04/0001 Une église républicaine ?
Sur l'un des piliers (le second à droite) de l'église St Paul St Louis, rue St Antoine, on peut lire "République Française ou la mort", sans doute inscrit par un Communard en 1870.
04/0002 Où donc fut installée la première guillotine ?
Place de Grève (actuelle Place de l'Hôtel de Ville), la guillotine fut inaugurée en 1792. On la retrouvera plus tard Place de la Révolution (actuelle Place de la Concorde).
De ce lieu est née l'expression "faire la grève". En effet, au Moyen Age, le Grève était une berge qui descendait en pente douce vers le fleuve. Un port y fut établi, où les personnes en quête d'embauche se réunissaient (notamment les maçons et les autres ouvriers du bâtiment). Cela s'appelait "faire la grève".
Le sens de cette expression a été totalement dévoyé depuis le 19è siècle, et la signification en est maintenant radicalement opposée.
Sur la Place de l'Hôtel de Ville, une potence était dressée, près d'une lanterne. Les émeutiers de 1789 et leurs successeurs y feront référence dans la célèbre chanson révolutionnaire: "Ah, ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne, Ah, ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates on les pendra !"
04/0003 Le repaire des étudiants
La rue du Fouarre (en vieux français: rue du Foin) recèle un secret. Nous sommes au Moyen-Âge, et Paris, depuis la création de l'Université en 1200, attire les meilleurs professeurs, et des étudiants venus de toutes les provinces du royaume, mais aussi de l'Europe entière. Qui dit professeurs, étudiants et Université dit cours magistraux. Seulement voilà. A cette époque, aucun bâtiment n'était encore construit pour abriter les enseignants et leurs élèves. Alors, on professait dans la rue. Les professeurs étaient debout, sur la chaussée ou sur une table. Et leurs élèves étaient assis...sur des bottes de foin. Vous comprenez le nom de la rue, maintenant?
04/0004 Pourquoi la Place des Vosges porte t-elle ce nom? Pourquoi pas Place de la Mayenne ou des Bouches du Rhône ?
A l'origine, elle s'appelait Place Royale, et fut érigée par Henri IV. Elle se dénomme désormais Place des Vosges, car ce département fut le premier à payer l'impôt révolutionnaire, et à envoyer des volontaires pour la défense de la Patrie en danger, en 1792.
04/0005 Des rois décapités à tort
Sur la galerie supérieure de la façade principale de la cathédrale Notre-Dame de Paris, s'alignaient 28 statues de rois de Juda et d'Israël. Or, à la suite d'une méprise, les révolutionnaires de 1793, pensant qu'il s'agissait des rois de France, les abattirent. C'est pourquoi, de nos jours, les niches sont vides. on retrouvera les têtes de ces rois dans les fondations d'un bâtiment qui fut construit en 1977, au 20 rue de la Chaussée d'Antin.
04/0006 Le roi dépucelé
Au 68 rue François Miron, se trouve l'Hôtel de Beauvais. Il date du début du 17è siècle, et fut la propriété de Pierre Beauvais et de sa femme Catherine. Celle-ci, une des favorites du roi, n'était pas ce qu'on appelait alors un canon de beauté. Mais elle avait d'autres talents...C'est elle qui "dénoua l'aiguillette", comme on disait alors, au jeune Louis XIV, tout juste âgé de 16 ans... Il paraît que sa mère, Anne d'Autriche, en fut fort heureuse, elle qui avait dû cohabiter avec son époux, Louis XIII, très peu porté sur la chose...
A la Révolution, l'Hôtel de Beauvais, devenu bien national, sera transformé en "Bureau des diligences".
04/0007 Des noms de rues effacés
Il en reste plusieurs dans Paris, et vous en découvrirez beaucoup lors de mes itinéraires; vous trouverez l'un d'entre eux rue St Louis en l'Ile, à l'angle de la rue Poultier. "Rue St Louis" a été entièrement gratté par les révolutionnaires, qui souhaitaient faire disparaître toute référence à la royauté, la noblesse ou la religion.
04/0008 Un graveur imprévoyant
Rue Jean Beausire, tout près de la Bastille, il reste encore les noms de rue gravés dans la pierre. Observez attentivement l'une d'entre elles: le graveur, n'ayant plus la place nécessaire pour graver le nom entier, le E final de Beausire est situé au-dessus du nom de rue !
04/0009 Décidément, la crue de 1910...
...a laissé des traces ! vous en trouverez une rue des Ursins, où une plaque émaillée indique le niveau maximum atteint.
04/0010 Un boulet qui a la vie dure
Sur l'une des façades de l'Hôtel de Sens, rue du Figuier, subsiste un boulet fiché dans le mur par les révolutionnaires de 1830, pendant les Trois Glorieuses.
04/0011 Encore une tête qui tombe...
Dans l'Ile St Louis, à l'angle de la rue Le Regrattier (elle abritait des marchands d'épices, les "regrattiers" en vieux français) et du quai de Bourbon, vous pourrez voir une statue de St Nicolas décapitée par les révolutionnaires de 1792. Vous y verrez aussi l'ancien nom de la rue, gravé dans la pierre, "Rue de la Femme sans Teste". C'était l'enseigne d'un cabaret, représentant une femme décapitée, tenant un verre de vin à la main, avec la devise: "Tout est bon". Signification philosophique et un tantinet mysogine, selon laquelle d'une femme sans tête, rien de mauvais ne peut venir...
04/0012 Qui a volé les statues ?
Sur le Pont Marie, les niches sont vides. Les statuettes qui devaient y être installées ont en fait été oubliées suite à la reconstruction de l'ouvrage, après sa destruction lors d'une crue de la Seine, le 1er mars 1658.
04/0013 La signature des tailleurs de pierre
Rue des Jardins St Paul, en face du lycée Charlemagne, une cour est en partie bordée par les murs de l'enceinte de Philippe Auguste (construite entre 1190 et 1220), flanqués de tours (au 55 rue des Francs Bourgeois, dans la cour du Crédit municipal, par exemple; seule la base de la tour est d'origine).
On y distingue encore les marques des tailleurs de pierres (des croix). Ces "signatures" leur permettaient d'être payés selon le nombre de pierres qu'ils avaient taillées, et qu'ils pouvaient ainsi dénombrer facilement grâce à ce signe distinctif, propre à chaque artisan. Toutes sortes de signatures étaient utilisées (cercles, étoiles, traits, croissants, coeurs...).
04/0014 Rue des Blancs Manteaux ? Quel drôle de nom !
Elle doit son nom au premier ordre religieux qui y résida, en 1258, sous la protection de St Louis.
Il s'agissait de l'Ordre des Serfs de la Vierge, frères mendiants vêtus de manteaux...blancs.
04/0015 Des commerçants peu recommandables...
Rue Chanoinesse, à la fin du 14è siècle, s'élevaient côte à côte la maison d'un barbier et celle d'un pâtissier fort renommé pour l'excellence de ses pâtés. Les chanoines voisins avaient l'habitude d'héberger des étudiants étrangers. De temps en temps, l'un d'eux disparaissait... On le croyait victime des truands qui pullulaient à l'époque. Mais, un jour, le chien d'un étudiant allemand disparu intrigua les condisciples de son maître par son comportement. Il hurlait à la mort devant la boutique du barbier pendant des journées entières. Pressé de questions, le barbier finit par avouer qu'il égorgeait les jeunes gens, puis les revendait à son voisin le pâtissier, qui en faisait des pâtés. Les deux compères furent brûlés vifs, et leurs maisons rasées. Pendant plus d'un siècle, la place resta vide, par superstition. Le lieu maudit est actuellement occupé par le garage des gardiens de la paix motocyclistes. N'y voyez aucun rapport...
04/0016 Une maniaque du poison
Au 12 rue Charles V, mijota pendant plusieurs années une cuisine satanique. La marquise de Brinvilliers y vécut, et s'y adonna à ses pratiques criminelles. Après avoir empoisonné son père au vitriol, venin de crapaud et arsenic, elle en hérita et put mener un temps la vie qu'elle aimait. Le magot épuisé, elle supprima ses deux frères, grâce à sa "poudre de succession". Confondue, elle fut décapitée en place publique en 1676.
04/0017 Héloïse et Abélard ont bel et bien existé
Au n°9, quai aux Fleurs, une plaque de marbre rappelle que les deux célèbres amoureux vécurent ici en 1118. Leur demeure fut rebâtie en 1849. Leurs visages sont gravés dans la pierre, au-dessus de la porte. Leur tombeau se trouve au cimetière du Père Lachaise, et c'est toujours l'un des plus fleuris. Le romantisme, vous dis-je...
04/0018 Où est le trésor des Templiers ?
Au 56 rue de l'Hôtel de Ville subsistent des vestiges de l'Hôtel des Barres, construit par les Templiers au 13è siècle. C'était le siège de la Commanderie de Paris. On n'y a, jusqu'à présent, découvert aucun trésor. Mais ce trésor est-il d'or et d'argent, ou bien est-il d'une autre nature ? C'est une autre histoire...
04/0019 Le point zéro
Sur le parvis de Notre Dame de Paris, vous pourrez voir une étoile en bronze . Elle représente le centre de Paris. C'est aussi le point à partir duquel, dès l'ancien Régime, on calcula les distances routières de Paris aux autres villes de France.
04/0020 Quand Paris s'appelait Lutèce
Au 6 rue Massillon, passaient les fortifications de Lutèce.
04/0021 Quand une bonne action rapporte
Nous sommes en 1855. Une voiture à cheval roule tranquillement rue de Rivoli. Soudain, les chevaux s'emballent. Un camelot, qui vendait de la bonneterie un peu plus loin, se précipite. et se jetant sur l'attelage, réussit à arrêter la calèche dans sa course folle. Une passagère en descendit, blême. Mais ce n'était pas n'importe quelle passagère. C'était, ni plus ni moins, l'Impératrice Eugénie de Montijo, l'épouse de Napoléon III. Pour remercier son sauveur, un certain Xavier Ruel, elle lui fit don d'une belle somme d'argent. Monsieur Ruel, ravi, remercia poliment l'Impératrice, puis s'en alla. Ah, j'oubliais; il utilisa son pécule pour achter l'immeuble de ce qui deviendra quelques années plus tard...le Bazar de l'Hôtel de Ville !
04/0022 Quel est son style ?
L'église St Gervais-St Protais est très particulière dans l'architecture religieuse à Paris, puisqu'elle condense à elle seule 200 ans d'architecture: un clocher roman, un chevet gothique, et une façade classique!
A gauche de l'entrée, une plaque indique que les Couperin ont vécu à cet endroit. Cette famille donna à l'église cinq organistes de renom, dont le plus célèbre, François Couperin.
04/0023 Paris en quartiers
Au 10 rue François Miron, une inscription datant du 18è siècle mentionne la place Baudoyer, dans un cartouche. Juste en-dessous, le chiffre 11 fait référence au découpage de Paris en 20 quartiers (et non arrondissements), entre 1702 et 1790. Le quartier de la Grève était alors le 11è quartier de Paris.
04/0024 La maîtresse du roi était bien cachée
Rue du pont Louis-Philippe, au n°22 bis, n'hésitez pas à pousser la porte vitrée de l'immeuble qui cache à vos yeux une merveilleuse cour abritant une maison Renaissance. C'est ici qu'a vécu Marie Touchet, favorite du roi Charles IX, dont l'anagramme était: "Je charme tout". Charmant, non ?
04/0025 Une enseigne publicitaire
A l'angle des rues de Fourcy et de Jouy, vous découvrirez la copie d'une enseigne datant de 1767 "Au gagne-petit". L'oeuvre originale est conservée au Musée Carnavalet. L'enseigne indique qu'un rémouleur tenait boutique ici, en compagnie d'un marchand de vin, si l'on fait référence au verre de vin que le personnage tient dans sa main gauche.
04/0026 Un plafond peint sauvé de la démolition
Au 21 bis rue St Paul se trouve une galerie de photos de la Ville de Paris. Jusque là, rien d'exceptionnel, si l'on ignore qu'on y trouve un magnifique plafond "à la française", de style Louis XIII, aux poutres et aux solives peintes de cartouches, de fleurons et de rinceaux. Ce plafond a été miraculeusement été préservé de la destruction, parce qu'il était protégé par un faux-plafond...
04/0027 Des chimères pour garder la maison...
Au 133 rue St Antoine, on ajouta en 1728 un superbe balcon à la façade en fer forgé, soutenu par quatre chimères à l'aspect menaçant. Cet animal mythique, que l'on retrouve également sur les vantaux de la porte cochère, avait pour particularité de cracher du feu et de dévorer les humains. Bref, tout ce qu'il fallait pour assurer la protection de la maison...
04/0028 ...et des méduses pour garder celle-là
47, rue Vieille du Temple, se trouve un hôtel particulier construit en 1660 par Pierre Cottard. Admirez la porte d'entrée, magnifiquement sculptée par Renaudin. On peut y voir en particulier deux méduses menaçantes.
04/0029 Un singulier personnage
Nicolas Restif de la Bretonne fut un écrivain à l'imagination débordante, souvent extravagant. En 1779, Restif rencontre Beaumarchais, qui lui aurait proposé la direction de l'impression des œuvres de Voltaire à Kehl et avec lequel il entretient des relations aussi étroites que peu connues entre 1785 et 1791, peut-être liées à la succession du duc de Choiseul, l'homme d'affaires étant le principal syndic des créanciers.
La même année, comme il parcourt les rues de Paris et de l’île Saint-Louis, la nuit, se surnommant lui-même « le hibou », il commence à écrire sur les ponts et les murs. On trouve plusieurs traces de son passage, en particulier 11 place des Vosges où il a gravé dans la pierre: "1764 Nicolas".
04/0030 Un endroit maudit
Au 38/42 rue des Archives, se trouve la maison de Jacques Coeur. Bâtie en 1440, elle est étonnante par sa construction en brique et pierre, peu usuelle à l'époque. Un peu plus bas dans la rue, se trouve le seul cloître conservé intact dans Paris, achevé en 1427. Il a été construit au-dessus d'une chapelle expiatoire, érigée en réparation d'une profanation d'hostie, prétendûment commise par un juif dénommé Jonathas.
De l'hostie aurait coulé du sang; elle aurait refusé de brûler, et même de bouillir dans de l'eau, changée également en sang. Jonathas, lui, fut bel et bien brûlé vif, sur l'Ile aux Juifs (actuel square du Vert-Galant). Philippe le Bel en profita pour confisquer ses biens et sa maison. En attendant de faire de même avec les Templiers. Mais ça, c'est une autre histoire...
04/0031 Un arbre miraculeux
Au 2, rue François Miron, devant l'église St Gervais-St Protais, se trouve un arbre magique.
L'orme qui trône devant cette église porte de haut en bas une étrange cicatrice, comme s'il avait été frappé par la foudre. Il est réputé pour ses forces magnétiques bénéfiques. Essayez ! Ca ne coûte rien ! Il vous suffit d'apposer votre main sur l'écorce. Au bout de quelques minutes, on se sent effectivement revigoré ! Effet garanti, quoiqu'inexplicable...
Notez que les balcons des immeubles du 2 au 14 de la rue François Miron reprennent l'orme comme motif ornemental.
04/0032 Un lieu faussement possédé par le démon
Au-dessus du portail central de l'église St Merri (78 rue St Martin), est sculpté un petit démon ailé bisexué. A la fois homme et femme, il est appelé le Petit Baphomet. Un pentagramme inversé et la statuette donnent au lieu une réputation satanique injustifiée. En fait, il s'agirait de la représentation alchimique de Rebis, dont la mort donna naissance au Phénix.
Quelques siècles plus tard, le curé de la paroisse eut la stupeur de constater que les fidèles qui se présentaient à lui pour la communion étéient tous peinturlurés de rouge ! Possession démoniaque ? Maladie contagieuse ? Non, plus prosaïquement, un petit malin avait déversé le contenu d'une bouteille de mercurochrome dans un bénitier...
04/0033 Le métro de Louis XIII
En regardant bien, lorsque vous êtes station de métro Châtelet, en direction de la Porte d'Ivry, vous pouvez apercevoir une "station" construite au 17è siècle. En 1642, Louis XIII céda au marquis de Gesvres, sous réserve que celui-ci fit construire un quai, bordé d'arcades. Ce bord de Seine fut appelé "Tunnel des Cagnards", et resta tel quel jusqu'au 19è siècle. Lors de la construction de la ligne de métro n°7, à partir de 1913, on découvrit que la partie attenante du tunnel à la culée du Pont Notre-Dame se trouvait exactement dans l'axe du tracé prévu par la voie. Tout naturellement, elle lui fut annexée.
04/0034 Le fantôme de l'alchimiste
Nicolas Flamel habita la rue de Montmorency jusqu'à sa mort en 1418. Sa femme Pernelle, a une rue toute proche, qui rappelle son nom. Pendant vingt ans, il va chercher à percer le mystère de la pierre philosophale. Il prétendit y être arrivé, en 1382. Sa réputation lui survécut, puisque tout au long des siècles, des gens affirmèrent l'avoir rencontré. Il vivrait encore aujourd'hui en Inde... Un morceau de sa pierre tombale, qui a pendant longtemps servi d'étal à un commerçant, est de nos jours conservé au Musée de Cluny.
04/0035 Notre-Dame de Paris consacrée par le diable ?
Une légende tenace prétend que les ferrures des vanteaux latéraux sont l'oeuvre du diable. Pas moins...
Un nommé Biscornet, serrurier de son état, avait été chargé par les chanoines de réaliser les ferrures.
Se sentant incapable de réaliser seul ce travail, il aurait fait appel au démon. Les serrures posées, il fut effectivement impossible, le jour de l'inauguration, d'ouvrir les portes avant de les avoir aspergées d'eau bénite. Accablé par le remords, Biscornet mourut peu après.
04/0036 Une rue au nom trop évocateur
La rue de l'Hôtel de Ville n'a pas toujours eu ce nom; jusqu'en 1832, elle s'appelait rue de la Mortellerie, c'est à dire des maçons, nombreux à habiter l'endroit. En 1832, donc, une épidémie de choléra emporta 300 d'entre eux. Les habitants du lieu, émus que le mot "mort" apparaisse dans le nom de leur rue, obtinrent que celle-ci fut rebaptisée.
04/0037 Un Doors derrière la porte
Le 3 juillet 1971, on découvrit au 17/19 rue Beautreillis le corps sans vie de Jim Morrison, chanteur des Doors. Il serait mort d'une crise cardiaque, après une soirée bien arrosée; mais les circonstances réelles de sa mort restent obscures. Il est enterré au Père Lachaise, et sa tombe attire toujours autant d'admirateurs.
04/0038 Le premier journaliste
Au n°8, quai du Marché Neuf, qui court devant la Préfecture de Police, vivait Théophraste Renaudot.
Il fonda, en 1632, l'ancêtre de la presse française, "La Gazette de France". Le journal paraissait le lundi et le vendredi.
04/0039 Les "machines à laver" de nos ancêtres
Quai de Corse, les bateaux-lessive étaient accostés. Les blanchisseuses y lavaient le linge des Parisiens au 19è siècle. Le plus grand d'entre eux, l'Arche Marion, employait 250 blanchisseuses. Il faisait 200 mètres de long. Un peu plus loin, on trouve la place des Lavandières Ste Opportune. Cette sainte est la patronne des...blanchisseuses ! CQFD.
04/0040 Le tableau envolé
En mai 2004, les responsables du Centre Georges Pompidou portent plainte: un tableau de Picasso "Nature morte à la Charlotte", a disparu ! Les soupçons se portent sur l'un des gardiens du musée, licencié pour trafic de stupéfiants. Son téléphone portable permet de remonter jusqu'à un trafiquant de drogue chinois, incarcéré à Fleury-Mérogis, et qui aurait eu entre les mains, selon les rumeurs du "milieu", un tableau de maître. Son domicile est perquisitionné, et le tableau est effectivement retrouvé. Le vigile avait introduit son complice dans les sous-sols de Beaubourg lors d'une livraison de drogue, et son "faux ami" en avait profité pour "emprunter le Picasso... Bien mal acquis ne profite jamais.
04/0041 L'autre inconnu
Square de l'Ile de France, à l'extrémité est de l'Ile de la Cité, derrière Notre-Dame de Paris, se trouve un petit monument très émouvant, et peu connu. Il s'agit du Mémorial des Martyrs de la Déportation, oeuvre sobre reconstituant les geôles d'un camp de concentration. Ici repose la dépouille du déporté inconnu.
04/0042 Gaz à tous les étages
Au 12, rue St Louis en l'Ile, l'ingénieur Lebon découvrit en 1799 le principe du chauffage au gaz. C'est aussi ici que Chaptal mena ses premières expériences.
04/0043 Une belle histoire d'amour
Au 4, rue de la Colombe le restaurant actuel a succédé à la taverne St Nicolas, attestée en 1250, et dont elle a gardé la tonnelle et les portes. La rue de la Colombe, quant à elle, tient son nom d'une vieille anecdote. Vers l'an 1220, un couple de colombes logeait dans une vieille bâtisse. Un jour, un affaissement de terrain se produisit, et la maison s'effondra, emprisonnant sous ses débris l'oiseau femelle. La petite colombe était toujours vivante, mais le temps de la délivrer en déblayant les gravats, elle serait morte de faim. Le mâle, survolant les lieux du désastre, repéra sa compagne emprisonnée. Il parvint à la nourrir en lui jetant des graines, et en la faisant boire au moyen d'un brin de paille trempé dans de l'eau. Il lui sauva ainsi la vie, et tous les oiseaux de lÎle de la Cité fêtèrent l'évènement en tournoyant au-dessus des ruines de la maison. Les habitants du quartier, eux aussi, firent la fête pour célébrer ce petit miracle. Emouvant, non ?
04/0044 Un des douze travaux d'Hercule
Au n° 12 de la rue de Jouy, la porte style rocaille est surmontée d'une tête d'Hercule, coiffée de la peau du lion de Némée.
04/0045 Halte aux faux-monnayeurs
L'hôtel d'Amelot, au 12 rue des Lions, servit de prison aux contrefacteurs d'assignats sous la Terreur. Inutile de dire quel sort leur fut réservé...
04/0046 L'église aux reliques étincelantes
L'église St Merri, 78 rue St Martin, comporte une tourelle où se trouve la plus ancienne cloche de Paris (1331). Cette église doit son existence à la présence de d'ossements exhumés de l'abbé d'Autun, Médéric, d'où vient le nom Merri, qui brillaient comme des pierres précieuses, ce qui incita l'évêque de Paris, Gozlin, à lui dédier une église (884).
04/0047 Lutèce, cité commerçante
De 1965 à 1972, lors du creusement du parking souterrain du parvis Notre-Dame, une fouille de sauvetage permit de dégager des vestiges de la ville du 1er siècle de notre ère. En particulier, un port fut mis à jour. La présence de nombreuses poteries originaires de l'Aveyron (les premiers bougnats ?), du Lyonnais et d'Angleterre laisse supposer l'importance des échanges assurés par les nautes, les marchands sur l'eau parisiens (c'est d'ailleurs leur nef et leur devise qui figurent sur le blason de la ville de Paris).
04/0048 Rendez-vous amoureux à la chapelle St Aignan
Si vous passez rue des Ursins, au n°19, vous trouverez la chapelle St Aignan. Elle est remarquable à deux titres: c'est l'unique vestige des vingt-trois chapelles et petites églises qui s'entassaient autour de Notre-Dame de Paris au Moyen-Âge. Elle fut fondée en 1116 par Henri de Garlande, puissant personnage qui fut archidiacre de Notre-Dame et chancelier du roi Louis VI le Gros. De plus, logée à proximité de la chapelle chez son oncle, le chanoine Fulbert, Héloïse vint prier dans ce sanctuaire, et y donna rendez-vous, à son amant, Abélard.
04/0049 Une rue à surprises
La rue des Rosiers est bâtie sur l'ancien chemin de ronde de l'enceinte de Philippe-Auguste. Elle doit tout bêtement son nom aux rosiers qui l'environnaient alors. Et c'est depuis cette époque, le 13è siècle, qu'elle abrite la plus ancienne communauté juive de Paris. A la veille de la Révolution, on dénombre dans le quartier du Marais 2 500 juifs. Dans les années 1830, on pouvait voir traîner dans la rue des Rosiers une petite fille brune misérable, fille d'un colporteur. La petite Rachel deviendra quelques années plus tard l'une des reines du théâtre. Elle fréquentera les cours et les Palais impériaux et y brillera par son intelligence et son esprit.
Dans un autre registre, chez Marianne, l'un des bordels de la rue des Rosiers, une belle fille rousse fit ses débuts: elle sera surnommée Casque d'Or.
04/0050 L'horloge de la justice
La Tour de l'Horloge, boulevard du Palais, existe depuis 1370. Le roi Charles V fit poser par l'horloger allemand Henri de Vic la première grosse horloge du Palais, et instaura la charge de Gouverneur de l'Horloge. Cette charge fut par la suite réservée aux meilleurs horlogers de la ville. On y lit encore une inscription latine signifiant: "Cette machine, qui partage si équitablement les heures en douze, enseigne à respecter la justice et à obéir aux lois". Ce texte est sans doute relativement récent, car l'horloge fut vandalisée à la Révolution.
04/0051 L'hôtel inconnu
L'hôtel de Chalon-Luxembourg, 26 rue Geoffroy l'Asnier, présente une particularité unique: on ne sait pas d'où vient le nom de "Chalon", qui orne le cartouche (gravé avec celui de Luxembourg) situé au-dessus du porche d'entrée.
04/0052 Sur un coup de dés...
Le financier Mesmes Gallet, sieur Dupetit-Thouars et contrôleur des Finances, était grand joueur. En 1624, il gagna au jeu l'hôtel de Charles Huault de Montmagny et le fit démolir. Il en commanda un autre à Jean Androuet du Cerceau. Mais, ayant perdu, sur un coup de dés, son hôtel, il dut revendre en 1627 le bâtiment inachevé à son créancier. Les propriétaires suivants firent terminer les deux pavillons sur la rue St Antoine en 1628-1630.
04/0053 La première promenade Parisienne
Le mail de l'Arsenal, qui était situé à l'emplacement actuel de la Bibliothèque de l'Arsenal, 1-3 rue de Sully, fut le premier site de promenade pour les Parisiens. Sully, nommé par Henri IV grand-maître de l'artillerie, reprend en main l'arsenal des rois de France. Il se fait construire une résidence de fonction, qu'il occupera jusqu'en 1634. Il compléta la promenade par une allée plantée, et un terrain de jeu de maillet.
04/0054 Un roi sportif
La salle du Jeu de Paume, 54 rue St Louis en l'Ile, abrite l'un des plus anciens sports pratiqués en Europe, ancêtre du tennis. Henri IV, le lendemain de son entrée triomphale dans Paris, le 15 septembre 1594, y fit même une démonstration "endiablée", et joua "tout au long de l'après-dîner" selon son chroniqueur, Pierre de l'Etoile.
04/0055 C'est l'histoire d'un mec...
En entrant au 41 rue du Temple, on est d'abord frappé par l'apparente vétusté des lieux. Parmi tous les spectateurs qui s'y croisent, il y a d'abord ceux du Café de la Gare, situé au fond de la cour. Ce théâtre fit beaucoup parler de lui dans les années 70, quand un clown en salopette inventa le café-théâtre. Il s'appelait Coluche, de son vrai nom Michel Colucci, et insufla à ses prestations un indéniable esprit frondeur digne de la grande tradition française. On peut aimer ou pas le style, mais il a réellement créé un genre nouveau, à l'acidité dévastatrice. Iconoclaste, il n'hésita pas à se présenter à lune élection présidentielle, pour tourner en dérision une classe politique décridibilisée. Il se "maria" avec l'autre grand comique de l'époque, Thierry Le Luron. Quand à l'homme, il a fondé Les Restos du Coeur pour les plus défavorisés. Tout un programme...
04/0056 Les marchands d'hommes
Non, ce n'étaient pas des esclavagistes. Au 44 de la rue du Bourg-Tibourg, se trouvait, dès le 15è siècle, un bouge où se retrouvaient les racoleurs aussi appelés "marchands d'hommes". A cette époque, on pouvait se payer un remplaçant pour éviter le service militaire. Les racoleurs étaient chargés de recruter ces remplaçants, moyennant une petite commission, bien sûr !
04/0057 Le dernier café philosophe de Paris
Très en vogue au 18ème siècle, les cafés philosophiques ont tous disparu. Tous ? Non ! Il en reste au moins un: "Les Phares", place de la Bastille. Ici, on peut philosopher à loisir chaque dimanche matin à partir de 11 heures. Le micro y passe de main en main et chacun laisse libre cours à son inspiration du moment: "L'argent fait-il le bonheur ?", "Doit-on forcer le destin ?", "Faut-il un Code Pénal ?", etc... sont quelques-uns des nombreux thèmes débattus en ces lieux.
04/0058 Abattoir à ciel ouvert
Il s'appela tout d'abord "la Tuerie" , puis "L'Escorcherie", car, au Moyen-Âge, les bouchers y égorgeaient le bétail. Leur sang coulait en ruisseaux, et se jetaient dans la Seine, où les ouvriers drapiers lavaient leurs étoffes...Quand le marquis de Gesvres l'aménagea en 1641, il prit tout naturellement son nom et devint: le quai de Gesvres. Il était alors bordé d'arcades, aujourd'hui malheureusement disparues, sous lesquelles s'abritaient de nombreuses petites boutiques.
04/0059 Un îlot sauvé de la destruction
L'immeuble situé 11 rue du Fauconnier (quel joli nom !) fait partie de l'îlot St Paul, rénové par la Ville de Paris dans les années 80. Cet immeuble devait être détruit, mais fut finalement donné aux Maisons Internationales de la Jeunesse et des Etudiants. Ce bâtiment du 17è siècle, pratiquement à l'état de ruine, a été restauré, sous l'égide des Monuments historiques. Les façades ont été réordonnancées pour retrouver leur état d'origine, certaines parties ont été réinventées, tout cela pour permettre la construction de nouveaux locaux adaptés à leur nouvelle fonctionnalité: l'hébergement temporaire à prix modique de plus de cent jeunes de toutes nationalités.
04/0060 Quand Paris était Sens dessus-dessous
Jusque sous Louis XIII, l'évêché de Paris dépendait administrativement …de Sens. En effet, les divisions religieuses étaient encore calquées sur les divisions romaines, et l’archevêque de Sens était suzerain de l’archevêque de Paris. Les évêques de Sens avaient, pour cette raison, une résidence permanente dans Paris. C’est le superbe Hôtel de Sens.
04/0061 666, date maudite
666, c’est le chiffre de la Bête, du diable.
C’est aussi la date à laquelle trois cents religieuses, du monastère St Eloi, périrent dans l’épidémie (de peste, pense t-on), qui ravagea Paris en cette année maudite.
Leur abbaye se trouvait à l’emplacement exact de la caserne de pompiers, dans la Cité, face au Palais.
04/0062 L'ancêtre de Notre-Dame de Paris...
...se trouve sous vos pieds ! En effet, lorsque vous foulez le parvis de la cathédrale, vous pouvez observer sur le sol le dessin de la première église construite en ce lieu par le roi Mérovingien Childebert, au 6è siècle: la basilique St Etienne.
On trouve ses fondations dans la crypte archéologique de Notre-Dame de Paris.
04/0063 Quand la muraille resurgit de l'oubli
Lorsque vous êtes rue des Jardins St Paul, vous apercevez, d'un côté de la rue, des espaces de jeux et une vieille muraille. Eh bien, imaginez qu' à la place de ces espaces de jeux et de cette muraille, jusqu'en 1948, c'étaient des immeubles qui se trouvaient là ! Et que cette muraille n'est autre que l'enceinte de Philippe Auguste , construite entre 1190 et 1210 ! La partie de la rue encore bordée de maisons était alors "hors les murs", c'est à dire en-dehors des murs de Paris. La tour sur la rue Charlemagne est celle où Montgomery, capitaine des gardes Ecossais et malheureux adversaire d'Henri II dans le tournoi qui lui fut fatal, fut brièvement incarcéré après le tragique accident.
04/0064 Encore plus ancien que St Etienne !
Comme on a pu le voir plus haut, Notre-Dame de Paris fut construite sur les vestiges de la basilique St Etienne. Elle-même bâtie...sur un monument votif dédié à Jupiter par les Nautes, lointains prédécesseurs des "marchands de l'eau" et qui ont laissé leur devise à la ville de Paris "Fluctuat nec mergitur" (Flotte mais ne coule pas), sous le règne de l'empereur romain Tibère. On trouve le fameux "pilier des Nautes", découvert en 1711, au musée de Cluny. Vestige unique et très émouvant de nos ancêtres.
04/0065 Le Pont Rouge
Un pont de bois fut construit vers 1630 ; il avait cette particularité d'éviter l'Ile de la Cité, car les chanoines qui habitaient près de Notre-Dame de Paris refusèrent que le pont n'aboutît en plein milieu de leurs maisons. On dut donc dévier ce pont, qui, après avoir effectué un coude à angle obtus, descendait jusqu'à une petite place du cloître Notre-Dame. Une procession emprunta notre fameux pont en 1634. Les processionnaires et les badauds y furent si nombreux que le pont s'effondra. On dénombra vingt morts et quarante blessés. Dès 1636, les processions ne furent plus autorisées à emprunter les ponts en bois. Détruit une première fois en 1709, il fut reconstruit en 1717 et repeint...en rouge ! On n'y passait qu'à pied et le passage coûtait un liard par personne. Bien qu'il ne supportât aucune maison, il menaçait ruine, et fut finalement détruit en 1795.
04/0066 La Bastille, une forteresse devenue prison.
C'est pour se protéger des Anglais et des bandes de brigands qui ravageaient les campagnes environnantes que les Parisiens commencèrent à édifier en 1356 un nouveau rempart pour remplacer la muraille de Philippe-Auguste, insuffisante et en mauvais état. En 1370 fut posée la première pierre de la bastille Saint Antoine, devenue dans le langage populaire la Bastille. Elle devait faire pendant au Louvre et protéger l'hôtel St Pol, où résidait le roi. Les quatre tours édifiées sous Charles V furent doublées de quatre autres sous Charles VI. Henri II y ajouta un bastion vers l'est, qui servit de jardin aux prisonniers. Pour sortir de la ville, il fallait emprunter la rue de la Bastille, où se trouvait la porte St Antoine. Elle mesurait environ 66 mètres de long, sur 30 à 34 mètres de large, et les tours, affectées au logement des prisonniers, mesuraient 24 mètres de haut, pour 11 de diamètre, et leurs murs faisaient 2 mètres d'épaisseur.
04/0067 L'empereur poète
C'est en 1808 que Napoléon 1er décida qu'un marché aux fleurs, rejoint par un marché aux oiseaux dès 1809, serait construit à l'emplacement du terrain vague délimité par le quai de Corse (quai Desaix à l'époque) et la rue de la Pelleterie.
Ce marché se tenait tous les mercredis et tous les samedis, pour le plus grand plaisir des Parisiens, qui venaient s'y promener, et y acheter des plantes et des oiseaux du bout du monde. Comme quoi, on peut être empereur, grand conquérant, et poète à ses heures.
04/0068 L'aquarium d'Hypocras
Le Grand Châtelet, en fait une forteresse, qui abritait le pouvoir royal au Moyen-Âge, se situait..;à l'emplacement de l'actuelle place du Châtelet. Et, bien avant d'être la place que nous connaissons, avec ses théâtres et son animation, c'était aussi un lieu sinistre où l'on emprisonnait et où l'on torturait. Ainsi, la "question", abolie par Louis XVI en 1780, y était appliquée. et les cellules où étaient enfermés les prisonniers étaient différentes, selon la nature de leurs crimes. par exemple, "la fin d'aise" signifiait pour le prisonnier qu'il n'avait aucune chance d'en sortir vivant. Mais c'est surtou la chambre ou aquarium d'Hypocras qui était particulièrement redoutée. Cette dernière avait la forme d'un entonnoir renversé, dans lequel le prisonnier , pieds liés, était descendu au moyen d'une corde et d'une poulie. il ne pouvait se tenir que debout, et sans pouvoir s'adosser au mur, du fait de l'inclinaison. Le fond du cachot baignait dans l'eau, et de dangereux reptiles y nageaient. Quand le malheureux était épuisé, il se laissait couler, et..;vous devinez la fin de l'histoire.
04/0069 La mairie qui n'est pas la mairie
Nous sommes dans le 4è arrondissement, vous vous souvenez ? Bon, alors si vous cherchez la mairie de l'arrondissement, n'allez pas place de l'Hôtel de Ville, vous iriez à la mairie de Paris. La mairie du 4è arrondissement, plus modestement, est située non loin de là, place Baudoyer. Finalement, il fallait bien que la mairie de Paris soit située quelque part, non ?
04/0070 Une peinture qui tient à coeur
Au n°101 de la rue St Antoine, à l'endroit où s'élevait jadis l'ancienne porte St Antoine située sur l'enceinte de Philippe Auguste , se trouve l'église Saint Paul-St Louis, dite aussi St Louis des Jésuites, ou encore église des Grands Jésuites. Construite entre 1627 et 1641, elle accueillit les plus grands orateurs de son temps, notamment Bourdaloue, qui prononça l'oraison funèbre du Grand Condé. Les coeurs de Louis XIII et de Louis XIV y furent déposés.
A la Révolution, ils furent livrés au peintre Saint Martin, qui les broya...pour les mélanger à ses couleurs !
04/0071 Une tour à l'histoire mouvementée
A deux pas de la place du Châtelet, la tour St Jacques, se dresse, blanche et magnifique, et bien seule...
A l'origine, l'église St Jacques de la Boucherie, puisque c'est son vrai nom, était dédiée à cette puissante corporation, qui la fit construire tout près de son lieu de travail, les Halles de Paris. En 1508, on y adjoint une tour, celle que vous admirez aujourd'hui. Pendant la Révolution, les cloches furent fondues, la statue de St Jacques qui surmontait son clocher, disparut (volée ?) et l'on détruisit l'église sous prétexte "d'assainir" le quartier, sans se préoccuper des oeuvres d'art qui l'ornaient, et des sépultures que contenait le sol. Seule subsista la tour, qui fut vendue en 1792 à un fabricant de plombs de chasse, qui la ravagea. C'est seulement en 1836 que, sur une proposition du grand savant François Arago, que la ville de Paris racheta le monument en péril, et confia à l'architecte Ballu le soin de le restaurer entièrement.
04/0072 "Quand j'ai du mauvais sang, je me le fais tirer"
Au n° 65 rue Quicampoix, le financier écossais Law installa sa fameuse banque, en 1719.A proximité, au n°54, se trouvait le cabaret de l'Epée de Bois, où les nouveaux riches dépensaient les profits de leurs spéculations. C'est là que, le 20 mars 1720, le comte Antoine de Horn, parent du Régent, assassina un de ces spéculateurs, un dénommé Lacroix, pour le dévaliser. Arrêté, Horn fut condamné au supplice de la roue, c'est à dire à une mort infamante. Le duc de Saint Simon intervint en sa faveur auprès du Régent pour qu'on épargnât ce supplice à un noble de son rang. A quoi le Régent répondit: "Quand j'ai du mauvais sang, je me le fais tirer.". Et le comte de Horn fut roué en place de Grève le 26 mars 1720.
Une justice expéditive, mais juste.
04/0073 Chez ma tante
En 1778, fut créé le Crédit Municipal, dit aussi Mont de Piété, et encore "Chez ma tante". En effet, il était déshonorant de mettre en gage les bijoux de famille ou tout autre objet ayant une valeur marchande, pour rembourser des dettes de jeu, par exemple. Ceux qui avaient recours à ces services déclaraient alors: "Je vais chez ma tante." D'où l'expression qui est parvenue jusqu'à nous. On voit encore dans la cour une étuve, dans laquelle on assainissait les matelas mis en gage par les emprunteurs... On y voit encore aussi les vestiges d'une tour de l'enceinte de Philippe-Auguste. L'établissement se trouve au 57 bis de la rue des Francs-Bourgeois. Pour finir, voici la descrition qu'en faisait le poète Esquiros en 1841:
" Le Mont de Piété, cette sombre masure,
Ce monstre aux mille mains, tortueux et vivant,
Qui vous reçoit d'un air flatteur et décevant,
Mais qui garde sans cesse et digère en son antre,
Tout l'or ou tout l'argent que l'on met dans son ventre."
04/0074 C'est le coup de lance de Montgomery qui a créé la place des Vosges
C'est cette phrase de Victor Hugo qui définit le mieux la création de la place des Vosges. En effet, après la mort d'Henri II, frappé mortellement à l'oeil par Montgomery lors d'un tournoi, que Catherine de Médicis prit en grippe l'Hôtel des Tournelles où il avait agonisé. Elle le fit raser, laissant un vaste terrain vierge, utilisé comme champ de manoeuvres. Il fallut attendre Henri IV pour que la place des Vosges (place Royale à l'époque) fut construite. Il avait "importé" de sa femme italienne les places bordées d'arcades, et cette place fut la première digne de ce nom à Paris. Les constructions bordant la place étaient des immeubles de rapport, c'est à dire l'équivalent de nos HLM d'aujourd'hui...
Dans le même style, vous reconnaitrez facilement la place Dauphine, face à la statue équestre d'Henri IV, sur le pont Neuf. Brique et pierre, des matériaux économiques, peu sensibles aux incendies (un des fléaux de l'époque, beaucoup de maisons étant en bois), agréables à l'oeil, et préfigurant nos immeubles modernes. N'oublions pas que Paris était principalement constitué de maisons médiévales (nous en sortions tout juste), faites de torchis et de bois, très rapprochées et dont les colombages proches les uns des autres assombrissaient les rues et favorisaient les incendies. Les places donnaient accès à la lumière et à l'espace. De plus, le centre de la place étant aménagé d'espaces verts et de bancs, les gens s'y retrouvaient volontiers, et y échangeaient volontiers des propos jusqu'alors inconnus: on y discutait arts, littérature, et même politique... C'est cette mode qui fit plus tard le succès du Palais-Royal, et qui prépara la Révolution Française. Rien que ça...
04/0075 Bonaparte n'y était pour rien
Tout le monde connaît le célèbre épisode des guerres d'Italie où l'on voit le jeune général Bonaparte s'emparer d'un drapeau français tombé à terre, et mener ses troupes à l'assaut des Autrichiens, qui tenaient l'autre rive du pont d'Arcole.
Eh bien, cet épisode, imaginaire, n'a strictement aucun rapport avec le pont d'Arcole, à Paris. Etonnant, non ?
En fait, le 28 juillet 1830, un jeune homme nommé Arcole (tiens, tiens...) s'avance sur le pont, à l'assaut de l'Hôtel de Ville. Nous sommes pendant les Trois Glorieuses. Il fut frappé à mort par une balle. C'est en mémoire de son fait d'armes que le pont, construit en 1855 pour remplacer l'ancienne passerelle, porte son nom.
04/0076 Un port qui porte bien son nom
Le port de l'Arsenal, qui n'abrite pratiquement plus que de petits bateaux de plaisance, a réellement connu une activité fluviale intense, dès le milieu du Moyen-Âge. De nombreuses gondoles appartenant à de riches bourgeois, mais aussi des barques chargées de bois, de grains ou de bétail s'y croisaient toute l'année. Les mariniers en goguette, en partance ou revenant de leur navigation, y fréquentaient les tavernes où ils dépensaient leur solde. On se serait cru à Saint Malo ou sur le Vieux Port de Marseille...
04/0077 L'incendie du Petit Pont
Le 27 avril 1718, toutes les maisons bâties sur le Petit Pont furent brûlées. Deux grands bateaux chargés de foin furent la cause de cet incendie. Comme tous les bâtiments étaient construits en bois, le feu n'eut aucun mal à se propager.
Tous les commerces de tableaux, linges, étoffes, tapisseries s'embrasèrent, et des dizaines de Parisiens périrent dans cette catastrophe.
04/0078 Le rendez-vous des polonais de Paris
La Société historique et littéraire polonaise se trouve au 6 quai d'Orléans. Le cadre est superbe, et une visite guidée y est possible. La bibliothèque du rez-de-chaussée regroupe manuscrits et imprimés divers, ainsi que 4 000 cartes, dont une édition rarissime de la carte des terres slaves de Ptolémée. Le premier étage est consacré à Frédéric Chopin, et sa nombreuse correspondance avec George Sand. Le deuxième étage est consacré à Adam Minkiewicz, grand poète et romancier polonais du 19è siècle, et le troisième étage le musée Biegas porte le nom d'un célèbre peintre polonais contemporain. L'ambiance intimiste et romantique des lieux en fait tout leur intérêt, autant que la consécration de cet endroit à un peuple ami des Français.
04/0079 Quand la foi républicaine rend...aveugle ou illuminé?
En 1795, un taureau fut attaché quai des Célestins, au bout de la rue St Paul. Mais pas n'importe quel taureau. Né à Arras (comme Robespierre...), les foules républicaines venaient l'admirer...pour la seule raison qu'une cocarde nationale était apparue sous sa corne gauche, à sa naissance ! Les gazettes écrivaient alors: " Cette cocarde prouve authentiquement l'approbation que le ciel apporte aux travaux du peuple, et annonce la durée du triiomphe de la République." On a rarement fait plus ridicule, non ?
04/0080 Drames rue des Barres
Il y a des endroits comme ça...On les dirait comme frappés de malédiction. Ce doit être le cas de la rue des Barres, près de l'Hôtel de Ville. Au 15è siècle, Louis de Boisredon y vécut. Il eut le malheur de devenir l'amant de la reine Isabeau de Bavière. Il faut dire que son époux, le roi de France Charles VI, était fou, ce qui lui laissait du loisir. Découvert, il subit néanmoins les foudres du souverain, et finit sa carrière de séducteur dans un sac jeté en Seine.
C'est dans cette même rue que St Just, le mal-nommé, fut emmené la veille de son exécution, pendant la Terreur.
04/0081 Perfection divine
Lorsque vous êtes sur le parvis de Notre-Dame de Paris, observez les deux tours.
Au bout d'un moment, vous vous rendrez compte que ...celle de gauche est plus large que celle de droite ! Pour s'en convaincre, il suffit de compter les statues de la galerie, situées sous chacune des tours. Quand on connaît le talent des architectes médiévaux, il n'y aucun risque d'erreur. Mais en ces temps mystiques, ils nous ont laissé un message: cette asymétrie volontaire est la confirmation que la perfection est inaccessible aux hommes. Elle est l'apanage exclusif de Dieu. Quelle époque, et quels hommes !
04/0082 Un cabaret qui a la vie dure
Au 1 quai de Bourbon, le cabaret "Au franc Pinot" existait déjà...au 17è siècle !
04/0083 De bien curieux locataires
Dans le miniscule square de l'Île de France, à l'extrémité est de l'île de la Cité, vivent quelques couples de...faucons crécerelles ! Protégés par les services de la Mairie de Paris, ils sont chargés d'éloigner les pigeons qui ont pris la fâcheuse habitude de nidifier sur la cathédrale Notre-Dame de Paris.
04/0084 Je ne suis pas un souteneur !
L'ouvrier cordonnier Jean-Jacques Liabeuf restera l'un des criminels les plus étonnants du 20è siècle. Condamné en août 1909 à 3 mois de prison, 100 francs d'amende et 5 ans d'interdiction de séjour pour proxénétisme, il jura qu'il était innocent de ce délit. La peine fut appliquée et notre homme décida de se venger des agents de la police des moeurs, qui l'avaient, selon lui, injustement accusé. Le 9 janvier 1910, il vint se pavaner dans son quartier, rue Aubry le Boucher, malgré son interdiction de séjour. Les agents de police voulurent l'appréhender, mais se blessèrent cruellement sur les brassards hérissés de pointes d'acier que Liabeuf s'était fixés sur les avant-bras, et qu'il avait dissimulés sous sa pélerine.. Au cours de la rixe, Liabeuf à coups de couteau et de revolver, tua un agent et en blessa six autres...
Aux assises, il déclara son innocence en tant que souteneur, mais accepta la sentence de mort en tant qu'assassin. Son exécution, le 30 juin 1910, donna lieu à de puissantes manifestations ouvrières.
En montant sur l'échafaud, il s'écria une dernière fois: "Je ne suis pas souteneur !".
Drôle de conception de l'honneur...
04/0085 Madame de Sévigné...
...vécut au 11 rue des Lions Saint Paul. En poussant une lourde porte cloutée, on entre dans une charmante cour intérieure pavée, avec un escalier doté d'une rampe en fer forgé. C'est dans cette demeure qu'habita celle dont l'abondante correspondance avec sa fille restera à jamais une très précieuse contribution à la connaissance des moeurs et des hommes de son temps, le 17è siècle. Ce fut peu après qu'elle eut quitté son hôtel que son mari, "qu'elle aimait sans l'estimer et qui l'estimait sans l'aimer" fut tué en duel.
04/0086 Paradis artificiels
Sur l'Île Saint Louis, au 17 quai d'Anjou, se trouve le magnifique hôtel de Lauzun. Le comte de Lauzun l'habita de 16881 à 1685, puis un autre bon vivant: Louis-Armand du Plessis, marquis de Richelieu. Si Baudelaire y logea un temps entre 1843 et 1845, il fut le siège du club...des Haschischins, fondé ici-même en 1845 par le peintre Fernand Boissart, pour les amateurs de paradis artificiels.
04/0087 La tour de la Liberté
C'est un nom étonnant pour la tour d'une prison, non ? En réalité, c'était le nom donné à cette tour de la Bastille, car les prisonniers y avaient la liberté de se promener à leur aise dans la cour d'honneur de la prison, ou dans le jardin du gouverneur. Les fondations de cette tour furent découverts en 1899 dans la rue St Antoine, lors des travaux de construction du métro. Ce soubassement fut transporté dans le square Henri Galli, en face de la rue du Petit Musc, côté quai des Célestins.
04/0088 Une banque, ou un grand magasin ?
Au 19è siècle, à l'angle de la place de la Bastille et de la rue St Antoine, se trouvaient les grands magasins de nouveautés très à la mode entre 1875 et 1900, "Les Phares de la Bastille". Ils étaient ornés de gigantesques phares qui illuminaient le quartier alentour. Les grands magasins furent remplacés par l'actuel immeuble de la Banque de France. C'est en souvenir de ces grands magasins aujourd'hui disparus, que la brasserie qui se trouve à leur emplacement s'appelle "Les phares".
04/0089 Faux mort, mais vrai drame
Alphonse Daudet n'a pas écrit que les Lettres de mon moulin. Dans son roman "Le Nabab", il mit en scène un gentilhomme, le marquis Louis-Marie Agénor de Monpavon. Ce dernier, acculé au déshonneur et au désespoir, erre dans les rues de Paris. Mais suivons Daudet dans son récit: "Après la Porte St Martin, il pénètre dans le dédale compliqué des rues bruyantes où le fracas des omnibus se mêle aux mille métiers ronflants de la cité ouvrière, où se confond la chaleur des fumées d'usine avec la fièvre de tout un peuple se débattant contre la faim. L'air frémit, les ruisseaux fument, les maisons tremblent au passage des camions, des lourds haquets se heurtant au détour des chaussées étroites. Soudain, le marquis s'arrête. Il a trouvé ce qu'il voulait."
Le marquis est alors devant le 11 rue de Sévigné, occupé par les Bains Ste Catherine. Il va se trancher la gorge de deux coups de rasoir. On s'y croirait.
04/0090 Exemptés d'impôts !
La rue des Francs-Bourgeois évoque la Maison des Francs-Bourgeois, maison d'aumône ouverte en 1334, pour de pauvres gens, exemptés d'impôts en raison de leur misère. Il y avait déjà une justice fiscale au Moyen-Âge...
04/0091 Les sédentaires de l'Île St Louis
Cette île, bien qu'habitée depuis des siècles par une population aisée, a longtemps été une espèce d'enclave en plein Paris. En effet, ses habitants rechignaient à traverser la Seine et à se rendre sur l'une ou l'autre rive...en raison du prix élevé demandé pour le passage des ponts: 1 sou par pont, et autant pour le retour. A ce compte, une famille de dix personnes (ce n'était pas rare au 19è siècle), dépensait environ 350 francs par an, à raison d'un déplacement par jour ! On comprend, dès lors, les soucis d'économie des bourgeois et petits rentiers habitant les lieux...
04/0092 Où l'on s'attache...
La rue de la Tacherie, qui date du 13è siècle, n'a rien à voir avec une quelconque tache. Mais avec les fabricants d'agrafes pour les robes et autres vêtements. Elle s'appelait alors rue de l'Attacherie.
04/0093 Affichage autorisé
Au 17 rue Saint Antoine se trouve l'emplacement du couvent des Filles de la Visitation Sainte Marie, aussi appelées Visitandines. Saint Vincent de Paul y fut aumônier pendant dix-huit ans. Les nièces de Mazarin y furent élèves. Assez dissipées, elles vidaient leurs encriers dans les bénitiers, ce qui donnait aux fidèles de belles couleurs... Sur le côté droit de la façade, une inscription de la fin du 18è siècle réserve une emplacement pour l'affichage des "Loix et actes de l'autorité publique".
04/0094 Une pudeur toute récente
La rue du Petit Musc a une histoire bien particulière. Au Moyen-Âge, elle s'appelait rue de la Pute y musse (rue de la pute qui y muse, c'est à dire qui y flâne, qui y musarde). Comme on le voit, nos ancêtres étaient beaucoup plus "crus" que nous pour dénommer leurs rues. C'est la déformation dûe à la transmission orale au cours des siècles qui nous a donné la rue du Petit Musc...
04/0095 Les coquilles du père Hugo
L'église Saint Paul-Saint Louis, située rue Saint Antoine, abrita l'ordre des Jésuites, qui furent confesseurs des rois Henri IV et Louis XIII. C'en fut terminé lorsque le le Père Lachaise (qui donna son nom au célèbre cimetière), confesseur de Louis XIV, les déconseilla fortement au Roi-Soleil, en ces termes: "Ne prenez jamais de confesseur jésuite. Ne me faites pas de questions: je n'y répondrai pas". Quel rapport avec Victor ? Eh bien, les coquilles des deux bénitiers ont été offertes par l'auteur des "Misérables", en l'honneur du baptême de son premier enfant, Adèle.
04/0096 La rue des Singes
Au Moyen-Âge, la partie sud de la rue des Guillemites, ouverte en 1250, s'est appelée...rue des Singes jusqu'en 1858, en raison de la présence d'une enseigne. Du reste, au niveau du n°6 actuel, débouchait le passage des Singes !
04/0097 Ca c'est de la piété !
La rue Elzévir s'appelait, de 1598 à 1867, rue des Trois Pavillons. La veuve du poète burlesque Scarron l'habita en 1668. Son n°2 est à l'emplacement de l'Hôtel de Lusignan, où logeait, au 17è siècle, le poète François Payot de Linière. Un jour, il but tout le contenu d'un bénitier dans laquelle sa maîtresse venait de tremper le bout de son doigt. Ce libertin, dit Boileau, n'a jamais fait d'autre acte de piété.
04/0098 Il avait la peau dure !
Aux n° 12 à 22 actuels de la rue Pavée se trouvait, en 1698, l'Hôtel de la Force. Il était alors la propriété de Henri-Jacques Nompar La Force, qui, enfant, échappa au massacre de la Saint Barthélémy en faisant le mort aux côtés de son père et de son frère aîné qui venaient d'être massacrés. En 1610, il était dans le carrosse d'Henri IV lorsque le roi fut assassiné. Il désarma même Ravaillac, dont le poignard est resté depuis dans la famille des Caumont de la Force. Il donna ensuite dans son hôtel des fêtes brillantes, dont les chroniqueurs contemporains de Louis XIV nous ont laissé le souvenir. En 1780, l'Hôtel de la Force, au nom prédestiné, fut transformé en deux prisons. La Petite-Force, réservée aux femmes de mauvaise vie, l'autre, la Grande-Force, aux hommes, principalement ceux condamnés pour délits civils et dettes. Ces deux prisons furent transformées, sous la Révolution, en prisons politiques. L'entrée de la prison de la Grande-Force donnait sur le n°2 de la rue du Roi de Sicile. C'est à cet endroit que furent massacrés, en septembre 1792, près de 170 personnes. On n'avait, alors, pas le droit de ne pas soutenir la Révolution... Elles furent finalement fermées en 1840 et démolies en 1853.
04/0099 Le rapace n'est pas celui qu'on croit
La rue des Ecouffes est très ancienne. On en retrouve la trace vers 1300. Son nom vient d'une enseigne "L'escoufle". Ce nom désignait alors à la fois un milan, petit rapace, et ...un prêteur sur gage ! Comme quoi cette réputation (à tort ou à juste titre, là n'est pas le propos...) ne date pas d'hier.
04/0100 Concert de chats
Peu de temps après la Révolution, sur l'Île de la Cité, une salle de bal fut transformée en salle de spectacles, puis en "Salle des Veillées". Et un jour (une soirée plutôt), un concert unique en son genre eut lieu. Son organisateur lui donna le nom insolite de "Concert miaulique". Donné devant une foule immense, le concert consistait en ceci: vingt chats, dont on n'apercevait que la tête, étaient disposés sur un clavecin. Lorsqu'on sollicitait l'instrument, chaque touche, remplacée par une lame pointue, frappait la queue d'un chat, lequel poussait un cri de douleur. Chaque miaulement correspondait à une note de musique. Le concertiste obtint un franc succès, dont on parla longtemps et dont on rit beaucoup.
04/0101 Un arbre gênant...
La rue du Figuier porte bien son nom. Depuis le 13è siècle, un figuier trônait au milieu de ce petit carrefour. situé devant l'hôtel de Sens. Pour la petite histoire, la reine Margot fit arracher le figuier en 1605, parce qu'il gênait les évolutions de son carrosse...
04/0102 Une muraille peu efficace
Au 8 rue des Jardins St Paul se trouve l'emplacement de la maison où mourut, peut-être, Rabelais, le 9 avril 1553. A cette époque, le rempart de Philippe-Auguste, qu'il avait sous les yeux, s'élevait depuis plus de trois siècles. Rabelais en avait raillé sa vétusté dès 1532, dans Pantagruel, faisant dire à Panurge: "Voyez cy ces belles murailles. O que fortes sont et bien en point pour garder les oisons en mue. Par ma barbe, une vache avec un pet en abatroit plus de six brasses."
04/0103 Le verre n'est plus ce qu'il était
La rue de la Verrerie, qui passe derrière le BHV, fut pendant très longtemps l'une des rues les plus importantes de la rive droite de Paris. Son nom provient d'une verrerie qui y était installée au début du règne de Philippe-Auguste, à la fin du 12è siècle. Plus tard, la communauté des peintres sur verre et émailleurs s'y installa. cette communauté déclina au cours du 17è siècle, lorsqu'on remplaça les vitraux par des verres. Cette rue fut élargie au 17è siècle, afin que les ambassadeurs non catholiques puissent faire leur entrée solennelle dans Paris.
04/0104 Les cadeaux des corporations
Dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, vous pouvez admirer, entre autres, de magnifiques tableaux de Charles Le Brun, qui décorent les chapelles latérales. Il faut savoir qu'aux 17è et 18è siècles, les corporations offraient chaque premier mai un tableau à la cathédrale. Ceci explique cela.
04/0105 Pauvres prolétaires…
Rue Pernelle, vous pourrez encore voir une curieuse enseigne, rescapée du 19è siècle : « L’avenir du Prolétariat ». Cette anecdote serait sans saveur si cette enseigne ne côtoyait une autre, il y a encore quelques années. C’était celle d’’un pédicure, qui vantait ses spécialités, calligraphiées sur plusieurs lignes : « cors, durillons, oeils de perdrix ». Ah bon, c’était ça, l’avenir du prolétariat ?
04/0106 Les baigneuses de l'Île St Louis
Les premiers bateaux spécialement conçus à l'usage du bain dans la Seine apparurent en 1680. Il fallut attendre 1761 pour que ces derniers soient chauds. La dernière fut la piscine Deligny, détruite il y a quelques années. Le costume des baigneuses, pudeur oblige, se composait obligatoirement d'une camisole froncée au cou et à la taille, dont les basques recouvraient la ceinture d'un ample pantalon, également froncé et coulissé. Cette parure assez grotesque présentait néanmoins l'avantage de mélanger les baigneuses, quell que soit leur classe sociale. Ainsi, grandes bourgeoises y côyoyaient lorettes, midinettes et ouvrières sans distinction vestimentaire.
Quai de Béthune, en 1845, on créa donc l'Ecole de Natation de l'Hôtel Lambert. C'était une vraie piscine, où l'on apprenait à nager, ce qui était encore très rare à l'époque. Les Parisiens ne se baignaient plus dans la Seine depuis longtemps. La proximité des Halles, des bateaux des blanchisseuses, des ateliers de teintures, des hôpitaux, qui y déversaient leurs eaux infectes, la rendaient impraticable. Mais à sa création, placée en amont de la chute des égouts, elle possède incontestablement la plus belle eau de Paris (selon l'époque). Les dames pouvaient s'y faire coiffer, et déguster les mets les plus raffinés. Elles pouvaient même se faire accompagner de leurs femmes de chambre. Le prix d'entrée était de 60 centimes (5 francs les 10 entrées, ou "cachets"), le costume 40 centimes, le peignoir 25 centimes, les leçons 2 francs 50 centimes, le bonnet, la serviette ou les chaussons 15 centimes.
Dans un salon spacieux, les dames trouvent des rafraîchissements et les comestibles les plus délicats et les plus variés. A leur sortie de l'eau, elles peuvent même se faire coiffer, parfumer et peuvent choisir des gants.
Un moyen, pourtant, permettait de distinguer l'orgine sociale des jolies baigneuses: au sortir de l'eau, elles se rassemblaient autour des tables du café annexe à l'établissement de bains. Certaines se dirigeaient vers les plateaux chargés de rhum, de punch et autres liqueurs de choix, tandis que les plus modestes se contentaient d'un verre d'eau sucrée, au mieux d'une petite anisette.
04/0107 Brûlé en place de Grève
La longue tradition des condamnés à mort et brûlés place de Grève (aujourd'hui place de l'Hôtel de Ville) commença avec une certaine Marguerite Porette, brûlée vive pour hérésie en 1310. La longue litanie ne s'arrêta qu'en 1830. Entretemps, des centaines de condamnés y furent exécutés. Au cours des siècles, la justice se montra fertile en solutions définitives: potence pour les crimes de droit commun, bûcher pour les hérétiques et les sorcières, épée pour les gentilshommes, roue pour les coupables de lèse-majesté...Mais chaque année, la veille de la St Jean, une étrange cérémonie se déroulait en place de Grève. Un mât orné de bouquets, de couronnes et de guirlandes et entouré de fagots était dressé. On y attachait un panier qui contenait...une vingtaine de chats et un renard. Le roi assistait à la cérémonie, et venait lui-même allumer le bûcher. Au milieu des acclamations, les pauvres bêtes brûlées vives partaient en fumée. A l'issue de cette manifestation symbolique d'exorcisme populaire, le roi était accueilli à l'Hôtel de Ville, où on lui offrait du massepain, des confitures et des dragées.
04/0108 Les feux de la St Jean
Sur la place de l'Hôtel de Ville, ancienne place de Grève, on faisait brûler, chaque année le soir du 23 juin, veille du solstice d'été, un gigantesque brasier. Et les Parisiens adoraient cela. On se fournissait en bois dans l'île Louviers, lopin de terre qui ne sera rattaché au quai Morland qu'en 1847. Un arbre haut de dix toises (environ 20 mètres), de nombreuses bûches, et autant de bottes de paille composaient le futur bûcher. Puis, le bourreau évevait des tribunes, et on louait les places. Les billets devaient être retirés au pilori, chez les valets du bourreau. Les billets étaient frappés d'une fleur de lys, et les jetons qui numérotaient les places d'une croix de St André. Le soir, vers sept heures, le roi venait bouter le feu au bûcher sous les vivats de la foule. Puis, on tirait des feux d'artifice, et lorsque le feu était mourant, on en retirait des tisons pour en faire des porte-bonheur, qui devaient vous protéger jusqu'à l'année prochaine. Ensuite, la Ville de Paris offrait un bal et des collations. Moins festive était la croyance populaire selon laquelle des chats se rendaient à un monstrueux sabbat, la veille de la St Jean. De là vient la terrible tradition au cours de laquelle on enfermait quelques félidés dans un sac ou dans un tonneau, et que l'on jetait ensuite vivants dans les feux de la St Jean. Le futur Louis XIII, dauphin et fils d'Henri IV, obtint qu'on arrête cette coutume barbare en 1604.
04/0109 Le Pet du Diable
Rue de Lobau, derrière l'Hôtel de Ville, on a retrouvé, au début du 20è siècle, un énorme menhir, enfoui depuis des siècles; Ce menhir aurait été évoqué par François Villon, au 15è siècle, et selon lui, le peuple de Paris, qui aime à élucider les mystères, l'ayant surnommé "le Pet du Diable", n'ayant trouvé aucune autre explication à sa présence en ces lieux. Une autre piste serait le patronyme du propriétaire des lieux, un dénommé Pétau. Celui-ci, particulièrement aigri et méchant, était appelé par les habitants du quartier "le Diable". D'où Pétau-Diable...Mais cette querelle entre les tenants de l'explication Villon et Pétau dura pendant des années encore. Les uns affirmant que François Villon et ses camarades étudiants enlevèrent la pierre par provocation, la justice laïque réfutant cette hypothèse.
04/0110 La rue des merciers
Au n° 38 de la rue Quincampoix, une plaque indique qu'ici, du 16è au 18è siècle, se situait le bureau de la corporation des merciers-joailliers. La corporation des merciers fut toujours la plus opulente de toutes. Jusqu'à la Révolution, chaque corporation n'avait le droit de vendre que les produits qu'elle fabriquait. Mais dès le 12è siècle, on créa un corps spécial, qui ne fabriquait pas, mais vendait l'universalité des articles fabriqués par les autres. Les membres de cette corporation furent alors appelés merciers, de merx (marchandise). Chez eux, on trouvait de tout, d'où le proverbe: "Merciers, marchands de tout, faiseurs de rien." Jusqu'au 15è siècle, c'est dans la rue Quincampoix qu'habitèrent les plus célèbres merciers. En 1313, il y en avait déjà 36 sur 122 commerçants.
04/0111 Le seul stop de Paris
Les automobilistes le savent bien: circuler dans Paris est de plus en plus difficile. Les feux, les radars, les policiers en faction sont à tous les coins de rue. Mais les stop? Eh bien, même en cherchant bien, il n'y en a qu'un seul. Il se situe au 10 bis quai Henri IV. Situé à un endroit non stratégique, et pour ne pas favoriser abusivement la priorité à droite, il dure et perdure...jusqu'à quand ?











