Anecdotes 6è arrondissement

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06/0001 Bonaparte n'était pas le premier !

La rue Bonaparte s'appelait autrefois rue des Petits Augustins. On en trouve encore la trace; une inscription est gravée dans la pierre, sous une des plaques de la rue Bonaparte.

06/0002 Paris outragé, Paris martyrisé, mais Paris libéré !

1, Place Paul Claudel, sur la façade du Théâtre de l'Europe, on voit les impacts des obus et des balles datant de la Libération de Paris, le 23 août 1944.

06/0003 Le mur sanglant

Sur un mur du Couvent des Carmes (actuel Institut catholique), 70 rue de Vaugirard, on trouve encore les traces sanglantes de trois épées. Gravée au pied de l'escalier dit des Martyrs, l'inscription "Hic ceciderunt" (C'est ici qu'ils tombèrent) rappelle le souvenir du massacre des prêtres réfractaires. Le 2 septembre 1792, les "septembriseurs", à 4 heures de l'après-midi, envahissent le couvent où sont emprisonnés 160 prêtres réfractaires. Après un simulacre de jugement, 115 d'entre eux sont sommairement exécutés. Les corps furent jetés dans un puits, et découverts en 1853. Les ossements furent déposés dans la crypte de l'église.

06/0004 D'autres souvenirs émouvants...

9, cour du Commerce St André, on trouve, dans la cour, les vestiges d'un vieux puits avec sa margelle, surmontée d'une poulie en fer. Dans la 2ème cour, un pas de mule subsiste, sorte de trépieds en métal, sur lequel montaient les voyageurs pour se hisser sur leurs montures.

06/0005 Mai 68 au 12è siècle

Autour du bourg de St Germain des Prés, s'étendait une vaste prairie, le Pré aux Clercs. Une partie était concédée à l'Université de Paris. Les étudiants s'y comportaient en maîtres absolus, et bientôt, ils firent de nombreuses incursions dans le domaine des religieux. Tout cela finit mal, très mal, même. D'altercations en provocations, on en arriva à des bagarres. C'est ainsi qu'en 1163, les habitants du quartier, excédés par les escholiers, en vinrent aux mains. Le concile de Tours donna raison aux religieux, donc aux habitants. En 1192, un étudiant fut tué, et de nombreux blessés. Ces luttes durèrent jusqu'au 14è siècle, puis s'apaisèrent. Pour une bonne raison: le bourg de St Germain prenait de l'importance. On venait s'y installer, et les bourgeois remplacèrent petit à petit les étudiants. Victoire faute de combattants...

06/0006 Comme quoi la Révolution a beaucoup détruit, mais pas beaucoup construit...

Au 46 rue Jacob, il y a un des rares immeubles construits sous la Révolution. On y voit, dans une niche, Marianne coiffée de son bonnet phrygien. Par un pur hasard, cette rue abrita: Wagner, Ingres, Mérimée et Colette. Excusez du peu ! La rue doit son nom à un autel dédié au patriarche biblique, élevé par la reine Margot dans le jardin de sa résidence.

06/0007 Un imprimeur révolutionnaire

Au 8 Cour du Commerce, Marat installa la rédaction et l'imprimerie de L'ami du peuple. Tiré à 2500 exemplaires, on évalue son lectorat (ou auditorat, car son contenu était lu à un nombreux auditoire passionné) à 25 ou 30 000 personnes. Son typographe abandonna bientôt le métier pour épouser le métier des armes. C'était le futur maréchal Brune. Au n°9, le bon docteur Guillotin expérimenta sa machine sur... des moutons !

06/0008 Un des tenors de la Révolution passe de vie à trépas

Au 20 rue de l'Ecole de Médecine, Charlotte (de) Corday assassina Marat le 13 juillet 1793. Elle le poignarda dans son bain. Il prenait quotidiennement des bains d'eau tiède, qui le soulageaient de sa grave maladie de peau. Sous son insistance pour le rencontrer, il la laissa entrer. La suite, vous la connaissez...

06/0009 Classé X

Au 5, rue Gît le Coeur, s'élevait au 17è siècle l'hôtel du Marquis d'O. Drôle d'histoire (d'O, bien sûr), non ? Oh oh!

06/0010 Droit au Logement n'a rien inventé !

Place de l'Institut, peu après sa construction en 1663, on s'aperçut que le bâtiment était squatté. Un abbé, marié depuis peu (!), avait "choisi" un 3 pièces au-dessus de la chapelle. Un homme de lettres occupait 5 pièces au 1er étage, ainsi qu'une vingtaine d'autres occupants. Colbert ordonna l'expulsion de ces occupants irréguliers, mais favorisa l'installation des 27 boutiques prévues au rez-de-chaussée du collège. L'un d'eux fut l'ingénieux Barbereau, qui s'était enrichi en vendant en bouteilles l'eau de la rivière... Il en changea le nom, et la vendit plus cher que le meilleur des champagnes. Un précurseur du marketing ?

06/0011 Un café très particulier

13, rue de l'Ancienne Comédie, se trouve le Café Procope, ouvert par le sicilien Francesco Procopio, en 1686. Richement décoré, le café attire les beaux esprits de l'époque, qui jugent la nouvelle boisson venue d'Orient, le kawha, stimulant pour l'esprit. Ainsi, l'endroit est fréquenté par Voltaire, Rousseau, puis Marat, Danton, Robespierre, Bonaparte, Desmoulins, Hébert, Talleyrand, Musset, George Sand, Gambetta, Verlaine et Mallarmé.

06/0012 Une enseigne qui donne son nom à la rue

Rue des Canettes, l'enseigne située au n° 18, toujours visible, donna son nom à la rue. C'est le cas de nombreuses rues de Paris. Miraculeusement préservée, elle vous attend. Allez la voir !

06/0013 Les massacres de St Germain

Le dimache 2 septembre 1792, des affiches alertèrent le peuple. On fit courir des bruits, faux, selon lesquels des nobles et des prêtres complotaient contre la Révolution. Le tocsin sonna, le canon tonna et on se dirigea vers St Germain au cri de "A l'abbaye !". Et alors eut lieu le plus grand massacre de la Révolution à la prison de St Germain des Prés. Un "tribunal" de fortune fut hâtivement constitué, à la tête duquel on désigna un dénommé Maillard, connu sous le sobriquet de "Tapedur". Tout un programme...A neuf heures du soir, plus de cent cadavres gisaient dans le jardin de l'abbaye. 56 gardes Suisses et 18 prêtres faisaient partie des malheureux, ainsi que le comte de Montmorin, ministre de Louis XVI, de l'abbé Lenfant, prédicateur de la cour, le duc de Rohan-Chabot, ainsi que Thierry, valet de chambre de Louis XVI. Le massacre dura jusqu'au 5 septembre, et le nombre de victimes innocentes dépassa trois cents. Sous la Terreur, en  1793, l'abbaye servit de prison politique. Madame Roland, Charlotte Corday et Brissot y furent internés avant d'être guillotinés par la "justice" révolutionnaire. Elle redevint prison militaire sous l'Empire. On y enferma le Général Malet en 1812, puis Labédoyère en 1815, avant qu'elle ne fut détruite sous le Second Empire.

06/0014 Un cardinal philanthrope

Constitué grâce à un legs considérable de Mazarin, l'Institut porta le nom de Collège des Quatre-Nations, car il devait recevoir des jeunes gens bien nés venant d'Alsace, d'Artois, du Roussillon et de Pignerol, dans la région de Turin, territoires et place forte depuis peu annexés par la France. Selon le voeu du cardinal, il devait abriter l'Académie, une bibliothèque et un collège. La Bibliothèque Mazarine abrite les collections du cardinal: 500 000 imprimés, des milliers de manuscrits et d'incunables précieux.

06/0015 Un endroit tabou et coquin

Après-guerre, les germanopratins (habitants de St Germain des Prés) hantaient les boîtes à la mode. Parmi elles, le Tabou, au n°33 rue Dauphine. En 1949, on y parla beaucoup de l'élection de Miss Vice... Boris Vian écrivit: "Je ne sais rien d'elle, mais, comme dit la chanson, je voudrais en savoir davantage...". A l'origine, ce n'était qu'un petit bar, le seul de Paris ouvert après minuit. Déjà, Sartre, Camus et Raymond Queneau s'y rencontraient, quand en 1946, il changea de vocation.

Sa cave devint un cabaret enfumé, au décor sommaire de masques africains. Les folles soirées du Tabou furent célèbres après guerre, quand elles étaient animées par Juliette Gréco ainsi que Boris Vian et ses frères.

06/0016 Des goûts et des couleurs...

La fontaine St Michel, si appréciée des touristes et des Parisiens, fut construite en 1856 par Davioud. Elle représente St Michel terrassant le démon. Inaugurée en 1860, ses contemporains étaient peu sensibles (et c'est peu dire) à son esthétique, si l'on en juge par ces vers très connus à l'époque:

Dans ce monument exécrable,
On ne voit ni talent, ni goût,
Le diable ne vaut rien du tout,
Saint Michel ne vaut pas le diable.

06/0017 Le disparu retrouvé


Au 20 rue de l'Hirondelle habitait au 17è siècle le Procureur Dumas. Riche et passionné d'alchimie, il recevait depuis plus de vingt ans dans son grenier (où il pratiquait son art),  un inconnu. Le 31 décembre 1700, notre homme qui rendait visite à son hôte entendit un cri: le Procureur avait purement et simplement disparu ! La disparition fit grand bruit dans Paris, et quelques années plus tard, Louis XV l'évoqua devant celui qui était l'homme "inconnu", et qui n'était autre que le comte de St Germain. Le comte expliqua au roi ce qui s'était sans doute passé: le procureur avait avalé un somnifère puissant, et était passé au travers d'une planche du parquet amovible. Il serait mort de cette chute, et "pour des raisons de sécurité, il ne pouvait en dire plus". Un lieutenant de police fut dépêché sur place pour perquisitionner: le corps momifié de Dumas fut bien retrouvé à l'endroit décrit par le comte de St Germain.
Il tenait encore dans sa main fermée une fiole, où l'on décela des traces d'opium...

06/0018 Le curieux destin de Constant

Au 5 rue de l'Ancienne Comédie, est né un futur maître des sciences maudites: Constant. Il fut plus connu sous le nom d'Eliphas Lévi. Destiné à la prêtrise, il choisit plutôt de devenir successivement chansonnier, puis répétiteur dans un pensionnat de jeunes filles. Puis il connut Flora Tristan, initiatrice française du féminisme, qui l'hébergea quelques temps. Enfin, il fit la connaissance d'un Polonais, Wronski, qui l'initia à la magie.
Sa voie était tracée. Constant devint Eliphas Lévi; il publia "Dogme et rituel de Haute Magie" et "La Clef des Grands Mystères".
A partir de ce jour, sa notoriété fut telle qu'il vécut de ses rentes, se contentant de donner des cours de magie à de riches amateurs.

06/0019 Un quartier-général très discret

Si vous passez devant le 19, rue Mazarine, vous y trouverez une galerie d'art. Mais c'était, il y a quelques décennies, le café Rubens, qui abritait le quartier-général et le bureau de l'écrivain Antoine Blondin. C'est là que le célèbre auteur d'"Un singe en hiver" écrivait ses fameuses chroniques sur le Tour de France, pour le journal L'Equipe.

06/0020 Un marché très éclectique

Au carrefour des rues de Buci et de Seine, se tenait la Foire St Germain, depuis le 13è siècle. Comme elle avait lieu pendant la période du carnaval, début février, elle réunissait aussi bien des religieux, que des orfèvres, des marchands d'étoffes ou de meubles, ce qui était somme toute normal. Ce qui l'était moins, c'était que, compte tenu de la période, tout Paris venait s'y amuser; on y trouvait alors un théâtre, des jeux de quilles ou de dés pour les gens du peuple, et des jeux de cartes pour les nobles, et aussi des alcôves généreusements prêtées par les marchands, pour que les grandes dames puissent y retrouver leurs galants...

06/0021 La cantine de la IIIè République

La brasserie Lipp se trouve au 151 boulevard St Germain. Léonard Lipp, un Alsacien monté à Paris pour fuir l'Alsace occupée par les Allemands après la défaite de 1870, fonda un bistrot à cet endroit en 1880.
Il le nommera "La Brasserie des bords du Rhin". Dédié à la bière et à la choucroute (qui sont toujours les spécialités de l'endroit), le bistrot fut cédé par Lipp au début du 20è siècle. Il changea plusieurs fois de mains, et devint rapidement la cantine de l'intelligentsia et des hommes politiques de la IIIè République.
On avait coutume de dire, entre les deux guerres: "Les gouvernements se font chez Lipp, ils tombent à la Coupole".  

06/0022 Un doux rêveur, ou un fou dangereux ?

En face de la brasserie Lipp se trouve un autre établissement tout aussi célèbre: le café de Flore. Rendant hommage à la déesse du printemps, elle accueillit André Breton et les surréalistes, Apollinaire, Simone de Beauvoir puis Jean Paul Sartre qui venaient se réchauffer auprès de l'énorme poële à charbon qui trônait en son centre. Mais le moins connu, et peut-être le plus sympathique de tous ceux qui hantèrent ce lieu mythique, fut peut-être Ferdinand Lop. Très connu dans le quartier au cours des années 30, ce candidat malheureux à toutes les élections présidentielles n'hésitait pas à monter sur une table pour haranguer les clients et débiter son programme électoral. Parmi ses propositions: prolonger le boulevard St Michel jusqu'à la mer, éteindre le paupérisme à partir de dix heures du soir, ou encore couper l'eau dans tous les immeubles à partir d'une certaine heure pour lutter contre la dénatalité. Il se présenta une dernière fois en 1974 contre Valéry Giscard d'Estaing, et ne recueillit aucune voix, même pas la sienne. Allez savoir pourquoi...Au moins, il était honnête.

06/0023 L'art et la manière d'entamer la conversation...


Le café des Deux Magots, tout proche, était à l'origine une mercerie qui portait ce nom, et des deux statues de bois, ornant la façade, et figurant des mandarins chinois. Le café ouvre ses portes en 1891, et fut adopté par Léon Daudet, Oscar Wilde, et Alfred Jarry. Le fantasque créateur du Père Ubu, un jour, souhaitant entamer la conversation avec l'une de ses voisines de table, sortit un revolver (qui ne le quittait jamais) et tira un coup de feu dans une glace, et se retournant vers elle, lui dit: "Maintenant que la glace est rompue, causons".

06/0024 Qui ne croit pas aux cartomanciennes ?

Au 5 rue de Tournon, vécut une femme qui attira toutes les personnalités de son époque: il s'agissait de Madame Lenormand. Née en 1772 à Alençon, elle tirait déjà les cartes dans l'arrière-boutique de la blanchisserie où elle travaillait. Elle monta à Paris en 1789, et très rapidement, se fit une solide réputation. Elle maîtrisait toutes les techniques: tarot, boule de cristal, marc de café. Les plus célèbres hommes de son temps la consultèrent: St Just, Danton et Robespierre. Ce dernier, à qui elle prédit avec exactitude sa fin prochaine, la fit emprisonner. Elle rencontra dans la prison de la Petite Force Joséphine de Beauharnais, à qui elle prédira son fabuleux destin d'impératrice. Celle-ci ne l'oubliera jamais.
Après le 9 Thermidor, elle fut libérée, et fut consultée par les principaux acteurs du Consulat, puis de l'Empire. Ayant prédit au général Moreau sa prochaine arrestation (il trahira Napoléon et passa à l'ennemi), celui-ci la fit arrêter sur-le-champ. Etrange bégaiement de l'histoire...
La Restauration lui permit de recouvrer la liberté. Sa tombe, au Père Lachaise est toujours régulièrement fleurie. Et il n'est pas rare de trouver une carte à jouer ou de tarot coincée sous un pot de fleurs.
La légende veut qu'il faille laisser douze heures une carte sur la tombe de Madame Lenormand, et aller ensuite la rechercher, ce qui garantirait au jeu de cartes un excellent pouvoir de divination...Je n'ai pas vérifié.

06/0025 Un musée étonnant

Le Musée Dupuytren se situe au 15 rue de l'Ecole de Médecine. Il porte le nom d'un chirurgien célèbre sous la Révolution, notamment pour avoir créé la chaire d'anatomie pathologique. Au début du 19è siècle, il eut l'idée de conserver les travaux de dissection de ses illustres confrères, Laënnec et Corvisart, pour montrer les ravages de maladies comme la syphilis ou la lèpre. Il conserva aussi dans des bocaux de formol les organes déformés par toutes sortes de pathologies, afin qu'ils soient montrés aux élèves-chirurgiens de l'époque. C'était la pédagogie par l'exemple, abandonnée au début du 20è siècle, grâce aux nouvelles technologies (photographie notamment), qui permettaient une meilleure diffusion de l'information. Néanmoins, tous ces bocaux, cires, squelettes et organes momifiés furent conservés. Ce sont eux que vous pouvez découvrir dans ce musée très particulier.

06/0026 La rue en forme de gâteau

La rue de l'Echaudé, très ancienne, fut particulièrement renommée au 19è siècle grâce à la présence d'une célèbre maison close, fréquentée entre autres par Alfred Jarry et Guillaume Apollinaire. Son nom énigmatique évoque, par la forme triangulaire du pâté de maisons qu'elle délimite, un gâteau très réputé au Moyen-Age, que l'on appelait "l'échaudé".

06/0027 Au rendez-vous des cocottes

Le restaurant La Pérouse se situe au 51, quai des Grands Augustins. En dehors de la qualité de sa carte, et de son décor, il a une histoire un peu...particulière.
Ce somptueux restaurant, qui fut en son temps un célèbre café littéraire, a conservé ses petits salons pour 2 ou 4 personnes, ses boiseries, ses peintures à la Watteau, ses plafonds bas et ses miroirs griffés par des diamants.
Par ce qu'il faut savoir, c'est qu'au 19è siècle, fleurissaient les cocottes. Ce n'étaient ni plus ni moins que des femmes élégantes, entretenues par les messieurs les plus célèbres du tout-Paris de l'époque. Aujourd'hui, on les nommerait autrement...
Et comme elles étaient élégantes, elles acceptaient volontiers les cadeaux de leurs amants, et en particulier les bagues en diamants. Et comme il fallait bien vérifier qu'elles n'avaient pas monnayé leurs charmes pour rien, en un mot qu'elles ne s'étaient pas fait rouler dans la farine, elles "testaient" la véracité de leur bijou sur les miroirs du restaurant, en attendant leur galant. Ce sont ces scarifications que vous pouvez encore voir aujourd'hui...  

06/0028 La légende de la rue du Dragon

En ce temps là, St Marcel, évêque de Paris, enterra, dans le cimetière entourrant Notre-Dame, une jeune fille, vilainement morte en état de péché mortel. Du coup, le lieu de repos fut souillé, et du corps de celle qui était indigne de dormir en terre sainte naquit un dragon, qui ravagea toute la contrée. Bien que les Parisiens se multipliaient en neuvaines, le monstre continua ses ravages. C'est alors que St Marcel se dévoua pour la communauté. Il jeta son étole autour de son cou, le tira jusqu'à la Seine et l'y précipita. Paris fut sauvé, et St Marcel glorifié.

06/0029 Un hôtel très littéraire

L'hôtel de Montholon, au 2 rue Séguier, fut édifié en 1635. Il abrita successivement la famille des éditeurs Didot (les futurs éditeurs du Bottin), puis la Librairie Académique Perrin.

06/0030 Faire le guignol au Luxembourg

C'est en 1933 qu'un comédien, clown et prestidigitateur, Robert Desarthis, décide d'implanter en plein coeur de Paris la tradition lyonnaise du guignol. Les observateurs avisés ne donnent pas cher de l'entreprise.
Il faut dire que son créateur voit grand: construire un théâtre en dur pour jouer hiver comme été devant 300 jeunes spectateurs. Le succès ne se fit pas attendre, et aujourd'hui, le fils du fondateur, Francis-Claude Desarthis, possède un répertoire de 200 pièces. Trois mille marionnettes ont été créées depuis les origines, et chaque spectacle mobilise de 3 à 10 marionnettistes. Et je peux vous certifier, pour y être allé, il y a, disons...quelques années, que le théâtre de Guignol du Luxembourg n'est pas près de s'arrêter!

06/0031 Un peintre qui avait la bougeotte

Delacroix est un peintre illustre du 19è siècle. Mais, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a eu du mal à se fixer. Jugez plutôt: en 1823, il s'installa 20 rue Jacob. Puis, quelques années plus tard, 46 rue de l'Université. De 1829 à 1835, il préféra  occuper un atelier au 6è étage du 15 quai Voltaire. Au passage, cet atelier avait été celui de son vieux rival, Ingres. Il déménagea ensuite rue Visconti, puis finit sa vie, en 1863, place de Furstenberg. Ah, à propos, on y trouve le musée ...Delacroix. Simple hasard ?

06/0032 Le vert rend immortel

Sous la coupole de l'Institut (aussi appelé Collège des Quatre Nations), les académiciens sont traditionnellement habillés en vert. C'est sous le Consulat, en mai 1801, que la décision fut prise. Dorénavant, tous les membres de l'Institut devront porter l'uniforme; le port de lépée n'apparaît qu'à partir du sacre de Napoléon 1er, le 2 décembre 1804, bien qu'aucun texte ne l'ait décrété. Quant aux femmes, elles ont le choix du costume et celui de porter ou non l'épée. Privilège féminin...

06/0033 Quand une fistule mal placée fait progresser une cause

C'est sans doute St Louis qui installa la confrérie des chirurgiens à l'emplacement actuel de la rue de l'Ecole de Médecine. L'amphithéâtre de chirurgie s'y trouve même encore au n°5. Les chirurgiens, donc, étaient rattachés jusqu'au 17ème siècle à la confrérie des barbiers, qui rasaient mais pratiquaient aussi de petites interventions chirurgicales. Mais les médecins, leurs grands rivaux, détiennent l'exclusivité de la dissection des cadavres. Ils obtiennent même du Parlement en 1660 qu'il soit interdit aux chirurgiens-barbiers de porter les titres de bachelier, licencié ou docteur. C'est l'opération en 1686 de la fistule de Louis XIV par Félix, premier chirurgien du roi, qui va permettre à la confrérie de faire progresser leur cause.  

06/0034 La brasserie des femmes

 Sous le Second Empire, les brasseries, dont la mode venait d'Allemagne, concurrencèrent bientôt les cafés. La bière contre le moka...On y buvait, on y chantait, on y fumait. Mais la plus curieuse de ces brasseries fut sans conteste  le Furet, qui s'installa 4 rue de Vaugirard. Une brasserie de femmes, où les clients étaient servis par "des Vénus peu farouches, vêtues de jerseys collants".

06/035 Le premier immeuble en béton armé

L'immeuble du 1 rue Danton fut le premier entièrement construit en béton armé en 1901. Il fut édifié par François Hennebique, qui y installa le siège de sa société; il y demeura jusqu'en 1967. Admirez le: il est magnifique ! Comme quoi, on peut faire du beau béton.

06/0036 Un hôtel bien fréquenté

Construit en trois ans, de 1907 à 1910, l'Hôtel Lutétia, 45 boulevard Raspail, fut habité à l'année par Henri Matisse et André Gide. Des bals somptueux y furent organisés pendant les Années Folles. Ce fut aussi un foyer de la Résistance, et c'est dans ses salons que furent accueillis les premiers rescapés des camps de concentration nationaux-socialistes.

06/0037 Jack l'Eventreur à Paris ?

Pendant des années, un tueur de prostituées a sévi dans différents quartiers de Paris, et en particulier dans le 6ème arrondissement. Entre 1861 et 1864, pas moins de sept "professionnelles" ont été atrocement mutilées. La police piétine. Un seul indice: "Né sous une mauvaise étoile", tatoué sur le bras du meurtrier, qui, entretemps a massacré une autre prostituée, et son fils de quatre ans. En 1866, le 6 janvier, tout recommence. Un autre crime est perpétué au 54 rue de la Ville l'Evêque. Et le comble, c'est qu'au rez-de-chaussée de l'immeuble, se trouve ... le commissariat de quartier ! La pauvre femme a été a moitié décapitée à coups de couteau, comme les autres victimes. Mais le criminel commet une erreur, le 11 janvier 1866. En agressant une nouvelle victime rue d'Erfurt, il se fait mordre par celle-ci, qui a le temps d'appeler à l'aide. Son voisin lui fait un croc-en-jambe, il s'effondre sur le trottoir, est maîtrisé. L'assassin s'appelle Louis-Joseph Philippe. Il a 35 ans, et sera guillotiné le 24 juillet 1866.
Ses motivations resteront obscures, mais ce qui est sûr, c'est qu'on a fait de Jack l'Eventreur, à Londres, un véritable mythe, bien que celui-ci n'ait, si je peux dire, "que" 3 crimes vérifiés de prostituées à son actif.
Notre Français inconnu en a, au moins, 7 reconnus, et on peut supposer qu'il en a sans doute 4 de plus.
Mais le talent de Sir Arthur Conan Doyle n'y est probablement pas étranger...

06/0038 Péage obligatoire

Les Lutéciens de la rive gauche étaient enterrés aux environs de notre actuel Observatoire. On a d’ailleurs retrouvé des sarcophages dans lesquels les squelettes tenaient encore dans la bouche la médaille qu’ils devaient remettre à Charon, pour prix de leur passage du Styx, le fleuve des Enfers…

06/0039 Une petite rue pas si tranquille...

Si vous vous promenez du côté de la rue Saint André des Arts, vous apercevrez, peut-être, la rue Mazet. Cette rue discrète et a priori sans histoires ne l'est pas tant que ça. Jugez plutôt: au n°5, se trouvait de 1650 à 1907, l"Auberge du Cheval Blanc. Mais cette auberge avait quelque chose de particulier, puisque c'était d'ici que partaient les diligences desservant l'ouest de la France, puis, plus tard, l'Italie et l'Espagne.  L'animation et la circulation étaient très importantes, et les voyageurs pressés s'y bousculaient.
Il fallait bien occuper tout ce petit monde, et c'est pourquoi un café-concert, le Beuglant, s'établit au n°7, en 1852. Enfin, au n°9, le restaurant Magny réunissait la fine fleur du monde des lettres, et fut un des établissements les plus en vogue sous le Second Empire. On pouvait y rencontrer Théophile Gautier, George Sand, ou bien encore Gustave Flaubert, lors de dîners littéraires très animés.

06/0040 40 numéros ont disparu !

Le préfet Hauusmann, qui a si profondément remanié Paris, a eu un prédécesseur, moins connu, mais tout aussi efficace. Jean Jacques Berger, c'est son nom, avait déjà percé de grandes artères, dont la rue de Rennes. Celle-ci devait relier la toute récente Gare Montparnasse à la rue de Vaugirard. Les travaux commencèrent en 1853, mais Haussmann reprit la main et et décida de prolonger la rue plus avant vers le centre de Paris. En 1867, il atteignit le boulevard Saint Germain. Les immeubles se trouvant sur le tracé de l'extension à venir furent expropriés et le préfet délimita les lots des futures constructions riveraines en réservant leurs numéros depuis la Seine. Révoqué en 1870, Haussmann ne put finir son entreprise. Et c'est ainsi que la numérotation de la rue de Rennes ne commence qu'aux numéros 41 et 48 !

06/0041 La petite Genève

La rue Visconti a été aménagée en 1540, sur un ancien chemin de campagne. Elle fut vite dénommée "la petite Genève", en raison d'une forte implantation huguenote en ce lieu. Cette petite communauté échappa par miracle au massacre de la Saint Barthélémy, mais fut inquiétée à plusieurs reprises. Ainsi, en 1569, des soldats dispersèrent un synode clandestin et tuèrent quatre participants. L'un des protestants les plus célèbres de la rue fut Bernard Palissy, céramiste de génie, mais aussi chimiste et géologue, précurseur de la paléontologie, et qui s'y installa en 1586.
Il fut protégé par la reine Catherine de Médicis, jusqu'en 1589, date à laquelle il fut embastillé. Agé de 78 ans, il refusa d'abjurer sa foi protestante et de se convertir au catholicisme, et mourut après deux années d'emprisonnement. Mais ce ne fut pas la seule célébrité de cette rue. Jean Racine s'éteignit au n°24; au n°20 vécut Prosper Mérimée, dont le Carmen inspira à Bizet son célèbre opéra.
Au n° 17/19, c'est Honoré de Balzac qui, alors jeune écrivain, ouvrit son échoppe d'imprimeur-éditeur en 1826. L'expérience ne dure que deux ans.  Le peintre Delacroix établit son atelier en 1836 dans la même maison. Enfin, au n°16 vécut la grande tragédienne Adrienne Lecouvreur, de 1718 à 1730.

06/0042 Croix-Rouge, Rouge-Bonnet

Le nom de cette station de métro fantôme provient du carrefour de la Croix-Rouge.
Cette station fut fermée le 2 septembre 1939, lors de l'entrée dans la Seconde Guerre mondiale de la France et de la mobilisation des agents de la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP), et n'a jamais été rouverte, en raison d'une trop grande proximité avec la station Sèvres - Babylone.
L'arrêt de bus se trouvant au même endroit portait encore ce nom jusqu'au 31 décembre 2005 avant d'être renommé Michel-Debré,  nom attribué par arrêté municipal du 14 novembre 2005 en hommage à Michel Debré, Premier ministre de la Cinquième République et corédacteur de la Constitution. Il n'existe de ce fait plus aucune trace actuelle de ce toponyme du quartier attesté depuis plusieurs siècles, et qui donna son nom à une section révolutionnaire de 1790 à 1793, la section de la Croix-Rouge, renommée ensuite section du Bonnet-Rouge. Révolution, que de bêtises on a faites en ton nom!

06/0043 Le mètre-étalon publicitaire

Au 36 rue de Vaugirard, à droite du porche, apparaît un étonnant mètre-étalon, incrusté dans le mur. En 1795, la Convention décida en effet d'uniformiser le système des mesures en France et de remplacer les toises et les pieds par le mètre. Cette révolution (sans jeu de mots!) bouleversa les habitudes de la population de l'époque.
Afin de familiariser les Parisiens avec cette nouvelle mesure, pas moins de seize mètres-étalons en marbre furent installés dans des endroits fréquentés de la capitale. Celui de la rue de Vaugirard est le seul qui subsiste à son emplacement d'origine. Le mur où il est scellé est d'ailleurs la propriété de l'Agence des Poids et Mesures.

06/0044 L'autre obélisque

Il y a un autre obélisque à Paris. Celui de la place de la Concorde n'est pas seul.
L'église Saint Sulpice est bien connue pour sa tour inachevée, et ses fresques de Delacroix. Mais si vous observez attentivement l'aile gauche du transept, vous y découvrirez...un obélisque de marbre blanc de 10,72 mètres de haut ! Sur toute sa longueur court un fil de cuivre. Construit en 1727, il représente la course du soleil qui pénètre dans l'église par un trou situé dans la fenêtre sud de la croisée. Le rayon termine sa course à son extrémité nord, sur l'obélisque, où sont tracés des repères verticaux. En fonction de la hauteur atteinte par le rayon du soleil sur l'obélisque, on arrivait ainsi à déterminer l'équinoxe de printemps, le dimanche de Pâques et l'heure de midi. Cet ensemble est ce l'on appelle une méridienne, même si le Méridien de Paris passe quelques dizaines de mètres à l'est. 

06/0045 Ici, on ne casse pas les cailloux, on les collectionne

En effet, ici, vous trouverez des milliers de cailloux. Mais pas question de les casser. On n'est pas au bagne.  Le Musée de minéralogie de l'Ecole des Mines, au 60 boulevard St Michel recèle des trésors; Fondé en 1794 dans l'hôtel de Vendôme, il expose plus de 85 000 minéraux ! Cette collection est l'une des quatre plus importantes du monde. Les pièces les plus colossales ont été placées dans des pièces séparées, à l'entrée. Il ne faut pas rater la grosse boléite, le cube de thorianite radioactif, ni surtout la plus merveilleuse hauérite du monde. Hum, bon, ne m'en demandez pas plus, mes connaissances en minéralogie étant des plus limitées... Mais les connaisseurs apprécieront. Quant aux néophites, dont je fais partie, ils admireront, en silence...

06/0046 L'imprimeur de l'Empereur 

Au 8 rue Garancière se trouve l'hôtel de Sourdéac. C'est aussi le siège de la maison d'édition Plon. D'abord installée 36 rue de Vaugirard, la maison qu'avait fondée Henri Plon s'installa en 1854 dans l'hôtel où elle se trouve toujours aujourd'hui. Il connut un essor vigoureux , notamment suite à la parution d'une "Vie de César", largement soutenue par l'Empereur Napoléon III, féru d'histoire, et qui cherchait à faire de Vercingétorix le héros national qui manquait à la France (la Gaule, à l'époque) pendant la période gallo-romaine. Henri Plon mourut en 1872. Son frère Eugène reprit le flambeau, et développa la maison, tout en la spécialisant. A tel point que la plupart des mémoires militaires, très en vogue au 19è siècle, furent édités chez Plon. Mais la tradition se perpétua, puisque les Mémoires de Guerre du Général de Gaulle y furent publiés. 

06/0047 Pas seulement pour les bons clients

Madame Boucicaut, propriétaire du Bon Marché, fit construire l'hôtel Lutetia pour y loger ses bons clients de province, qui montaient à Paris pour fréquenter son magasin. Mais ils ne furent pas les seuls: de nombreux artistes l'investirent dans l'entre-deux-guerres. Picasso, Matisse, Joyce, Gide, y ont séjourné. Réquisitionné par les Allemands pendant l'Occupation, il a accueilli les déportés de retour des camps.

06/0048 Le roi du Luxembourg

Vers 1880, un vieillard hirsute, dépenaillé et qui se disait poète, se promenait dans les jardins du Luxembourg, une grosse serviette bourrée de papiers à la main. Il s'appelait Eugène Cochet et et avait été préfet de l'Eure.
On ne sait par quel coup du sort ce misérable clochard en était arrivé là. Toujours est-il qu'il se plaignait de n'avoir jamais été décoré. Qu'à cela ne tienne! Les étudiants du Quartier latin montèrent un canular dont ils avaient le secret. Un jour, ils organisèrent une cérémonie au cours de laquelle ils lui décernèrent: le Mérite Agricole, l'Ordre de la Jarretière, celui de l' Eléphant vert, la cravate de Commandeur de la Légion d'Honneur, et 10 autres médailles! Au milieu des acclamations, le roi du Luxembourg se pavanait, rayonnant de bonheur. Les gardiens du Luxembourg, attirés par l'agitation, crurent bon de devoir intervenir, alors qu'il ne menaçait aucunement l'ordre public. Ils arrêtèrent donc l'inoffensif vieillard, qui, devenu fou furieux, dut être enfermé à Ste Anne, où il mourut huit jours plus tard. Sans avoir revu son royaume... La bêtise est la chose du monde la mieux partagée. Etudiants et gardiens, même combat!

06/0049 Les soldats perdus de l'Odéon

Nous sommes en août 1944, pendant la libération de Paris. Un groupe de soldats allemands se réfugia dans les souterrains qui courent entre l'Odéon et l'entrée des jardins du Luxembourg, rue de Vaugirard. Ils y avaient aménagé, semble t-il, un véritable blockhaus souterrain, un abri, un refuge en quelque sorte. Ils emmenèrent avec eux d'importantes réserves de vivres. Ce qui est certain, c'est que s'ils se sont laissé enfermer dans ces souterrains, ils y sont encore. Car personne ne les a vu ressortir... Ou alors...

06/0050 Quand un grenadier invente le french can-can

Dans la rue de la Grande Chaumière, dans le hameau de Montparnasse, un nommé Fillard ouvrit, en 1783, un lieu de plaisirs qui comprenait plusieurs bals, manèges, cafés et restaurants. . En 1837, l'établissement fut vendu à un certain Lahire. Ancien grenadier de la Garde Impériale, il était d'une force colossale. D'une force telle que la police lui confia le maintien de l'ordre dans son bal. C'est chez Lahire que furent créées ou relancées plusieurs danses, comme la polka, le chahut et le can-can. cette danse, considérée alors comme scandaleuse, fut interdite par la police.
Mais vous pensez bien que les étudiants venus s'encanailler et les grisettes en quête d'aventures n'en avaient cure... Le can-can était né, et était promis à un bel avenir.

06/0051 Le cimetière des bossus

Il était une fois... un garçon qui vit pousser sur son front une corne semblable à celle d'un rhinocéros. Nous sommes à l'époque d'Henri IV.  Elephant man avant l'heure, en quelque sorte. Pour dissimuler sa difformité, l'infortuné portait un couvre-chef, mais les gens de son village continuèrent à se moquer de lui. Alors, françois Trouillac, c'était son nom, partit sur les routes du Midi de la France. Il colportait son infirmité d'une ferme à l'autre, d'un chantier à l'autre. Un jour qu'il gagnait son pain dans une charbonnière du Maine, vint à passer le marquis de Lavardin. celui-ci, qui revenait d'une partie de chasse, fit capturer le jeune homme, que l'impolitesse avait conduit à ne pas se découvrir à son passage... c'est ainsi que François Trouillac, dont la corne intrigua le marquis, fut conduit chez le roi. Henri IV offrit ce sujet pour le moins curieux à l'un de ses valets, qui en tira profit en le présentant d'une foire à l'autre, avant de l'exhiber en permanence sur le Ponr Neuf, à Paris. Rongé par le chagrin et l'humiliation, le pauvre garçon mourut en 1608. Inhumé dans l'église St Cosme, il fut pourchassé par la malédiction, comme en atteste l'épitaphe dont il hérita:

Dans un petit enclos à part,
 Gît un très singulier cornard,
   Car il l'était sans avoir femme,
         Passants, priez Dieu pour son âme 

En mai 1836, l'église St Cosme, qui se situait entre les rues Racine et des Ecoles, sur le boulevard St Michel, fut rasée. Lors de la percée du boulevard, les ouvriers découvrirent à leur grande stupeur, des colonnes vertébrales difformes, sur l'emplacement même de cet ancien petit cimetière. En fait, par solidarité envers celui qui fut la risée des Parisiens, tous les estropiés et bossus de la capitale demandèrent à se faire inhumer à côté de l'homme à la corne. Aujourd'hui encore, dans les caves de la librairie Gibert, subsistent des arcades et des gargouilles qui marquent l'emplacement de l'église St Cosme, autour de laquelle se trouvait le cimetière...des bossus.

06/0052 Le barreau en or

Selon une légende encore très tenace, l'un des barreaux des grilles du jardin du Luxembourg serait...en or massif ! Le passant non averti ne peut, s'il ignore cette anecdote, comprendre les stationnements prolongés, de jour comme de nuit, qu'effectuent certaines personnes au abords du Sénat. A l'ade de grattoirs, ou d'ustensiles de fortune, elles cherrchent le mystérieux barreau. Et c'est pourquoi la peinture de certains barreaux des grilles du Luxembourg est grattée. Il n'y a pas d'heure pour chercher l'or en barre... Mais ce n'est qu'une légende. Ne vous y aventurez pas.  

06/0053 La Vénus noire

Rue de l’Hirondelle se trouve actuellement une boîte à jazz, « La Vénus Noire », anciennement plus connu sous le nom de la Bolée. Sur un mur de la salle du fond figurent les noms de Verlaine, Carco, Oscar Wilde et de bien d’autres poètes et écrivains. Dans cet ancien repaire d’amateurs d’échecs, où les parties acharnées se poursuivaient jusqu’au petit matin. C’est ici qu’il y a encore quelques années, un prince russe s’était fait tatouer un échiquier avec toutes ses pièces.

06/0054 Pendus trois fois!

Sous le règne de Philippe-Auguste, un différend juridique opposa le roi à l'abbé de St Germain des Prés. La sentence arbitrale décida alors d'un partage de juridiction entre la justice du roi et celle de l'abbaye. mais l'affaire n'était pas terminée. En 1256, deux faux-monnayeurs furent d'abord pendus selon la juridiction royale, puis pendus une seconde fois selon celle de l'abbé! L'année suivante, cette question de droit ayant subi de nouveaux éclaircissements, les deux squelettes furent exhumés pour...être pendus une troisième fois, afin de signifier leur exécution selon la "bonne" juridiction.

06/0055 Eclairage à l'huile

Avant d'être éclairé au gaz, Paris était éclairé à l'huile. Il en reste peu de vestiges. L'un des deux qui subsistent dans la capitale se trouve entre le 8 et 10 de la rue des Grands Augustins. On peut deviner dans le mur une rainure verticale. Celle-ci était le réceptacle de la corde qui tenait la lanterne, que le préposé descendait de son poteau pour l'entretenir, en début d'après-midi, et pour l'allumer, lorsque le soir venait. Le petit insert creusé dans le mur servait à recueillir la lampe elle-même. Pour mémoire, l'autre lieu où l'on peut voir ce vestige émouvant de notre passé se trouve 14 rue des Trois Portes, dans le 5ème arrondissement.

06/0056 Les gros numéros

C'est ainsi que l'on nommait jusqu'à leur disparition,...les maisons closes ! Les règles administratives leur imposant une relative discrétion, les fameux lupanars de nos grands-pères étaient reconnaissables grâce à quelques repères visuels: une lanterne rouge, des fenêtres en verre opaque, une porte équipée d'un judas grillagé et enfin, un gros numéro, souvent ouvragé, qui le différencie au premier coup d'oeil des autres numéros de la rue. L'un des plus caracrtéristiques se trouve au 36 rue St Sulpice. Avis aux amateurs !

06/0057 Borne to be alive

Hum...bon. C'est vrai, ce n'ast pas le meilleur des jeux de mots. Mais si vous allez au 85 rue de Vaugirard, vous découvrirez la dernière borne leugaire encore visible à Paris. Les bornes leugaires étaient ces pierres verticales, que l'empire romain parsemait le long des routes. C'étaient les ancêtres de nos bornes kilométriques, et la distance étaient exprimées en lieues. Dans la petite cavité se trouvait une fleur de lys, affacée à la Révolution.

06/0058 L'hôtel des beatniks

Rue Git Le Coeur, au numéro 9, se trouve l'Hôtel du Vieux Paris. Jusque là, rien d'extraordinaire. Sauf si je vous dis que derrière ce nom changé se cache le célèbre "Beat Hotel" ou "Hotel sans nom", réputé dans les années soixante et soixante-dix pour avoir accueilli la fine fleur des artistes américains désargentés, et bohêmes. Parmi eux, citons: Brion Gysin, William Burroughs, Harold Norse.  Ce n'était alors pas l'hôtel confortable d'aujourd'hui, mais "un sanctuaire du sac de couchage", avec toilettes à la turque sur le palier, et fumée de cannabis à tous les étages. La fameuse madame Rachou, qui accueillait ces beatniks, trônait derrière son comptoir. C'était une autre époque...