15/0001 Une église cachée
26 rue d'Alleray, une plaque sombre, difficilement lisible, indique "Eglise catholique orthodoxe occidentale". C'est au fond d'une petite cour que l'on pousse la porte de la chapelle. Elle est minuscule: 20 chaises à peine, et très pauvre. Vous vous trouvez en réalité dans une paroisse orthodoxe officiellement rattachée au Patriarcat de Moscou !
15/0002 Un savant fou ou un génie ?
1 rue Barthélémy, se réunissaient entre les deux guerres les disciples de Swedenborg, savant génial du 18è siècle. Il posa les bases de la physique nucléaire. Plus surprenant, il raconta comment il avait visité successivement 6 fois Mercure, 23 fois Jupiter, 6 fois Mars, 3 fois Saturne et...1 seule fois la Lune! Il affirmait également avoir discuté avec leurs habitants respectifs. Il en résulta une explication originale du christianisme.
15/0003 Un conspirateur mal inspiré
A l'emplacement de la station de métro Dupleix s'élevait le Mur de Grenelle, contre lequel beaucoup de suspects furent fusillés, dont le général Malet. Il conspira contre Napoléon 1er, prétendant qu'il était mort pendant la campagne de Russie. Il s'apprétait à renverser le régime devenu "vacant", lorsqu'il fut arrêté et exécuté en 1812. Son corps repose sous l'actuel Lycée Buffon, dans l'ancien cimetière St Sulpice. Notons pour la petite histoire que nul n'avait songé à mettre sur le trône de l'Empereur son fils, l'Aiglon, alors âgé d'un an.
15/0004 Des vendeurs de viande haut perchés
Dans l'actuel Parc Georges Brassens, qui est construit à l'emplacement des anciens abattoirs de Vaugirard, dont l'activité a perduré de 1897 à 1979, découvrez la silhouette élancée du campanile, semblable à une église. Imaginez que c'était le siège des ventes à la criée. Ne vous méprenez pas, les deux sculptures de taureaux que vous pourrez admirer datent de l'Exposition Universelle de 1878.
15/0005 Quand il est mort le poète...
Georges Brassens habita un temps au 42 rue Santos Dumont. Il y a composé quelques unes de ses plus belles chansons. Le lieu favorisait l'inspiration du grand poète...
Non ce n'était pas le radeau
De la Méduse, ce bateau,
...
15/0006 Un vélodrome de sinistre mémoire
Au 8 Boulevard de Grenelle, s'éleva de 1910 à 1958, le Vélodrome d'Hiver (Vel d'Hiv dans le langage populaire). On y organisa de nombreuses compétitions cyclistes, des "6 jours" entre autres, ainsi que des championnats du monde de boxe. Marcel Cerdan y livra plusieurs combats. Mais c'est surtout en 1942 que le Vel d'Hiv trouva, bien involontairement, une renommée bien négative. C'est dans cette enceinte que furent rassemblés 13 152 juifs (sur 30 000 recensés par la Préfecture de police) qui devaient disparaître dans les camps de la mort.
15/0007 Des reliques vénérables
La chapelle de Notre-Dame de Vaugirard fut créée par Philippe VI de Valois en 1341, à l'intersection actuelle des rues de Vaugirard et Desnouettes. En 1453, la chapelle accueille les reliques de St Lambert et lui donne son nom.
15/0008 Une vocation industrielle
Dès le 18è siècle, en 1774, l'architecte Samson crée le Parc de l'Ecole Militaire, capable d'accueillir 600 chevaux et 100 voitures, chiffres considérables pour l'époque. Trois ans plus tard, une usine de produits chimiques (acides, sels minéraux et alun) apparaît. C'est la première d'une longue série d'entreprises importantes qui feront du 15è arrondissement un vaste territoire industriel jusqu'à la fermeture des usines Citroën.
15/0009 Les Carrières de Vaugirard
Des sablières ont longtemps été exploitées sur ce territoire, alors excentré de la cité. Puis, pratiquement toute la partie est de l'arrondissement, entre les voies ferrées et la rue de Vaugirard, a été exploitée pour en extraire du calcaire de construction. L'argile du sous-sol, enfin, a permis de créer les fameuses briques de Vaugirard, réfractaires, c'est à dire possédant une excellente tenue au feu.
15/0010 Un superbe immeuble Art Déco
Au 38-40 rue St Lambert, se trouve un immeuble de style Art-Déco. On y retrouve le motif de prédilection du courant (la fleur stylisée), sur les magnifiques ferronneries de la porte d'entrée.
15/0011 Un architecte primé
Au 170, rue de la Convention, l'architecte Paul Legriel réalisa un immeuble d'habitations, primé au concours de façades de 1900, comme le rappelle une plaque ménagée dans la pierre, ornée de fleurs de laurier.
15/0012 Les premiers HBM
Aux n° 1 à 25 rue de la Saïda, vous découvrirez un ensemble de logements sociaux peu banal: ces habitations bon marché (HBM) furent réalisées entre 1912 et 1919, par l'architecte Labussière. C'était une opération d'envergure destinée aux familles nombreuses. Le principe était de fractionner les bâtiments et de donner air et lumière aux logements. Rappelons-nous que le 15ème arrondissement était alors principalement habité par des ouvriers, sujets aux maladies endémiques, telle la tuberculose.
15/0013 Une Ruche d'artistes
Passage de Dantzig, le sculpteur Alfred Boucher fit l'acquisition de ce terrain de 5000m², en vue d'y créer une cité d'artistes et un centre culturel. Pour abriter les ateliers, il achète et reconstitue sur place l'ancienne rotonde des Vins, présentée lors de l'Exposition Universelle de 1900, un bâtiment polygonal conçu par l'équipe d'Eiffel et qui donna son nom au lieu. La grille d'entrée, digne d'un château de contes de fées, clôturait quant à elle le Palais de la Femme, lors de cette même Exposition Universelle.
Fernand Léger, Zadkine, Brancusi, Soutine, Chagall, puis Modigliani et Foujita, ont travaillé dans l'un des 140 ateliers qui composaient l'ensemble; sauvée des promoteurs immobiliers en 1968, la Ruche a été classée Monument Historique. Les ateliers ont été agrandis, et la Ruche abrite actuellement plus de 60 artistes venus de tous les horizons.
15/0014 Le plus célèbre des boulangers !
Au 87 rue Brancion, se trouve le premier magasin de Max Poilâne, le fondateur de la célèbre chaîne de boulangerie du même nom. La boulangerie a conservé son décor 1900.
15/0015 Une frise d'écoliers
La rue des Morillons n'est pas seulement réputée pour ses Objets perdus. Aux 66-82, le groupe scolaire en briques rouges, réalisé entre 1932 et 1934, est décoré, à l'angle de la rue de Cherbourg, d'une frise d'enfants sculptés, qui apporte une note de gaieté à l'ensemble.
15/0016 Les lycéens n'ont aucune excuse pour arriver en retard aux cours
Sur la façade sud du Lycée Buffon, rue de Vaugirard, vous pourrez admirer un cadran solaire, surmonté par une imposante corniche sculptée aux armes de la République Française. Trois inscriptions mentionnent l'équinoxe, et les solstices d'été et d'hiver.
15/0017 Une villa d'artistes
La Villa Santos-Dumont abrita de nombreux artistes: au 3 le sculpteur Zadkine, au 4 Fernand Léger, au 6 le sculpteur Grandet, au 15 le mosaïste italien Gattiau, au 25 Malvira Hoffmann, ancienne élève de Rodin.
15/0018 Un temple du savoir
L'Imprimerie Nationale, d'abord installée au Louvre, puis rue de La Vrillière, se fixa définitivement en 1921 au 27 rue de la Convention. Dès l'origine, Richelieu avait souhaité en faire un outil privilégié pour le savoir des élites et l'affirmation de la suprématie française en Europe. Ce fut le cas, et l'Imprimerie Royale devint au 17ème siècle le premier centre typographique européen. Aujourd'hui, elle n'imprime plus qu'à la commande, en particulier grâce à un atelier du livre d'art et de l'estampe unique au monde, où les textes sont encore composés à la main! Depuis sa création, l'Imprimerie Nationale crée et conserve ses propres caractères. Ainsi, le Garamond, du nom de celui qui grava les célèbres "caractères grecs du Roy" en 1541 pour François Ier. Elle possède un fonds de caractères "orientaux" (hyéroglyphiques, cunéiformes, idéogrammes...) gravés par des compositeurs typographiques orientalistes.
Le cabinet des poinçons se compose de 230 000 poinçons, gravés dans 70 écritures différentes, dont les plus anciens datent de François Ier! On y trouve aussi 224 000 idéogrammes chinois.
15/0019 Une gare particulière
La gare Montparnasse fut reconstruite à la fin des années 60. Le premier étage s'orne, à droite et à gauche, de deux peintures murales réalisées par Vasarely.
De plus, depuis sa création, elle possède une chapelle dédiée à St Bernard, et destinée aux voyageurs (près du parking SNCF).
15/0020 La cantine de Citroën
A l'angle de la rue Emile Leblanc et de la rue St Charles se trouve le bistrot St André. Il était autrefois fréquenté par les ouvriers des usines Citroën, disparues en 1972. Mais le souvenir de cette époque y est encore très présent: de nombreuses publicités anciennes, de vieilles photos des ateliers et des plaques émaillées au double chevron en assurent la décoration, et en perpétuent le souvenir.
15/0021 La rue préhistorique
On découvrit en 1903, rue du Hameau, des silex taillés et une hache de l'époque moustérienne, preuves que l'homme préhistorique vécut très tôt dans la plaine de Vaugirard. La mise à jour, dans cette même rue, d'une nécropole gallo-romaine du 2ème siècle atteste le fait que l'on devait déjà s'y sentir bien...
15/0022 Nos ancêtres les viticulteurs
Comme beaucoup de villages qui furent incorporés à Paris en 1860, Grenelle était réputé pour être un village de laboureurs et de vignerons. Il comptait 350 âmes au 15ème siècle, et 800 en 1745. On y trouvait aussi des tenanciers de guinguettes, et des ouvriers exploitant les carrières de pierres, situées en limite des territoires de Grenelle et de Montrouge. Les matériaux issus des carrières servirent à la construction des Tuileries, du Palais du Luxembourg, de l'église St Sulpice, et de l'Ecole Militaire.
15/0023 Un village de mauvaise réputation
Si Vaugirard était recherché pour sa tranquillité, notamment après les Guerres de religion, son caractère campagnard en faisait fréquemment l'objet d'insultes et de moqueries. Ainsi, au 16ème siècle, on avait coutume de dire: "Tu viens de Vaugirard, ta gibecière sent le lard."
De même, François Ier, entendant ridiculiser Charles Quint, qui faisait état de tous ses titres, aurait signé une de ses missives adressée à son illustre correspondant: "François Ier, roi de France et Comte de Vaugirard."
Même Jean de la Fontaine, dans une de ses fables (Le singe et le dauphin), écrivit:
"Notre magot prit pour le coup
Le nom d'un port pour un nom d'homme
De telles gens il est beaucoup
Qui prendrait Vaugirard pour Rome
Et qui, caquetant au plus dru,
Parlent de tout et n'ont rien vu."
15/0024 La commune débaptisée
Sous la Convention, Vaugirard prit le nom de "Commune Jean Jacques Rousseau". Elle fut le siège de la Conspiration de l'oeillet, qui devait faire évader Marie-Antoinette de la Conciergerie, mais qui échoua dans son entreprise.
15/0025 Un théâtre, pomme de discorde
Léonard Violet, conseiller municipal de Vaugirard, décida d'acheter, en 1823, pour 1 franc le m², de vastes étendues dans la plaine de Grenelle, afin de les lotir. Cette opération, d'une ampleur exceptionnelle, comprenait, entre autres réalisations, un théâtre. Celui-ci fut construit en 1829. Mais les aménagements des abords du théâtre provoquèrent une brouille irréconciliable entre les communes de Grenelle et de Vaugirard. Le conflit déboucha sur une séparation, la commune de Grenelle devenant indépendante en 1830.
La mairie du village de Vaugirard devint celle du futur 15ème arrondissement.
15/0026 L'autre ventre de Paris
Inaugurés par le président Félix Faure en 1898, les abattoirs de Vaugirard présentaient l'avantage d'être excentrés par rapport au centre de Paris, et d'être reliés aux autres réseaux par le Chemin de fer de Ceinture. Sur plus de 23 500m², 110 000 boeufs, 70 000 veaux, 500 000 moutons, et 80 000 porcs y étaient abattus chaque année. L'abattoir aux chevaux, situé rue Brancion, traitait quelques dizaines de milliers de bêtes par an.
15/0027 Les Villages de l'avenir
Un peu partout dans le 15ème arrondissement, le promoteur Chauvelot créa des "Villages de l'avenir".
Celui des rues Brancion, des Morillons, Castagnary et du boulevard Lefebvre, était l'un des plus importants. Le souhait de Chauvelot était de permettre à une population démunie de subvenir à ses besoins par une activité rémunératrice et autonome. Ainsi, les chiffonniers vivaient dans des baraques légères adossées les unes aux autres. Chacun avait une tâche bien déterminée: certains étaient affectés à la collecte, d'autres au tri, d'autres encore à l'achat et à la revente.
15/0028 Un cabaretier s'offre La Coupole
Les artistes de La Ruche (Zadkine, Fernand Léger, Henri Matisse, le Douanier Rousseau, Marc Chagall, Soutine, Modigliani, ainsi que les poètes Guillaume Appolinaire, Max Jacob, André Salmon, Blaise Cendrars(...) ne restaient pas confinés à travailler dans le célèbre atelier. Ils s'en évadaient souvent pour trouver l'inspiration. Si souvent même, que le propriétaire du café "Le Dantzig", dans la rue du même nom, put s'offrir "La Coupole", avenue du Maine!
15/0029 Une rue dédiée aux transports en commun en tout genre
La rue des Favorites doit son nom au dépôt des omnibus de la ligne "Les Favorites", qui s'y trouvait dès 1838. C'est un certain Baudry qui prit l'initiative de créer des lignes privées de transport collectif.
Dès 1828, Paris était sillonné par de nombreuses voitures aux noms évocateurs: "Les Dames Blanches", "Les Ecossaises", aux voitures peintes d'un quadrillage de couleur, "Les Béarnaises", où le cocher portait un béret basque, "Les Algériennes" et "Les Constantines", en souvenir de la conquête de l'Algérie, "Les Joséphines", "Les Gazelles", "Les Sylphides", etc...
Toujours rue des Favorites, aux n° 22 à 28, une fabrique de ballons dirigeables s'était installée, à la fin du 19è siècle. De toute taille, de forme classique ou en forme de personnages ou d'animaux, elle fournissait également des ballons publicitaires pour les Grands Magasins. L'entreprise fut transférée en 1928 rue de Paradis, et les hangars qui subsistaient ne furent détruits qu'en 1959.
15/0030 Une mairie très...morale
Le décor de la salle des mariages de la mairie du 15è arrondissement est intéressant à plus d'un titre. Les fresques, réalisées en 1886, représentent "Les Fiançailles", "La Veillée", où une mère fait la lecture à son enfant, "La Famille" et "La Charité" qui immortalisent le thème de la maternité (travail pour l'un, devoirs civiques pour l'autre). "En Temps de guerre" exalte le patriotisme, et "La Fin de journée" la satisfaction du travail accompli. Enfin, au plafond, c'est "Le Repos des époux". Tout un programme...
15/0031 L'icône baladeuse
Il faut pousser la porte du 5 rue Pétel pour découvrir l'église orthodoxe des trois Saints Hiérarques. En 1931, un groupe de Russes décida d'y installer une nouvelle paroisse, dans une cave. L'église actuelle l'a remplacée en 1958. La grande icône de Notre-Dame d'Ibérie fut ramenée de Russie par un officier de la Grande Armée de Napoléon, en 1812, lors de la Campagne de Russie!
15/0032 C'est un péché d'orgueil, mon père...
La rue de l'Abbé Groult est ainsi nommée en souvenir de l'ecclésiastique qui amputa sa propriété des terrains nécessaires au percement de la rue. Léger problème, il exigea que la rue nouvellement créée portât son nom. Voeu exaucé, mon père. Mais bon, si vous voulez mon avis...
15/0033 Une vraie usine à gaz
A l'emplacement du paisible square St Lambert, construit en 1930, se trouvaient en 1835 les usines à gaz de Vaugirard, désaffectées au début du 20ème siècle. Quand je vous disais que tout n'était pas mieux avant...
15/0034 Cachez ce sein que je ne saurais voir...
Le Lycée Camille Sée, 11 rue Léon Lhermitte, accueille plusieurs milliers de jeunes filles. Construit en 1934, il marie à merveille le béton, la brique, le marbre rose, la mosaïque et les fresques murales. L'une d'entre elles a été redécouverte, à l'occasion d'un ravalement; elle avait été recouverte par la directrice de l'époque, qui l'avait jugée inconvenante, en raison des tenues légères dont l'artiste avait "habillé" les jeunes filles. O tempora, ô mores...
15/0035 Deux cités d'artistes timidement cachées
La Cité Falguière, du nom du célèbre scupteur qui réalisa, entre autres "La République triomphante" qui orne l'Arc de Triomphe de la place Charles de Gaulle, comportait 30 ateliers d'artistes, au 19ème siècle. Il n'en subsiste que deux: aux n° 9 et 11 de la cité. Falguière lui-même habita "La villa rose". Cette cité fut fréquentée, par Soutine, Foujita, Modigliani. Presqu'en face, une autre cité d'artistes, 4 rue d'Arsonval, abrite une dizaine d'ateliers.
15/0036 Le seul site du 15ème arrondissement célèbre dans le monde entier
Il s'agit, bien sûr, de l'Institut Pasteur, situé 25 rue du Docteur Roux. C'est en 1885 que Louis Pasteur expérimenta avec succès sur l'homme son vaccin contre la rage. La nouvelle fit le tour du monde, et une souscription publique fut lancée en France et à l'étranger pour créer, selon le souhait de Pasteur, "un établissement vaccinal spécialisé". La souscription fut une réussite, et des chefs d'Etat, des Princes et même le Bey de Tunis y participèrent.
Pasteur mourut en 1895. Une donation de la baronne Hirsch permit de construire un nouveau bâtiment, en 1900, doté de 90 lits. Cet hôpital fut le premier en Europe à préconiser l'isolement individuel des malades.
15/0037 Une rue curieusement non révolutionnaire
La rue des Volontaires laisse à penser qu'elle honore les Volontaires de l'an II de la République, qui se précipitèrent aux frontières pour vaincre l'Europe coalisée. Eh bien non ! Moi-même, qui ai vécu dans le quartier pendant plus de 25 ans, en étais persuadé. A tort, mon cher.
En réalité, la réponse est beaucoup plus terre à terre, si j'ose dire... La rue fut ainsi baptisée AVANT la Révolution, et doit son nom à la volonté farouche d'un propriétaire de terrains et de sa famille de relier la rue de Vaugirard et la rue des Fourneaux (future rue Falguière). Décevant, peut-être, mais vrai.
15/0038 Le bal nègre de Paris
A l'angle de la rue Copreaux et de la rue Blomet se tenait, dans les années 20, un célèbre "bal nègre". Tous les Antillais de Paris s'y retrouvaient pour y danser. Ce bal attirait le "Tout Montparnasse": Foujita, André Gide, Youki, Kiki de Montparnasse, ou encore Robert Desnos.
15/0039 L'autre abattoir
En 1812, à proximité de la place de Breteuil, existaient les Abattoirs de Grenelle. Ils furent désaffectés en 1887, au profit de ceux de Vaugirard. Quand on connaît le quartier, on a du mal à imaginer une telle activité à l'emplacement actuel de ces immeubles cossus, mitoyens du très bourgeois 7ème arrondissement. Et pourtant...
15/0040 Coup de chapeau à mon illustre prédecesseur
Léon-Paul Fargue, auquel je ne peux prétendre me comparer, mais qui m'a inspiré dans mon entreprise, était l'inlassable "Piéton de Paris", à qui il consacra toute sa vie. Il vécut au 1 boulevard du Montparnasse.
15/0041 La loco folle
A l'emplacement actuel de l'affreuse Gare Montparnasse se trouvait l'ancienne gare, construite en 1852, démolie en 1965. Elle fut le théâtre d'un accident ferroviaire peu banal, tel que nous le relate "L'Illustration" du 26 octobre 1895: "Le train n°56 venant de Granville arrivait en gare à la vitesse vertigineuse de 40 à 60km/h, sans qu'il fut possible de l'arrêter, brisait les heurtoirs, franchissait l'extrémité du quai, et sa machine défonçant le mur de la façade, après un parcours de plus de 15 mètres en dehors des voies, venait de tomber sur la place de Rennes, entraînant avec elle le tender." On n'eut à déplorer qu'une seule victime: la marchande de journaux qui se trouvait sur le parvis.
15/0042 La rue des Entrepreneurs...
Ce nom étrange rappelle que c'est la Compagnie des Entrepreneurs, qui bâtit plusieurs églises au 19ème siècle à Paris, dont St Jean Baptiste de Grenelle en 1825.
15/0043 ...et la rue Mademoiselle
qui, elle, doit son nom à Mademoiselle, fille du duc de Berry, qui posa la première pierre de l'église St Jean Baptiste de Grenelle.
15/0044 Maître corbeau sur un arbre perché
Au 40 de l'avenue Felix Faure, le dessus de porte est décoré d'une scène de la fable "Le Corbeau et le renard", ainsi que de l'effigie de Jean de la Fontaine. Pourquoi ? Mystère...
15/0045 La grande évasion
Au 1 rue Violet, des fraudeurs avaient construit un tunnel menant au 8 place Dupleix, afin d'échapper à l'octroi. Rappelons nous que l'enceinte des fermiers Généraux passait à cet endroit et taxait les marchandises entrant dans Paris, ceci afin d'éviter...la fraude !
15/0046 Un vestige (presque) unique
Toujours rue Violet, au n°69, une bâtisse néo-palladienne ceinte d'un petit jardin fut entre 1841 et 1860 le siège de la mairie du village de Grenelle. C'est, avec la maison du n°61, l'un des derniers vestiges de ce village aujourd'hui disparu. Nostalgie, nostalgie...
15/0047 La synagogue mal orientée
Au 14 rue Chasseloup-Laubat, se trouve une synagogue, construite en 1912. L'entrée est coiffée des Tables de la Loi. Tout est normal jusque là. Sauf que...pour des raisons inconnues, la synagogue n'est pas orientée vers l'est (c'est à dire vers Jerusalem), comme le veut le rituel. Etourderie? Peu probable. Contrainte architecturale? Peut-être...
15/0048 Du provisoire qui dure
A la hauteur du Village Suisse, 78 avenue de Suffren, il y avait une Grande roue, construite pour distraire les millions de visiteurs, Français et étrangers, de l'Exposition Universelle de 1900. Comme tous les bâtiments construits pour l'occasion, elle devait être démolie après l'Exposition. Mais son succès auprès des Parisiens fut tel qu'elle ne disparut que dans les années 20.
Il faut dire que ses 103m de haut, son diamètre de 93m et sa rotation complète en 20 minutes avaient de quoi attirer les foules. N'est ce pas, papi?
15/0049 Un lieu propice aux fusillades
La paisible station de métro Dupleix est installée sur un emplacement dont le moins qu'on puisse dire est qu'il fut un lieu théatre d'événements dramatiques. En effet, on avait la fâcheuse habitude, il y a un peu plus de deux siècles, de fusiller à tour de bras: le comte de Mesnard en 1797, Armand de Châteaubriand (cousin de l'écrivain) en 1809, et les hommes compromis dans la Conspiration du général Mallet, qui visait à détrôner Napoléon Ier, en 1812.
15/0050 Qui habite le front de Seine?
Cette gigantesque forêt de gratte-ciels et d'immeubles modernes fut construite entre 1967 et le milieu des années 80, sur d'anciennes friches industrielles. Peu appréciée des Parisiens, qui y voient une sorte de quartier de la Défense en miniature, elle abrite des employés de France Telecom, auxquels est réservée la Tour Keller. On trouve également une importante colonie iranienne, accourue après le changement de régime en 1979 et la chute du Shah. Réplique des boat people indochinois installés dans le 13ème arrondissement à la même époque, en quelque sorte.
15/0051 Un saint patron pas bidon
Rue de la Convention fut construite en 1930 l'église St Christophe de Javel. Comme chacun sait, il s'agit du saint patron des automobilistes. Et ce n'est pas un hasard si on la construisit à proximité immédiate des toutes nouvelles (à l'époque) usines Citroën...
Du reste, une souscription nationale fut lancée pour financer la construction de l'église, et les automobilistes (peu nombreux à l'époque) furent sollicités en versant une somme d'argent équivalant au prix d'un bidon d'essence.
15/0052 Le terrain d'entraînement des plus-lourds-que-l'air
L' Héliport de Paris est situé rue Louis Armand héberge des hélicoptères depuis 1950.
Lorsque le "terrain d'Issy" comme on disait alors, à la fin du 19ème siècle fut utilisé, ce fut par les grands noms, les pionniers de l'aviation: Santos Dumont, Delagrange, Farman entre autres, y firent leurs premiers essais. La suite, vous la devinez...
15/0053 Un rêve prémonitoire
Une riche propriétaire, veuve, Madame Ballerich, habite au 145 boulevard de Grenelle. Elle possède un autre immeuble 98 rue de Lourmel. Nous sommes en 1884, et Madame Ballerich est perturbée par ses rêves. Ou plutôt ses cauchemars. Chaque nuit, elle se voit assassinée par des cambrioleurs, a tel point qu'elle se barricade de chez elle. Elle paie ses locataires pour qu'ils fassent ses courses. Et pourtant, elle ne devrait pas s'inquiéter, puisque ses deux fils sont l'un agent de la paix, et l'autre commissaire de police.
Mais voilà, le 24 novembre 1884, elle est retrouvée égorgée par une voisine qui lui ramenait du lait.
Il y a bien un témoin, mais qui prêterait l'oreille à un gamin de onze ans qui prétend avoir distinctement vu l'agresseur ?
Trois suspects sont arrêtés, dont l'un, un certain Gamahut, s'accuse du crime. Mais les deux fils ne se satisfont pas de ces aveux et poussent plus loin l'enquête. Leur émotion (compréhensible) les rend agressifs et violents, et un article injurieux à leur égard du journal "Le cri du peuple" les fait sortir de leurs gonds.
Ils montent une expédition punitive au siège du journal, blessent un journaliste, mais l'un des frères décède de ses blessures. Mais l'histoire ne s'arrête pas là: les trois criminels sont condamnés, dont Gamahut à la peine capitale. Il sera exécuté le 24 avril 1885. Quant au frère survivant, il est acquitté.
15/0054 L'affaire Steinheil
Le 31 mai 1908, impasse Ronsin, le valet de chambre des époux Steinheil découvre horrifié Monsieur Steinheil couché dans la salle de bains, mort, la corde au cou. Sur son lit, la mère de Madame Steinheil gît, elle aussi sans vie. Quant à Madame, il la découvre attachée dans un fauteuil. Elle prétendit que des cambioleurs les avaient agressés. Mais son témoignage parut d'emblée suspect. Madame Steinheil, rappelons-le, c'était cette femme dans les bras de laquelle mourut le Président Félix Faure, quelques années plus tôt, à l'Elysée. De suspecte, elle devint très vite accusée. Son témoignage a changé. Elle n'accuse plus des cambrioleurs, mais bientôt le valet de chambre, puis le fils de sa bonne, Mariette. Le 3 novembre 1909, l'affaire Steinheil passe aux Assises. Devant l'absence de preuves, elle est acquittée au bénéfice du doute. Alors, innocente ou coupable ?
15/0055 La statue-gadget
La réplique en réduction de la statue de la Liberté qui se situe sur l'Île aux Cygnes, près du pont de Grenelle, est à l'origine du mot anglais "gadget"!
L’histoire se situe en 1886 : Bartholdi a terminé la conception de la Statue de la Liberté ( dont l’idée d’origine la destinait au canal de Suez) et a besoin d’un entrepreneur français spécialisée en fonderie. Ce sera l’entreprise Gaget-Gauthier situé non loin du parc Monceau qui sera retenue et qui, avec ses ateliers de chaudronnerie, réalisera la statue grandeur nature. Celle-ci est livrée en kit de 241 caisses par bateau à New-York en Juillet 1886… L’évènement de son arrivée fait grand bruit et Gaget anticipe une opération médiatique et promotionnelle pour son entreprise : il va offrir la statue en miniature à toutes les personnalités présentes à l’inauguration s’assurant une publicité phénoménale ! Du coup, entre eux, les invités se demandaient : « Avez-vous reçu votre Gaget ? », qui prononcé à l’américaine, donnait « Gadget »...
15/0056 Une église ouverte seulement quand le pope est à Paris...
...ce qui n'est pas courant, vous en conviendrez ! L'église orthodoxe St Séraphin de Sarrow, au 91 rue Lecourbe, porte le nom d'un ermite qui décida de se faire emmurer vivant ! En fait, c'est une petite construction en bois, perdue dans un jardin d'herbes folles, à deux pas de la rue Lecourbe. Construite en 1974 par un architecte russe, on la croirait tout droit sortie de la lointaine Russie, et fréquentée par les immigrants, nombreux dans le quartier. Respect de la nature ou étourderie? Un tronc d'arbre est conservé à l'intérieur de l'église.
15/0057 Le puits artésien
L'un des deux puits artésiens de la capitale se trouve place Georges Mulot. L'emplacement choisi se trouve à la limite de la commune de Grenelle, en un point où un banc de sable poreux s'enfonçait profondément entre des couches de terrains imperméables et formait une cuvette qui retenait les eaux de pluies. Sur ce terrain se trouvaient les abattoirs de Grenelle, et les travaux de percement débutent dans la cour de l'abattoir, en 1833. Il fallut attendre 1841 pour que l'eau jaillisse enfin.
15/0058 Les successeurs des chiffonniers
Au 78 avenue de Suffren se trouve le Village Suisse. S'il en conserve le nom, il n'en garde pas la trace. C'était, pendant l'Exposition Universelle de 1900, le pavillon de la Suisse, qui avait choisi de reproduire, grandeur nature, un véritable ...village suisse ! On y trouvait entre autres: une poterne de château féodal et les "Portes de Berne", qui permettaient aux visiteurs d'accéder au village, une chaîne de montagnes reconstituée en bois et en staff, une cascade de trente-quatre mètres, les maisons reconctituées des célébrités helvétiques (la tragédienne Rachel, Guillaume Tell, Jean-Jacques Rousseau), des troupeaux qui paissaient au bord d'un lac...Et sur la place du village, le public pouvait assister aux danses et fêtes pastorales, et aux luttes entre bergers. A la fin de l'exposition, le village, comme la quasi-totalité des pavillons étrangers et français, fut entièrement détruit. Des chiffonniers-brocanteurs s'installèrent sur l'emplacement ainsi libéré. Quelques baraques furent érigées, et dans l'entre-deux guerres, de vrais stands furent construits par des marchands de vêtements, qui cédèrent la place à des brocanteurs puis des antiquaires dans les années 1950. La suite, vous la connaissez...
15/0059 L'église de Citroën
L'église St Christophe de Javel, rue de la Convention, prit la place d'une chapelle (St Alexandre), construite en 1860 et détruite en 1888. La nouvelle église ne fut inaugurée qu'en ...1898 ! La population du quartier ne cessant de croître, elle devint rapidement trop petite, et fut donc...détruite à son tour en 1926 ! Rebâtie en 1930, sous le nom de St Christophe de Javel, à proximité des usines Citroën. St Christophe étant, comme vous le savez, le saint patron des voyageurs. CQFD.
15/0060 La Roue de la Fortune
Au 10, impasse de l'Astrolabe, un bâtiment banal abrite un lieu bien étrange. Sur une boîte aux lettres, on peut apercevoir le nom O.Fortuna. C'est dans cette boîte que l'on dépose les correspondances avec la Roue de la Fortune. Rien à voir avec le jeu télévisé. Il s'agit d'une demeure philosophale de l'Arcane X, où se rencontrent les initiés.
15/0061 Il n'y a qu'un seul âne à Paris
Enfin, qu'un seul animal représenté. Il se trouve dans le parc Georges Brassens, et est l'oeuvre du sculpteur François-Xavier ...Lalanne. Si vous trouvez un autre âne dans Paris, j'insiste bien;: un animal sculpté, je suis preneur.
15/0062 Brasserie des quatre femmes
En 1871, Richard Wallace décida d'offrir un cadeau aux Parisiens qui avaient souffert de la soif durant le siège de la capitale par les Prussiens. Quatre femmes vêtues à l'Antique offraient de l'eau potable aux passants. Ces cariatides représentent la Charité, la Bonté, la Simplicité et la Sobriété. Brasserie des quatre femmes, c'est le surnom qui leur fut donné par les Parisiens. Toutes de bronze, elles sont bien connues des autochtones et des touristes, et fleurissent nos places, et surgissent parfois au détour de nos rues. L'une des plus belles fontaines Wallace se trouve rue Alain Chartier. Particularité: une autre fontaine, une petite borne cette fois-ci, se trouve à quelques mètres à peine de l'autre. Toujours offerte par M Wallace. Thank you, Mister!
15/0063 Un véritable village suisse
Avant d'être le groupement d'antiquaires que nous connaissons aujourd'hui, le Village Suisse , réalisé pour l'Exposition Universelle de 1900 à proximité du Champ de mars, était un véritable village de montagne, construit par la Suisse en 3 ans, à l'aide de 300 ouvriers. Les visiteurs émerveillés pouvaient admirer, entre autres, un pan de montagne helvétique reconstitué pour l'occasion et une cascade de 34 mètres de haut, aboutissant à un lac miniature! on y pratiquait même l'élevage, l'agriculture et l'artisanat de ce beau pays alpestre.











