait fait aménager le toit de fer et de verre, pour que ses modèles soient correctement éclairés. Ce toit a disparu sous une surélévation récente.
02/0037 La rue St Denis a bien perdu sa vocation...
Si l'on connaît la rue St Denis pour sa "légèreté", on sait moins qu'à partir du 13è siècle elle fut jalonnée de maisons charitables qui contribuèrent au développement économique de la rue. La Confrérie de St Jacques, au n° 135 recevait les pèlerins au départ de St Jacques de Compostelle. Proche de l'église St Sauveur, l'Hôpital de la Trinité, au n° 142, recueillait les voyageurs après le couvre-feu; enfin, les Filles-Dieu, aux N° 223 à 239, accueillaient les "femmes repenties". Maintenant, disons que c'est un autre genre de charité qui s'exerce dans la rue...
02/0038 La Tour de Jean sans Peur
Au 20 rue Etienne Marcel, c'est le plus vieux bâtiment d'architecture militaire intact de Paris. Mais voici son histoire: une école primaire fut construite en 1875, à l'emplacement de la résidence parisienne des Ducs de Bourgogne. L'origine du palais remonte au 13è siècle. Le 6 mai 1270, Robert d'Artois acheta "hors les murs" une demeure qu'il agrandit avec l'aide de sa fille, la comtesse Mahaut. Son domaine était circonscrit par la rue St Denis à l'Est, Montorgueil à l'Ouest, Tiquetonne au nord et Etienne Marcel au sud. Un siècle plus tard, à la suite d'une alliance entre la famille d'Artois et la Maison de Bourgogne, , les ducs de Bourgogne choisirent cet hôtel comme résidence parisienne et Jean sans Peur en hérita, en 1404. Dans la nuit du 23 au 24 novembre 1407, Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI, est assassiné par des hommes de main du duc de Bourgogne, Jean sans Peur. Par pure jalousie, car Louis se vantait de ses nombreuses conquêtes féminines, dont la femme de Jean sans Peur, Marguerite de Hainaut. Cet assassinat devait déclencher une guerre de près de trente ans entre les Armagnacs, partisans du duc d'Orléans, et les Bourguignons. Craignant la vengeance du fils du duc, Jean sans Peur fit construire cette forte tour de pierre contre son hôtel. Le duc de Bourgogne sera pourtant assassiné à son tour en 1419 au pont de Montereau.Jean sans Peur fit édifier, entre 1409 et 1411, un corps d'hôtel et une tour fortifiée. Après la mort de Charles le Téméraire en 1477, Louis XI annexa le palais des Ducs de Bourgogne à la couronne royale. Puis, en 1543, François 1er mit en vente le domaine, presque ruiné. La rue Française (de François 1er) ouverte à cette époque le coupait en deux parties. Dans la parcelle ouest, que les Confrères de la Passion acquirent en seconde main, fut créé le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. En récompense de ses services rendus pendant sa captivité en Espagne, François 1er offrit à Diego Mendoza la partie orientale du domaine incluant la Tour Jean sans Peur, désormais appelée Hôtel de Mandosse. La tour fortifiée fut transformée en appartements, puis réhabilitée et classée Monument historique en 1884. Elle constituait un donjon imprenable, muni d'une chambre de sûreté à l'usage de Jean sans Peur. Il la fit construire pour se porémunir d'une éventuelle vengeance du parti Armagnac, après qu'il eut commandité le meurtre de Louis d'Orléans, frère du roi.
02/0039 Quand les turlupinades ne faisaient pas rire monsieur le curé
Ce nom passé dans le langage courant vient, comme beaucoup d'autres, d'un nom propre; c'est l'acteur Turlupin qui triomphait entre 1615 et 1621 au Théâtre de l'hôtel de Bourgogne, berceau de la Comédie Française. Il était situé rue Mauconseil. Il attirait notamment la nombreuse population des Halles, qui s'y bousculait, troublant ainsi le service religieux à l'église St Eustache; Les autorités de l'église, indignées par le répertoire souvent scandaleux des comédiens, déposèrent de nombreuses plaintes au Châtelet.
02/0040 Pas touche !
Au 39 rue Tiquetonne, la façade d'un restaurant est pourvue d'une grille; hum, ce n'est pas très commercial, tout ça... En fait, cette disposition est liée à un règlement de police du 16è siècle, qui visait à protéger portes et fenêtres des chapardeurs. Finalement, ça pouvait servir...
02/0041 La galerie dans la galerie
Galerie des Panoramas, Rodolphe Julian ouvrit une académie, en 1868. Mais pas n'importe quelle académie. C'était une "Académie libre de peinture", où les peintres travaillaient...librement ! Mais pas n'importe quels peintres, puisque Vuillard, Bonnard, Bougureau ou Gauguin la fréquentèrent. Devant le succès remporté par la première galerie, Julian en ouvrit une seconde, au 51 rue Vivienne. La portraitiste Amélie Beaury-Saurel, son épouse, dirigea cet atelier de femmes sa vie durant.
02/0042 M le gourmand
Si vous levez les yeux vers les étages du 44 rue Vivienne, vous pourrez y lire un monogramme, un "M". Rien de maudit, rassurez-vous, mais plutôt temple de la gourmandise. En effet, c'est ici que s'était établi le fameux confiseur Marquis, en 1831. Le monogramme "M" se lit sur un médaillon incrusté ultérieurement dans le bow-window.
02/0043 Un drôle de glacier
A l'angle de la rue Vivienne et du boulevard Montmartre, vous pourrez admirer un superbe immeuble. Mais cet immeuble a une histoire. C'était ici que le célèbre glacier Frascati s'établit en 1796, et ce, jusqu'en 1836. Le tout-Paris de l'époque s'y bousculait pour y déguster les fameuses glaces italiennes, mais aussi pour s'y encanailler. En effet, c'était ni plus, ni moins, une maison de jeux et de danse. La façade, sur le boulevard, peinte en bleu et rose, s'ornait d'une lanterne en forme de soleil. On pénétrait dans le bâtiment par un jardin, décoré de rosiers, d'orangers et de rochers de toile peinte. Le jardin n'était que le prélude aux six salles, richement décorées, de statues à l'antique et de fresques. Autant dire que chez Frascati, les glaces étaient réputées, mais elles n'étaient pas les seules à l'être...
02/0044 Pas de boulevards
Etonnant, mais le 2ème arrondissement, celui des Grands Boulevards justement, n'est traversé par aucun boulevard ! Et c'est le seul dans ce cas à Paris. Si vous regardez bien, il est bordé par 7 boulevards: Sébastopol, Bonne-Nouvelle, Poissonnière, St Denis, Montmartre, des Italiens, et des Capucines. Mais aucun ne le traverse...
02/0045 Les spécialités de la Cour des Miracles
On l'a vu, la Cour des Miracles, qui se situait approximativement à l'emplacement de l'actuelle place du Caire, était le refuge de tous les voleurs et autres criminels qui écumaient Paris. Dénommé ainsi depuis le 17 siècle, cet endroit difficile d'accès se constitua en une sorte de commune vivant de mendicité et d'escroqueries, avec ses propres lois et règles. Le roi Pétaud, de qui le nom "pétaudière" est dérivé, régnait sur ce "royaume" agité. Mais la population de la Cour des Miracles s'était largement "spécialisée".
Ainsi, les "casseurs de hane" coupaient les bourses, les "drilles" étaient des déserteurs, les "polissons" de faux pélerins, les "faux grivois" mendiaient devant les églises, les "coquillards" trafiquaient des coquilles qu'ils prétendaient avoir ramenées de St Jacques de Compostelle, les "malingreux" simulaient des infirmités, les "baveux" mettaient un morceau de savon dans leur bouche pour la faire écumer et simuler la rage, les "capons" étaient de faux hydrocéphales, etc...Tous ces filous étendirent peu à peu leur champ d'activité au parvis de Notre-Dame et à la rue du Bac. Louis XIV décida d'en finir, et c'est le premier lieutenant de police, La Reynie, mena rondement l'opération en 1667.
02/0046 On mangeait rue des Jeûneurs
Rien à voir avec un quelconque jeûne. On mangeait bien rue des Jeûneurs. En fait, un terrain de boules fut installé à cet endroit en 1640, chemin de ronde extérieur à l'enceinte de Louis XIII. Ces jeux, nouveaux pour l'époque, furent appelés "jeux-neufs" par les habitants du quartier. La déformation en "Jeûneurs" est dûe à la tradition orale qui perpétuait les noms de lieux, comme les patronymes.
02/0047 Monsieur Gaumont et son cinématographe
Au n°7 de la rue Poissonnière, existait au 19è siècle le magasin de nouveautés Chevreux-Aubertot. En 1883, Paul Sédille conçut une marquise en fer forgé, innovation servant d'abri et d'ornement à la devanture de ce magasin, célèbre pour son "prix fixe", l'ancêtre de nos Monoprix. Mais c'est là que Monsieur Gaumont ouvrit en 1908 la première salle de cinéma, le Gaumont Théâtre, en service jusqu'en 1977.
02/0048 Etre toujours le premier
C'était la devise de Paul Farge. Celui-ci, en 1929, fit construire au 11 boulevard Poissonnière une salle de spectacles de 1 200 places, le Plaza. Bâti sur l'emplacement de l'ancien hôtel du fermier-général (collecteur d'impôt) Augeard, célèbre vers 1750, il privilégia les tons bleu-vert et or. Sous la direction de Mitry Goldin, de 1932 à 1956, ce fut un prestigieux music-hall. Génie du marketing, il changea le nom du Plaza en... ABC ! Ainsi, disait-il, je serai toujours en tête, par ordre alphabétique, des programmes parisiens. La suite lui prouva qu'il avait raison. Tino Rossi y fit ses débuts parisiens en 1934, et Edith Piaf en 1937. Vendu, puis transformé en cinéma de 1965 à 1981, c'est maintenant un banal restaurant.
02/0049 Du chocolat au jouet
Au 27 boulevard Poissonnière, Chopin vécut quelques années, de 1831 à 1832. En 1840, la chocolaterie Guérin-Boutron, une des cinq de Paris, fut remplacée en 1894 par le café-concert Parisiana, fondé par Jandelle. La sage façade se chargea bientôt de fleurs, de masques, de danseuses nues... En 1910, le music-hall fut sacrifié à la nouvelle mode du cinéma et obtint un vif succès. En 1957, la société Gaumont le convertit en salle de 1 800 places, le Richelieu, puis le scinda en cinq salles et le vendit en 1987 à un marchand de jouets. La boucle est bouclée. Encore que...
02/0050 L'architecture industrielle
Les concours d'architectes ont permis l'édification, entre les années 1880 et 1910, d'immeubles aux façades de plus en plus travaillées, et pour certaines, absolument extraordinaires ! Il faut dire que le vainqueur de ce concours annuel recevait un prix, en argent, mais surtout cette toute nouvelle notoriété lui procurait une publicité fantastique auprès des promoteurs, qui s'arrachaient ses services. Et donc, pouvaient vendre les appartements au meilleur prix...A cette époque, c'était l'effervescence en matière d'architecture. La découverte de nouveaux matériaux de construction (verre, métal...n'oublions pas que nous sommes à l'époque de M Eiffel et que Baltard avait construit ses Halles quelques années auparavant!) permettait dorénavant les plus grandes audaces.
A l'élégance s'ajoutait la solidité, et...la modernité.
A cet égard, les immeubles des 118, 124 et 130 rue Réaumur ont été construits dans le plus pur style Art Nouveau. Il s'agissait de sièges de sociétés, et l'usage du verre laissait la lumière nécessaire à ces entreprises souvent spécialisées dans la fabrication de vêtements. Jetez-y un coup d'oeil, vous ne le regretterez pas!
02/0051 L'imprimeur des rois
47 passage des Panoramas se trouve la vénérable institution Stern. Imprmeur de son état depuis 1840! Sa spécialité: l'héraldique, les reproductions d'armoiries, les presses pour timbrer son papier soi-même, les invitations à des mariages, les faire-parts de naissance, de décès, les cartes de visite... Un travail de très grande qualité, largement apprécié des têtes couronnées au 19è et au 20è siècles. Cet artisanat qui a connu des heures difficiles il y a quelques décennies, retrouve une nouvelle jeunesse grâce au retour à ses racines dont nos contemporains sont si friands. Y aurait-il un "manque" dans notre société moderne? Non, je ne peux pas y croire...
02/0052 Un boucher chez les charcutiers
Dans le quartier du Sentier, au 10 rue Bachaumont, se trouve le siège de la corporation des Charcutiers français. Cet immeuble possède un superbe hall: des enseignes de bouchers indiquant le nom des généreux donateurs en couvrent les murs. Quelques peintures et un beau vitrail illustrent les attributs de la profession. Enfin, n'oubliez pas de saluer au passage le buste d'un ancien président de la corporation, conçu, cela ne s'invente pas, par... Alfred Boucher!
02/0053 Les décrotteurs
Les passages couverts de Paris furent construits pour abriter les Parisiens des intempéries et des embarras de la rue. Ils pouvaient y trouver tous les commerces de luxe, les modistes, chapeliers et autres bijoutiers, et bien d’autres encore. Dans un cadre agréable, chauffé, lumineux, éclairé par des becs de gaz et bénéficiant de la clarté extérieure grâce aux élégantes verrières qui composaient la toiture, les badauds s’y pressaient. Mais il fallait bien de temps en temps traverser un boulevard ou une rue pour passer d’un passage couvert à un autre. Et c’est là qu’intervenaient les décrotteurs. Ceux du passage des Panoramas étaient réputés. Paris, Lutétia (littéralement « Ville de boue ») pour les Romains, ne faillissait pas à sa réputation. Peu de rues étaient pavées, et une boue fangeuse envahissait les chaussées. Ah ! Si les décrotteurs n’avaient pas existé !
02/0054 Un coup bien malheureux
Toujours passage des Panoramas, se déroula un fait divers tragique, en 1818. Une maison de jeu, installée au premier étage du passage (il n’en existait alors que neuf dans tout Paris, dont quatre au Palais-Royal) accueillait les téméraires en mal d’émotions fortes. L’un d’eux, un dénommé Warrin, perdit toute sa fortune sur un coup malheureux. Pris de panique, fou de rage, il assassina son ami, chapelier des lieux.
02/0055 Le bagnard repenti
La galerie Vivienne, qui porte le nom d’un bourgeois habitant du quartier au 17è siècle, abrita un bien curieux résident. Il logea au n°13, où il s'installa en 1840. C'est ici que vécut celui que Napoléon 1erchoisit comme chef de la Sûreté : François Vidocq. Ancien bagnard, intelligent et connaissant parfaitement le monde de la pègre, l’Empereur, qui savait dénicher les talents, avait compris que Vidocq, grâce à ses connaissances, ne tarderait pas à organiser des réseaux d’informateurs, très précieux pour assurer la stabilité intérieure de l’Empire et déjouer les attentats. Vidocq fit merveille dans sa tâche, qu’il accomplit avec zèle. Il ne fut révoqué qu'en 1832, soit 17 ans après la chute de l'Empire ! Une légende tenace prétend qu’un souterrain reliait son appartement de la galerie Vivienne au Palais-Royal, ce qui expliquerait ses disparitions aussi soudaines qu’inexpliquées. A ce jour, aucun souterrain ni passage secret n’a été mis à jour.
02/0056 Le cocotier lumineux
La galerie Colbert a eu chaud... En fait, vous n'auriez peut-être jamais eu l'occasion de la connaître, et de l'admirer, si elle n'avait pas été reconstruite à l'identique, avec une hauteur sous plafond réduite. Très appréciée au mileu du 19è siècle, elle tomba peu à peu à l'abandon, et fut détruite par son nouveau propriétaire, la Bibliothèque Nationale, en 1974. Elle fut sauvée par Louis Blanchet, qui la reconstruit en 1981/1985. C'est la sœur jumelle de la galerie Vivienne, et c'est certainement l’une des plus élégantes et des plus raffinées de Paris. Cependant, elle n’eut jamais l’attrait de sa concurrente auprès des Parisiens, qui lui préféraient les commerces luxueux et accueillants à sa beauté un peu froide.Cependant, une superbe rotonde, encore visible aujourd’hui, attirait les badauds qui prenaient goût à admirer en son centre un magnifique candélabre en bronze, portant une couronne de sept globes de cristal éclairés au gaz. Sa forme était si caractéristique qu’on ne tarda pas à l’appeler « le cocotier lumineux ». Sous la Monarchie de juillet, le candélabre devint un haut- lieu des rendez-vous galants.Quant au cocotier, il fut photographié par Eugène Atget en 1900. A sa place trône une superbe Vénus en bronze, fondue en 1822 et qui se trouvait auparavant dans les jardins du Palais-Royal.
02/0057 Dumas avait du goût
Passage des Panoramas, parmi les boutiques à la mode, il y avait celle de Susse. Ici, la clientèle chic de Paris y trouvait un choix d’articles les plus variés : articles de fantaisie, corbeilles de mariage et de baptême, agendas, éventails, flacons, bonbonnières, papiers à lettres gaufrés ou décorés, jeux de société, jouets mécaniques… On n’y trouvait pas que cela, puisqu’Alexandre Dumas y acheta pour six cents francs, un chef d’œuvre de Delacroix, « Le Tasse dans la Prison des Fous ». Il le revendit , en 1866, quinze mille francs ! Il avait aussi le sens des affaires.
02/0058 La Boîte aux Artistes
Le passage Jouffroy fut ouvert grâce à la volonté de deux industriels, Messieurs Verdeau et…Jouffroy. Chacun d’entre eux donna son nom à un passage. L’entrée du passage Jouffroy a remplacé une maison très célèbre sous la Restauration. Après avoir été le siège de l’ambassade de Turquie, elle hébergea, dans les années 1820, un nombre incalculable de musiciens, d’acteurs, d’écrivains et de peintres. C’est la raison pour laquelle ses contemporains la surnommèrent fort justement : « la Boîte aux Artistes ».
Jugez plutôt : la célèbre actrice Mademoiselle Mars, Brunet, l’enfant chéri du Théâtre des Variétés, l’écrivain Alphonse Karr, et le plus célèbre d’entre tous, Giacomo Rossini, qui logeait au second étage y vécurent.
La Boîte aux Artistes fut détruite en 1836 pour ouvrir le passage…
Un splendide hôtel, l’Hôtel de la Terrasse Jouffroy, fut construit en façade du boulevard. C’est aujourd’hui l’Hôtel Ronceray.
02/0059 Le Musée Grévin
Connu dans le monde entier, le Musée Grévin fut créé en 1882 par Meyer, directeur du journal « La Gaulois », et M Grévin, célèbre caricaturiste de l’époque. Réinventé sur le modèle du musée de cire de Madame Tusseau à Londres, son succès fut foudroyant et ne cessa de s’accroître.
02/0060 Un lingot d’or à gagner
Dans le passage Jouffroy, parmi les curiosités, figurait en 1851, le Lingot d’Or. Celui-ci, estimé à l’époque à quatre cents mille francs, était le gros lot d’une loterie qui fit courir tout Paris dans le passage.
02/0061 Sauvé deux fois !
Désormais consacré au commerce de tissus, le passage du Caire était à l’origine (1798) occupé par des commerces variés et des artisans. Peu à peu des industries remplacèrent les boutiques et les ateliers. La suppression par Napoléon III de l’obligation de timbrer les effets de commerce eut un tel impact que ce bol d’air financier permit de sauver les industries, et donc le passage. Par la suite, il faillit être démoli. Sa position centrale dans le quartier du Sentier le sauva donc une seconde fois, les négociants en tissus ayant adopté le passage.
02/0062 A la baïonnette
Le passage du Grand Cerf est situé à l’emplacement de l’ancien Hôtel du Grand Cerf. Avec ses douze mètres de hauteur, c’est le plus haut de tous les passages parisiens.
Cet hôtel de rouliers, terminus des Messageries Royales, desservait par diligences l’est et le nord de la France, à la veille de la Révolution Française. Le 5 novembre 1827, de violentes émeutes secouèrent Paris. Le passage du Grand Cerf, qui se trouvait entre deux barricades, fut le théâtre d’une charge à la baïonnette des troupes régulières envoyées pour mater les mutins, qui avaient écrasé les soldats avec des pierres. On dénombra des dizaines de cadavres, dans les deux camps.
02/0063 Des rues aux noms bien étranges…
Nos ancêtres avaient parfois de biens étranges façons de nommer les rues. Ainsi, l’actuelle rue Léopold Bellan était appelée rue du Bout du Monde au 17è siècle. Quant à la rue St Joseph, c’était la rue …du Temps Perdu !
02/0064 Les descendants de la Cour des Miracles
Le quartier Bonne Nouvelle fut ainsi appelé lorsqu’en 1667 le lieutenant-général de police La Reynie nettoya la Cour des Miracles des voleurs et autres malandrins qui y régnaient depuis des siècles. Ce fut effectivement une bonne nouvelle pour les habitants du quartier. Mais au début du 20è siècle, c’étaient les « Apaches », des voyous qui n’hésitaient pas à étriper le bourgeois pour le détrousser, qui prirent la relève. Souteneurs pour la plupart, ils se spécialisèrent dans le vol de bicyclette, qu’ils revendaient en pièces détachées. C’étaient les débuts de la petite reine…
02/0065 Une rue, un boulevard et un théâtre consacrés aux fleurs ?
La rue, le boulevard et le théâtre des Capucines n’ont rien à voir avec ces fleurs délicates. Ils doivent leur nom au couvent des Filles de la Passion ou …Capucines. Leur règle de vie était très austère : les religieuses devaient observer la pauvreté absolue, ne vivre que d’aumônes, marcher pieds nus excepté à la cuisine et au jardin, ne jamais manger de viande. C’est le seul couvent de cet ordre fondé en France. Le Roi soleil fit détruire le couvent pour construire la place Vendôme. Il le fit reconstruire un peu plus loin, au bout de la rue Neuve des Petits Champs, qui prit alors le nom de rue des Capucines. Sous la Révolution, le couvent devint l’Hôtel des Monnaies, où furent imprimés 50 milliards d’assignats, ces billets de banque sans valeur. Il abrita également la Section des Piques, club ultra-révolutionnaire. Puis devint un lieu d’amusement où l’on pouvait se rendre au cirque, au théâtre…Finalement, c’est Napoléon 1er qui le fit raser en 1806 pour percer la …rue de la Paix !
02/0066 Potins vrais…ou faux ?
Les Filles du couvent de St Thomas étaient fort riches. Et louaient une partie de leur monastère à des dames pensionnaires, dans leur demeure devenue trop grande. Parmi celles-ci, Mme Doublet ouvrit un salon où les beaux esprits de l’époque : Helvetius, Piron, Marivaux et Bachaumont venaient lui commenter les potins les plus récents, les anecdotes les plus croustillantes ou les plus scandaleuses. Chacun y avait son fauteuil attitré, et Bachaumont était le plus assidu. Mme Doublet y tenait deux registres : les informations qu’elle tenait pour vraies, et celles qu’elle tenait pour fausses. Chaque nouveau venu était tenu de commenter ces informations, à les compléter, les confirmer ou les infirmer. Toutes les semaines, les informations inscrites dans le Grand Livre étaient publiées sous le nom de « Nouvelles à la main ». Leur succès était tel que Voltaire s’assurait qu’elles lui fussent toutes favorables. Bachaumont les publia dans ses « Mémoires secrets ». Il survécut à Mme Doublet quinze jours. C’est beau la fidélité.
02/0067 Le temple du savoir
La Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu a eu une histoire mouvementée. A l’origine, c’est Charles V qui, au 14è siècle, rassembla les manuscrits hérités de ses ancêtres pour les installer dans une tour du Louvre, où ils furent répertoriés. Dispersés pendant la Guerre de Cent Ans pour ne pas tomber entre les mains anglaises, elle fut reconstituée et complétée par Louis XII et François 1er qui l’enrichirent de leurs propres collections et d’acquisitions étrangères. C’est en 1721 que la bibliothèque Nationale s’installa définitivement rue de Richelieu. La période révolutionnaire lui permit d’enrichir ses collections. De nombreux manuscrits, mais aussi des livres rares furent « confisqués » dans des couvents ou à des émigrés. Les documents étaient tellement nombreux que, dès 1934, une annexe fut créée à Versailles pour abriter les très importantes collections de journaux et périodiques que le manque de place ne permettait plus de conserver à Paris. On estime que plus de 360 000 volumes et manuscrits, 12 millions de livres imprimés, 6 millions d’estampes, 800 000 monnaies et médailles, et 400 000 disques sont conservés dans ce temple du savoir, récemment complété par la Grande Bibliothèque.
02/0068 Le quartier de la presse
C'est le moins que l'on puisse dire. Le 2ème arrondissement a réuni les plus grands titres de la presse française. Si la présence de la Bourse a favorisé l'éclosion de toute la presse financière, c'est avec le publiciste Emile de Girardin que la presse politique journalière et à bon marché connut une très grande diffusion. Il favorisa les grands écrivains (Dumas, Balzac ...) qui publiaient des feuilletons dans les quotidiens, ce qui décuplait leurs tirages. Son journal, tout simplement intitulé "La Presse", était un modèle du genre. Puis Jaurès fonda en 1904 "L'Humanité", rue de Richelieu. Letellier fonda "Le Journal", puis Lazurick "L'Aurore". L'"Intransigeant", animé dès 1880 par Rochefort, qui, de la rue du Croissant, passait ensuite entre les mains de Bailby qui faisait élever en 1924, au 100 rue Réaumur, un grand immeuble à structure métallique. Cet immeuble abritera successivement "Paris-Soir", puis "France-Soir", dirigé depuis la libération par Pierre Lazareff.
Mais ce n'est pas tout. Entre 1844 et 1872, c'est "L'Illustration" qui s'installa rue de Richelieu, tandis que "La République" et "La Liberté" s'étaient installées au 111 et 113 rue Réaumur. Quant au "Temps", logé rue de Richelieu, il émigra en 1912 rue des Italiens, dans un immeuble où lui avait succédé "Le Monde". Le "Parisien Libéré" occupa un immeuble au 124 de la rue Réaumur de 1944 à 1973.
Toute cette presse bénéficiait de la proximité des agences de presse, telles Havas, Fournier, ou plus près de nous l'Agence France-Presse (AFP).
S'il fallait illustrer d'exemples l'importance de la presse à cette époque, imaginez-vous que la révolution de 1830, les Trois Glorieuses, prit naissance dans les pages du "National". Et c'est dans les colonnes de ce même journal que débuta la révolution de 1848.
Parallèlement à la grande presse, les petites imprimeries de labeur fleurissaient dans les alentours, et en particulier dans les passages, où imprimeurs de cartes de visite, de prospectus, de menus, de papiers à en-tête répondaient à une demande occasionnelle mais importante.
02/0069 Sous le soleil exactement
Vous l'avez sans doute remarqué; lorsque vous vous promenez entre le boulevard des Capucines et le boulevard Montmartre, la plupart des grands cafés et restaurants sont du côté nord du boulevard, c'est à dire qu'ils ne sont pas situés sur le 2è arrondissement. Café de la Paix, Grand Café, café de l'Opéra, ...Et cela ne date pas d'hier ! Déjà, au 19è siècle, Tortoni ou la Maison Dorée s'étaient installés côté 9è arrondissement. Ostracisme, malédiction? Non, plus prosaïquement...manque de soleil. L'autre versant du boulevard étant plus ensoleillé que celui du 2è arrondissement, les belles passantes venaient plus volontiers passer quelques heures au soleil...du bon côté. Seul l'éclairage au gaz des boulevards à la fin du 19è siècle permit de rééquilibrer la fréquentation.
02/0070 Le café italien de Paris
S'il y a le café Procope sur la rive gauche, le café Cardinal, à l'angle de la rue de Richelieu et du boulevard des Italiens, est sans conteste le rendez-vous des Italiens de ce côté-ci de la capitale. En tous cas, c'était le cas à la fin du 19 siècle: il y avait un garçon italien, des journaux italiens, des habitués italiens...C'est normal, nous sommes boulevard ... des Italiens !
02/0071 D'un Régime à l'autre
La rue du Quatre Septembre, qui commémore la proclamation de la IIIème République, s'appelait à l'origine...rue du Dix décembre ! Dernière opération de voirie du Second Empire, elle fut inaugurée sous ce nom pour célébrer le 10 décembre 1848, date de l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, à la première présidence de la Seconde République. Dès la chute de l'Empire, en 1870, la IIIème République s'empressa de débaptiser cette rue, pour y laisser sa marque. Une fois de plus, elle n'y était pour rien. Elle fut bien percée et aménagée par Napoléon III.
02/0072 Un nom énigmatique
La rue Jussienne, proche de la rue St Denis, porte le nom, déformé au cours des siècles, d'une petite chapelle du 13è siècle, dédiée à Sainte Marie...l'Egyptienne.
02/0073 Une étrange reconversion
Le couvent des Capucines, qui donna son nom au boulevard, fut fermé en 1790, pendant la Révolution.Il était si grand qu'une partie fut reconvertie en fabrique...d'assignats ! Vous savez, ces billets de banque sans aucune valeur qui caractérisèrent ce tout nouveau régime... L'église, quant à elle, fut louée à un fabricant de papiers peints. La magnifique galerie de recueillement, longue de 167 mètres, abrita un éditeur de caricatures grivoises: "Le musée du rire". Pour couronner le tout, les jardins furent transformés en lieu de plaisirs, où bateleurs, cirques, dresseurs de chiens y pratiquaient leur art. Ici débuta une actrice, Virginie Déjazet, qui laissa son nom au théâtre actuel.
02/0074 Un alsacien qui fit fortune
C'est en 1880 qu'un alsacien décida de venir à Paris pour y faire fortune. Il ouvrit un café-tabac rue Gaillon, qu'il transforma rapidement en restaurant. La réussite de son entreprise fut telle (dûe essentiellement à la qualité et à la fraîcheur de ses produits qu'il achetait lui-même en Bretagne) que la clientèle affluait: Rodin, Renoir, Edmond de Goncourt... C'est dans ce restaurant que fut décerné, le 31 octobre 1914, le prix Goncourt, fondé en 1894. Ah, j'oubliais ! Le nom de ce fameux alsacien: Charles Drouant. Depuis, la tradition se perpétue, et c'est toujours chez Drouant qu'est attribué le Prix Goncourt.
02/0075 De bien célèbres, mais bien curieux mariés
Dans l'hôtel particulier situé au 3/5 de la rue d'Antin, le 19 ventôse de l'an IV de la République (9 mars 1796), se présentèrent un jeune général d'artillerie et une belle créole devant Monsieur le Maire. L'hôtel avait en effet été transformé en mairie annexe. L'un s'était vieilli pour l'occasion, l'autre s'était rajeunie.. Le premier s'appelait Napoléon Bonaparte et parlait avec un fort accent corse difficilement compréhensible, l'autre s'appelait Marie-Josèphe Rose Detascher, plus connue sous le nom de ... Joséphine de Beauharnais. L'un comme l'autre étaient promis à un brillant avenir. Joséphine, quant à elle, s'était vue prédire son avenir par une bohémienne quelques années plus tôt.
02/0076 Un véritable conte de fées
A l'angle de la place des Victoires et de la rue d'Aboukir, se trouvait autrefois l'hôtel de la marquise de Pomponne. Une certaine Françoise Mignot y vécut également. Son destin fut tout bonnement extraordinaire. Grisette de son état (c'est à dire fille du peuple, au sens du 19è siècle), elle épousa le maréchal de l'Hospital. Devenue veuve, elle épousa dix ans plus tard Casimir Sobieski, roi de Pologne et...abbé de St Germain des Prés ! Pas mal, non ?
02/0077 Molière baladeur
Aux numéros 140 à 144 rue Montmartre se trouvait, jusqu'en 1806, le petit cimetière St Joseph. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, y fut enterré le mardi 21 février 1672, à 9h du soir. La sépulture religieuse lui avait été refusée à St Eustache, sa paroisse, mais sur intervention du roi Louis XIV, elle fut autorisée à St Joseph. L'histoire ne s'arrête pas là. Le 6 juillet 1792, l'architecte Moreau ouvrit le tombeau pour prélever les ossements. Il les déposa dans deux coffres qui furent confiés, mais seulement en 1800, à Alexandre Lenoir, Directeur du Musée des Monuments Français. Ils furent portés en 1807 au cimetière du Père Lachaise. On ne sait pas précisément si les restes qui y sont enterrés sont ceux de Molière...
02/0078 Le peintre-bohême
L'impasse des Peintres porte bien son nom. En effet, on ignore si elle le doit à une maison du 14è siècle appartenant à la famille de Gilles Le Peintre, ou à celle de Guyon Ledoux, maître-peintre au 16è siècle. De toutes façons, une histoire de peintres... Mais comme cela ne suffisait pas, à proximité, habita le peintre paysagiste Lantara. Pauvre, paresseux, insouciant, bohême, ivrogne et borgne, il mourut en 1778 à l'hôpital de la Charité. A l'heure de son trépas, son confesseur lui dit: "Réjouissez-vous! Mon fils, vous allez bientôt voir Dieu face à face, et cela pour l'éternité. " Ce à quoi Lantara répondit: "Quoi, mon père, toujours de face et jamais de profil ?". On a le sens artistique ou pas.
02/0079 Le Molière italien
La rue Dussoubs, qui s'appelait rue Gratte-cul aux 13è et 14è siècles (qui rappelle la licence qui régnait en ces lieux, et qui y règne encore), abrita, au n°21, Goldoni. Surnommé le Molière italien, il y mourut en 1795. Goldoni était maître et lecteur de la langue italienne à la cour de Louis XV. Attaché à la Cour, il bénéficiait d'une subvention que la Révolution supprima.
02/0080 Des britanniques très parisiens
SOS Météores, la Marque Jaune, les 3 formules du professeur Sato, l'énigme de l'Atlantide...Alors, cela ne vous dit rien ? Et si je vous dis Olrik? Bon sang, mais c'est bien sûr ! Blake et Mortimer ! Les fameux détectives anglais, créés par le dessinateur E. P. Jacobs, si amoureux de notre capitale, descendent toujours à l'hôtel Louvois, dans la rue éponyme, lors de leurs aventures parisiennes. La rue Louvois existe bel et bien, mais ne cherchez pas l'hôtel, ce n'est que pure invention.
02/0081 Coup de canon pour pouvoir boire des canons
On prétend souvent que les Français, et les Parisiens en particulier, sont adeptes du système D.
D comme débrouille toi.
Parfois, ce don atteint des sommets d’ingéniosité. Le 23 février 1848, aux heures troubles de la révolution naissante qui allait entraîner l’avènement de la IIème République, un malencontreux coup de canon défonça la loge d’une concierge. L’immeuble se situe au 23 boulevard des Capucines.
Mais ce coup de canon ne fut pas perdu pour tout le monde. La concierge, miraculeusement épargnée, eut l’idée géniale d’exploiter l’ouverture béante qui mettait sa loge de plain-pied avec le trottoir. Ainsi naquit le café « Le Trou dans le Mur ». De petit débit de boissons de quartier, il devint très vite un bar chic, où se bousculait le Tout-Paris. On dit même que c’est entre ces murs (étroits) que fut créé à Paris en 1910, une spécialité britannique promise à un bel avenir : le croque-monsieur. Il fut rebaptisé "The hole in the wall" dans les années 1980.
02/0082 Deux rues pour lui tout seul !
Louis Vivien, seigneur de St Marc, échevin de Paris, présente une rare particularité, qu'il ne partage qu'avec deux autres bienheureux dans Paris (v. anecdotes 8è arrondissement), celle de posséder deux rues à son nom. En effet, si vous vous promenez (le nez en l'air, bien sûr) dans les rues Vivienne et St Marc, eh bien sachez qu'il s'agit bien du même personnage.
02/0083 On y revient ...par plaisir !
A l'angle du 51 rue de Réaumur et du boulevard de Sébastopol, l'immeuble Félix Potin (1910) domine le secteur de toute sa hauteur. Ses décors polychromes, ses abeilles et ses gerbes de blé sculptées symbolisent l'abondance et l'activité commerciale. Cette marque, disparue depuis des années reste encore dans les mémoire des "vieux" Parisiens, dont je fais partie. Félix Potin, on y revient...
02/0084 Un cabaret très discret
Au dessus de la porte d'entrée du 9, rue Montorgueil, on distingue très nettement un croissant de lune sculpté, entouré de nuages. C'est le seul élément de décor qui subsiste d'un cabaret célèbre à l'époque (en 1730). C'est aussi l'une des très rares enseignes sculptées que l'on peut encore voir à Paris. On peut aussi distinguer, au niveau de la fenêtre centrale du premier étage, un mascaron à tête de femme.











