Paris est définitivement la capitale du royaume de France. La population atteint 100 000 habitants, chiffre considérable pour l'époque.
Les villes sont des endroits dangereux si l'on est de passage ou/et si l'on s'y promène la nuit dans les rues tortueuses de terre battue : de nombreux malandrins voleurs et assassins y élisent domicile du fait de la relative promiscuité et de la densité de population que l'on ne trouve nulle part ailleurs.
Paris au XIIè siècle
Les châtiments s'ils sont souvent durs, vont rarement jusqu'à la sentence capitale contrairement à la croyance répandue : on préfère les amendes, source de revenu non négligeable pour le seigneur qui rend la justice, et les travaux forcés.
Dans toutes les villes d'une certaine envergure, les services de voirie comptent parmi les plus importants, avec pour mission l'aménagement des rues et la construction de fossés et d'égoûts... Mais ils sont souvent dépassés et on a pu retrouver des plaintes d'habitants et de marchands qui n'hésitent pas à déserter la ville jusqu'à ce qu'elle ait été nettoyée.
Les rues de Paris ne sont pas pavées, elles sont étroites, encombrées d'immondices, et saturées d'odeurs souvent pestilentielles, surtout dans les quartiers ou s'exercent les activités artisanales génératrices d'inconfort : teinturerie, tannerie, savonnerie, abattoirs, poissonnerie.
Certains métiers particulièrement polluants ou incommodants on été rejetés à la périphérie (forge, fours à chaux). Les boutiquiers, les marchands, les artisans qui avaient pignon sur rue attiraient le chaland en criant les qualités de leurs produits.
Dans les rues, on pouvait croiser un marchand d'eau, un colporteur, ou encore le crieur public qui annonçait mariages, programmes des foires, maisons à vendre et condamnations capitales (qui étaient alors publiques).
La vie était rythmée par les cloches de l'église et de la ville qui annonçaient le début de la journée et sa fin, et sonnaient les heures. La nuit, le veilleur de nuit prenait garde à ce que rien ne prenne feu (c'était le couvre-feu).
A l'époque, à Paris, la majorité des habitations était en bois, car la pierre était une denrée rare et réservée aux riches et à la construction des cathédrales. Les terrains à bâtir étaient chers, on construisait donc en hauteur.
Banal fait divers à Paris.
Dans les rues, comme à l'accoutumée, divaguent de nombreux cochons, une clochette accrochée au cou. Ils nettoient les rues de leurs immondices.
Mais voilà que l'un d'eux se jette sous un cheval.
Le cavalier tombe et se tue. Ce n'est autre que Philippe, fils aîné et héritier du roi Louis VI le Gros !
La mort du dauphin
L'incident vaudra à son frère de régner sous le nom de Louis VII le Jeune.
Il sera aussi à l'origine d'un édit royal interdisant désormais la divagation des cochons.
Quand le royaume de France a failli être renversé par un cochon, vous-dis je !
Les armes de France
L'Europe en 1130
Le couronnement de Louis VI
La musique au Moyen-Âge
Si la musique n’est pas née au Moyen-Âge, loin s’en faut, c’est néanmoins à partir de cette époque que l’on a commencé à la noter systématiquement.
Flûte médiévale
Au VIe siècle, Boèce, à la cour du roi Théodoric, reprend les anciennes notations grecques et y associe un système de lettres de l’alphabet latin.
Au IXe siècle, on note les oeuvres musicales mais la tradition orale ne disparait pas pour autant. Le chantre, personnage considéré, savait par coeur et les neumes du grégorien ne servent qu’à faciliter le travail de sa mémoire. Puis, l’invention de la "portée" musicale et des clés indiquées au départ, apporte un changement essentiel.
A partir du XIIe siècle, dès le début de l’édification de Notre-Dame de Paris, se développe la polyphonie. Michel Zink relate l’importance de cette Ecole de Paris et explique comment se chantaient les motets qui deviennent le genre à la mode et suscitent un fort engouement, mélangeant sacré et profane.
Au XIIIe siècle, la polyphonie devient prépondérante, tant et si bien qu’au début du XIVe siècle, le pape Jean XXII promulgue une décrétale Docta Sanctorum pour supprimer le motet et la polyphonie, au prétexte que cette musique, loin de porter à la dévotion et à la foi, enivre les oreilles.
Codex Manesse
Antiphon (1250)
Clairvaux, le renouveau de l'humanisme
L'abbaye de Clairvaux fut fondée, selon la tradition de l'Ordre cistercien, le même jour que celle de Morimond, c'est-à-dire le 25 juin 1115. En effet, pour assurer son développement, le Nouveau Monsatère, né en 1098 selon la volonté du bénédictin Robert de Molesme, décida d'engendrer quatre filles : La Ferté (1113), Pontigny (1114), Clairvaux (1115) et Morimond.
L'abbaye de Clairvaux (gravure de 1706)
L'abbé de Cîteaux, l'anglais Etienne Harding (1109-1133), choisit un jeune moine de 25 ans, Bernard, pour diriger la nouvelle communauté. Fils du seigneur de Fontaines, près de Dijon, Bernard était entré en 1112 à Cîteaux, suivi par trente compagnons dont de nombreux membres de sa famille.
Bernard, accompagné de douze moines, s'installa dans une vallée isolée, le Val d'Absinthe, à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Bar-sur-Aube, sur une terre libre de toute occupation donnée par un de ses cousins.
Le site présentait un avantage de taille : il était situé à deux kilomètres de la grande voie romaine reliant Milan à Boulogne. Cette route allait bientôt devenir le plus grand axe routier d'Occident, utilisée par les marchands de l'Europe entière se rendant aux foires de Champagne. Clairvaux se trouvait ainsi au coeur de l'une des plus importantes zones d'échanges économiques et intellectuels de l'époque.
La personnalité hors du commun de l'abbé de Clairvaux, assurément l'une des plus grandes figures intellectuelles de son époque, explique le rayonnement et l'essor que prit rapidement le nouveau monastère champenois.
Saint Bernard fut sans doute le premier humaniste.
Un jour, dans la vallée du Rhin, un moine déchaîne le peuple contre les communautés juives. Bernard se rend sur place et met fin aux massacres : pour lui, le peuple juif est porteur de l'humanité de Jésus. La déroute de la croisade (qu'il n'accompagne pas) l'affecte.
Il se retire à Clairvaux et se consacre à l'écriture et à la mise en forme de ses œuvres. Au printemps 1153, il part, malade, à Metz pour y rétablir la paix. Il meurt dans son abbaye le 20 août 1153, à l'âge de 63 ans. Canonisé en 1174, il sera proclamé docteur de l'Église en 1830.
Cet homme « tout-puissant malgré lui et condamné à gouverner l'Europe » (J. Michelet) est avant tout un moine porteur de farouches exigences. Luther l'en louera.
Bernard veut revenir aux sources du monachisme, dans une quête incessante de pureté et de rigueur. D'où la volonté de libérer les couvents de son ordre du monde laïque et de les faire accéder à l'indépendance matérielle. D'où ce dépouillement novateur qui prévaut dans l'art cistercien, comme en témoigne la réussite architecturale des monastères.
Bernard est aussi un théologien mystique d'importance. Ses écrits (lettres, parfois en forme de traités, sermons) découlent directement de son activité d'abbé et de pasteur ; en dehors des lettres dont les destinataires sont divers, Bernard écrit pour des moines.
Saint Bernard de Clairvaux (miniature du 14è siècle)
Louis VIle Gros, le premier grand roi de France
Louis VI succède à Philippe Ier en 1108 : son obésité lui vaudra auprès de ses contemporains comme de la postérité le surnom de "Louis le Gros". Son activité débordante et son énergie l'ont également fait surnommer "Louis qui ne dort".
Louis VI le Gros
Il tentera durant son règne de 1108 à 1137 d'imposer le prestige de la monarchie aussi bien à l'intérieur de son royaume (comme ses prédécesseurs) que dans l'Europe chrétienne :
- il entre en conflit avec les petits seigneurs qui contestent son pouvoir en Ile-de-France en se comportant comme des châtelains brigands : il s'impose face à ces vassaux non respectueux en occupant leur territoire et en faisant détruire leurs donjons. Parmi eux, on peut citer le sire de Montlhéry, Hugues du Puiset (contre qui son père s'était fait humilier en 1081) ou la famille des Coucy.
- il défend son royaume face à une tentative d'invasion de la part du puissant empereur d'Allemagne Henri V qui se dirige vers Reims. Il rassemble, en usant du droit de l'ost royal, les chevaliers de son royaume en 1124 pour lui barrer la route.
La bataille de Brémule
Pour la 1ère fois était levée l'oriflamme et retentissait le cri de guerre : "Montjoie Saint-Denis". Il s'agit de la première manifestation, certes modeste, d'unité nationale autour d'un roi capétien.
"On ne prend pas le roi aux échecs !"
Lors de la bataille de Brémule en 1119 contre les anglo-normands de Henri Ier, Louis VI le Gros aurait dit : "On ne prend pas le roi aux échecs !" Poussé par sa chevalerie et n'écoutant que son courage, le roi se jette sur les Anglais : au plus fort du combat, il parvient de justesse à se tirer d'un mauvais pas en lançant ce cri devenu célèbre, avant de fendre le crâne de l'archer qui croyait le tenir... Il abandonnera tout de même sa bannière puis son destrier !
Louis VI Le Gros
(miniature du XVè siècle)
Le 25 décembre 1120, tout les héritiers directs de Henri I périssent lors de la catastrophe de la Blanche Nef. En 1124, Henri I fait appel à son gendre l'empereur Henri V pour s'allier contre Louis VI, mais l'empereur meurt en 1127. Le roi d'Angleterre a alors l'idée de remarier sa fille à Geoffroy le Bel, dit Plantagenêt, héritier du fief angevin. De plus, Guillaume Cliton décède en 1128 ce qui affaiblit le poids du roi de France face au souverain anglais. Mais Henri I meurt en 1135.
Louis VI choisit successivement deux clercs pour le conseiller : Etienne de Garlande et Suger. On pourrait penser qu'il s'agit d'un gage de paix avec l'église, mais il n'en est rien. Étienne de Garland pratiquait tout autant le cumul des bénéfices et des fonctions que le népotisme. Certes le roi s'appuya sur le clergé qui avait aussi besoin de sa protection pour dompter les châtelains.
Mais il traita brutalement plusieurs évêques, et n'hésita pas à affirmer la supériorité de la justice royale sur la justice d'église lors d'un conflit avec l'évêque de Paris. En revanche, il s'allie à la papauté, quitte à garder son indépendance, comme en 1113 quand le pape voulut doubler l'évêché de Noyon-Tournai, et surtout quand Calixte II voulut en 1121 accorder la primatie des Gaules à Lyon au détriment de Sens. Quatre papes vinrent en France sous le règne de Louis VI, et quand un schisme éclata en 1130, le roi soutint Innocent II le pape légitime, contre Anaclet II.
Denier de Louis VI
Après avoir fait annuler son mariage avec Lucienne de Rochefort pour non consommation, le roi épouse en 1115 Adélaïde de Savoie qui lui donne huit enfants, dont l'héritier Philippe qui est sacré en 1128. Mais ce dernier meurt en 1131 et est remplacé dans l'année par son frère Louis, sacré à Reims par Innocent II. Le roi conseillé par Suger négocie avant sa mort, le 1er août 1137, le mariage de Louis avec la fille du Duc d'Aquitaine Guillaume X, qui n'est autre que la fameuse Aliénor d'Aquitaine.
Soldat de Louis VI le Gros
Bien que Suger ait probablement exagéré ses éloges, Louis VI peut être considéré comme le premier grand roi de France. Il agrandit le domaine de plusieurs châtelleries d'Ile de France et du comté de Corbeil, de plus il pacifie le domaine royal et améliore son administration. Le mariage qu'il organise entre son fils et Aliénor d'Aquitaine est une brillante manoeuvre pour étendre le pouvoir de la France, bien qu'il ne pouvait en deviner l'issue désastreuse.
Louis VI avait coutume de dire : "Quelle misérable condition est la nôtre de ne jamais savoir et pouvoir tout ensemble ! Jeune, si j'avais su, et vieux, si je pouvais, j'aurais conquis bien des royaumes !"
La justice et les châtiments au Moyen-Âge
Ne nous y trompons pas. La peine de mort existait au Moyen-Âge, mais, contrairement à une idée largement répandue, elle était peu appliquée.
En matière de justice, deux concepts coexistaient:
- le premier se réclamait du droit romain. C'était celui du Roi et de l'Eglise. Il consistait en l'application de la justice en vertu de lois et de décrets écrits;
- le second est celui du peuple et des seigneurs. Il dérivait du droit germanique, et consistait en l'application plus ou moins arbitraire de châtiments infligés par le seigneur, qui s'appuyait sur de vagues concepts, issus d'antiques traditions. Aucune loi écrite ne régissait cette justice.
Ces deux concepts, droit romain et droit germanique, s'affrontèrent tout au long du Moyen-Âge. Mais la principale nouveauté apparue à l'époque était l'ordalie.
Le principe de l'ordalie consiste à soumettre l'accusé à une épreuve physique, qui, s'il en sort indemne prouvera sa bonne foi. Dieu l'aura innocenté. Il s'agissait le plus souvent de tenir un fer rouge dans sa main pendant un long moment ou de plonger le bras dans de l'eau bouillante. Les innocents étaient donc rares.
La torture fut pratiquée pendant tout le Moyen Âge mais c'est surtout au bas Moyen Âge, à partir du XIIIième siècle, qu'on l'utilisa dans le but de contrôler les vices et les travers de la société. Officiellement la torture est justifiée pour rechercher la preuve criminelle (l'aveu ou la dénonciation de complices), officieusement les méthodes sont souvent excessives et injustifiées.
A partir du XIIième siècle l'Eglise va considérer que la lutte contre la criminalité religieuse est désormais sa priorité. Elle institue pour cela le tribunal inquisitoire chargé de réunir les preuves essentiellement par l'aveu. En effet, au Moyen Âge, c'est l'autorité qui régit tout. L'autorité suprême étant celle des Ecritures, l'Eglise est idéalement placée pour fournir une interprétation des Evangiles faisant donc autorité.
L'Eglise voyait dans les Evangiles des références claires à l'aveu, c'est comme ça que la procédure inquisitoire s'est développée . Car selon le droit médiéval l'aveu rend la chose notoire et manifeste, il devient la preuve incontestable de la culpabilité de l'accusé.
Torture d'un homosexuel
L'Eglise précise que l'aveu doit être spontané et non extorqué ou proféré sous la colère. Mais la justice laïque accordera la même importance à toutes les formes d'aveu.
C'est pourquoi la pratique de la torture (violence physique pour arracher une vérité) avec tous ses excès s'organise et se généralise. Cependant l'aveu ne pouvait à lui seul emporter la condamnation. Il devait être accompagné d'indices annexes et de présomptions.
Mais il l'emportait tout de même sur n'importe quelle autre preuve. C'est pourquoi un juge ne pouvait pas condamner à mort un suspect qui n'aurait pas avoué même sous la torture. Le suspect n'était pas innocenté par sa résistance mais il ne pouvait plus être condamné à mort. " De là la recommandation souvent faite aux juges de ne pas soumettre à la question un suspect suffisamment convaincu des crimes les plus graves, car s'il venait à résister à la torture, le juge n'aurait plus le droit de lui infliger la peine de mort, que pourtant il mérite ". Il existait une législation sur l'usage de la torture même si elle n'est pas souvent respectée.
En étaient dispensés les femmes enceintes, les mineurs de moins de 14 ans et aurait dû l'être selon Saint-Louis toute personne honnête et de bonne volonté même les pauvres. Il faudra attendre de nombreux abus avant que certains aveux obtenus par la force ne soient refusés et que les méthodes ne soient codifiées.
La fin du Moyen Âge notamment montre une volonté de contrôler les dérives et voit la mise en place de la question préparatoire. C'est une forme de torture psychologique pour éviter de passer à la torture physique qui consiste à effrayer le condamné en lui présentant les différents instruments et techniques qu'il va subir s'il n'avoue pas, puis à le lier nu et le laisser seul face à sa peur.
Cela a permis généralement d'éviter de passer à la torture physique ou question définitive. On appliquait notamment cette méthode pour les enfants ou les vieillards. Les supplices sont nombreux et le plus souvent adaptés à une situation précise. Les supplices variaient selon le criminel et la nature du crime commis sur le principe qu'il faut payer par là où on a péché (couper le poing pour les parricides…).
Mais on peut néanmoins distinguer trois catégories de supplices : - la question ordinaire qui regroupe les tortures les plus supportables, qui n'ont pour objectif que d'obtenir l'aveu . - la question extraordinaire qui regroupe les tortures les plus insupportables, qui constituent généralement la première étape de la peine de mort . - Les tortures additionnelles (arrachage des chairs à l'aide de pinces rougies…).
Le plus grand sadisme vient cependant des soins prodigués entre chaque séance. Le prisonnier est nourri, rafraîchi, frictionné voire même complimenté sur son courage. Ce moment le fragilise considérablement au point de le faire fléchir et avouer son crime. Parmi les tortures et les exécutions les plus courantes ou les plus connues citons l'élongation (qui consistait à étirer la personne sur une longue table de bois, les tortionnaires n'hésitant pas à couper les muscles pour éviter une trop rapide dislocation).
A l’époque...
Apparition du métier à tisser de basse lice.
Parution de La chanson de Roland, la plus célèbre des chansons de geste, qui relate les exploits des guerriers francs.
Saint Bernard fonde l'abbaye de Clairvaux (1115).
Fondation de l'Ordre des Templiers (1119).
L'achèvement de Cluny III marque l'apogée de l'architecture romane en France (1118).
Parution du premier guide "touristique". Il s'agit d'un guide rédigé par Aimery Picaud, pour faciliter le voyage des pélerins à Compostelle, centre de pélerinage devenu aussi important que Rome ou Jérusalem (1130).
La création de l'Ordre du Temple
Les premiers pélerins qui partaient vers la Terre Sainte n'étaient pas en sécurité. En réalité, ils étaient fréquemment volés, pillés, assassinés en chemin.
L'idée de créer une milice du Christ (militia Christi), chargée de les protégerdate de 1113, époque à laquelle l'ordre de l'Hôpital, reconnu la même année, fut chargé de s'occuper de ces pèlerins.
Templiers protégeant les pèlerins en Terre Sainte
Ainsi, les chanoines s'occuperaient des affaires liturgiques, l'ordre de l'Hôpital des fonctions charitables et la milice du Christ de la fonction purement militaire de protection des pèlerins.
Cette répartition ternaire des tâches reproduisait l'organisation de la société médiévale, qui était composée de prêtres (oratores), de guerriers (bellatores) et de paysans (laboratores).
C'est ainsi que l'ordre du Temple, qui se nommait à cette époque militia Christi, prit naissance.
C'est le 23 janvier 1120, lors du concile de Naplouse que naquit, sous l'impulsion d'Hugues de Payns et Geoffroy de St-Omer, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (en latin : pauperes commilitones Christi Templique Solomonici), qui avait pour mission de sécuriser le voyage des pèlerins affluant d'Occident depuis la reconquête de Jérusalem.
Dans un premier temps, Payns et St-Omer se concentrèrent sur le défilé d'Athlit, un endroit particulièrement dangereux sur la route empruntée par les pèlerins. Par la suite, l'une des plus grandes places fortes templières en Terre Sainte fut construite à cet endroit : le château Pèlerin. Le nouvel ordre ainsi créé ne pouvait survivre qu'avec l'appui de personnes influentes. Hugues de Payns réussit à convaincre le roi de Jérusalem Baudouin II de l'utilité d'une telle milice, chose assez aisée au vu de l'insécurité régnant dans la région à cette époque. Les chevaliers prononcèrent les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Ils reçurent du patriarche Gormond de Picquigny la mission de « garder voies et chemins contre les brigands, pour le salut des pèlerins » (« ut vias et itinera, ad salutem peregrinorum contra latrones » pour la rémission de leurs péchés.
Le roi Baudouin II leur octroya une partie de son palais de Jérusalem, à l'emplacement du Temple de Salomon, qui donna par la suite le nom de Templiers ou de chevaliers du Temple. Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer ne furent pas les seuls chevaliers à avoir fait partie de la milice avant que celle-ci ne devienne l'ordre du Temple.
Le premier don (de trente livres angevines) reçu par l'ordre du Temple vint de Foulque, comte d'Anjou, qui devint par la suite roi de Jérusalem
La chanson de Roland
La Chanson de Roland est la plus célèbre des chansons de geste. Créée à la fin du XIe siècle par un poète anonyme – que certains croient être Turolde, dont on peut lire le nom dans la dernière laisse du poème –, elle raconte, en l’amplifiant et le dramatisant, un épisode des guerres menées par Charlemagne contre les Sarrasins : la désastreuse bataille qui se serait déroulée à Roncevaux.
Une bande dessinée: la chanson de Roland sur un vitrail. Souvenons-nous que l'homme du Moyen-Âge ne savait pas lire. Il fallait donc être clair et concis.
Charlemagne fait la guerre en Espagne depuis sept ans. Il rentre en France après avoir soumis Pampelune, mais il a été trahi par un de ses barons, Ganelon. Au passage de Roncevaux, le traître le convainc de placer Roland à la tête de l’arrière-garde. Onze autres barons se joignent à Roland, qui se choisissent seulement 20 000 chevaliers – pour s’opposer aux 100 000 "Sarrasins" qui vont les attaquer. Avant la bataille, Olivier, son meilleur ami, tente de convaincre Roland d’appeler Charlemagne à la rescousse, mais il refuse, par orgueil. Tout le monde mourra, les 100 000 "Sarrasins" et les 20 000 Français. Roland meurt le dernier, juste avant l’arrivée de Charlemagne, qui anéantit le reste de l’armée ennemie (de 300 000 hommes). L’archange Gabriel emporte l’âme de Roland au paradis.
Depuis, les historiens affirment que les Sarrasins étaient...des Basques !
La chanson de Roland (Parchemin de l'époque)
Bon à savoir...
Ces expressions qui nous viennent du Moyen-Âge
Crier Haro
Crier haro sur quelqu'un signifie manifester énergiquement sa réprobation et réclamer un châtiment pour la personne en question." Haro! Haro! " était le cri que l'on entendait lorsqu'un badaud se faisait couper sa bourse ou un chevalier arracher son manteau.
Croquer le marmot
Attendre, faire le poireau en se morfondant. Croquer voulait dire " frapper ". Et croquer le marmot signifiait cogner avec impatience le heurtoir de la porte.
Dans son for intérieur
Le forum désignait la place publique. Au Moyen Age, le mot pris le sens technique de juridiction et surtout juridiction ecclésiastique (pouvoirs de l'Église, en matière de justice, et leur étendue.) On distinguait le for intérieur (l’Église pouvait sanctionner les fautes commises par le biais de la confession et des pénitences), du for extérieur (toutes les affaires touchant à la religion, de près ou de loin, étaient jugées par des tribunaux ecclésiastiques). La distinction changea peu à peu de sens avec les siècles : for intérieur étant notre conscience qui nous juge, le for extérieur, les institutions, juges et tribunaux.
De bon aloi
Sens : de bonne qualité. Métaphore du XIIIème siècle.
Découvrir le pot aux roses
Sens : découvrir le fin mot de l'histoire, le secret, la réalité cachée. Expression très ancienne dont on ne connaît pas la véritable histoire. Soit pot à fard à joues : Le trouver suppose qu'on connaisse bien la femme qui le possède et qu'elle n'ait plus de secret à cacher. Soit essence de rose - produit rare et précieux dont les parfumeurs auraient soigneusement dissimulé les procédés de fabrication. Le pot aux roses serait l'appareil permettant de distiller ce parfum de luxe. Soit une poudre produite par les alchimistes au cours de l'une de leurs opérations. Ici, le pot aux roses serait la cornue alchimique, objet bien caché s'il en fut.
D'estoc et de taille
Sens : De la pointe (estoc) ou du tranchant (taille ou taillant), c’est-à-dire en se battant. Frapper d'estoc et de taille signifiait donc se battre avec acharnement, en portant tous les coups possibles. En moyen français, l’expression fut utilisée de manière imagée, parfois en dehors de tout contexte belliqueux, pour dire de quelque manière que ce soit, par tous les moyens.
Dieu reconnaîtra les siens
Lors de la croisade contre les cathares, des hérétiques du sud de la France, le légat du pape Arnaud Amaury se présente devant Béziers le 22 juillet 1209., L'assaut est donné par l’armée. La ville tombe et Arnaud Amaury commande à ses hommes, qui ne savaient comment reconnaître les bons chrétiens des hérétiques : " Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! " Mot historique devenu proverbe, on l’emploie chaque fois qu'un châtiment frappe indifféremment innocents et coupables.
Elever sur le pavois
Sens : mettre sur le trône, désigner comme roi et au sens figuré, mettre en honneur, faire grand cas de quelque chose. Allusion aux Francs qui avaient coutume, après avoir choisi leurs rois, de les porter en triomphe sur de larges boucliers, appelés pavois. Pavois vient de Pavie, en Italie, ville où auraient été fabriqués les premiers de ces boucliers.
Entrer en lice
Sens : s'apprêter à combattre, s’engager dans une compétition, intervenir dans un débat. Les lices étaient les espaces clos où avaient lieu les tournois à proximité des châteaux. La cour intérieure de ceux-ci était souvent exiguë et toujours encombrée de petits bâtiments: écuries, chenil, four, puits...
Espèces sonnantes et trébuchantes
Au Moyen Age, l'aloi était la proportion d'or ou d'argent contenue dans une pièce de monnaie. Aujourd’hui, de bon ou de mauvais aloi signifie de bonne ou de mauvaise qualité. Lorsqu’elles sonnaient, elles étaient de bon aloi car elles rendaient un son vif et plaisant; trébuchantes, parce qu'on pouvait en vérifier le poids à l'aide d'une petite balance encore appelée trébuchet.
Etre grand clerc
Sens : être très savant, lettré. Les membres du clergé étaient les seuls, ou presque, à posséder le savoir. Ils consultaient les manuscrits conservés dans les monastères. Les écoles se trouvaient dans les abbayes et pour s’instruire, il fallait bien souvent entrer dans les ordres. Beaucoup de clercs se mariaient et n'entretenaient avec l’Église que des rapports lointains. Ils portaient la tonsure, signe de leur état. Au XVIIème siècle, le mot clerc se teinte d’ironie, et l'expression être grand clerc signifie : un homme qui fait le savant.
Etre sur la sellette
Sens : être exposé au jugement d’autrui, à la critique ou se trouver en position délicate. La sellette était le petit banc de bois sur lequel s'asseyait l'accusé interrogé par ses juges. Le siège était très bas pour des raisons psychologiques et symboliques. L’accusé se trouvait dans une posture tout à la fois inconfortable et humiliante.
Faire amende honorable
Sens actuel : présenter ses excuses, reconnaître qu'on a eu tort. Au Moyen Age, les châtiments étaient publics afin qu’ils servent d'exemples. Les hérétiques ou ceux qui étaient accusés de sorcellerie, étaient condamnés à reconnaître solennellement leurs fautes.
Faire bonne chère
Sens : bien manger. En ancien français, chière désignait le visage. Faire bonne chière devenait donc faire bonne mine à quelqu'un, l'accueillir aimablement.
Faire Charlemagne
Quitter le jeu sur un gain sans laisser à ses adversaires la possibilité de prendre leur revanche. Vraisemblablement nom d'une carte à jouer et non celui de l'empereur.
Faire des gorges chaudes
Sens : se moquer méchamment, avec joie et devant beaucoup de gens. Au Moyen Age, les gorges chaudes étaient les petits animaux (souris, mulots) que l'on donnait vivants à l'oiseau de proie.
Faire grève
Sens : Cesser volontairement le travail pour obtenir des avantages. A Paris, les ouvriers sans travail se réunissaient sur la place de Grève, le long de la Seine et attendaient une éventuelle offre d’embauche.
Faire la nique à
Sens : se moquer de quelqu’un, le narguer. Au Moyen Age, nique indiquait un signe de mépris qui consistait à lever le nez en l'air avec impertinence.
Faire le Jacques
Sens : se conduire stupidement, faire l'idiot. Jacques était le nom donné à l’idiot du village et Jacques Bonhomme, celui du paysan, considéré traditionnellement comme lourd et nigaud. L’expression fait donc aussi allusion à la prétendue bêtise des paysans.
Gagner ses éperons
Obtenir une situation plus élevée, prendre du galon. Lors de son adoubement, le nouveau chevalier recevait les armes, signes de son état : l'épée et les éperons symboles de son rôle de guide et de chef.
Acheter chat en poche
Expression très ancienne utilisée dès 1400. La poche dont il est ici question est un sac. Elle signifie acheter ou recevoir quelque chose sans en vérifier sa nature ou son état. Le chat est figure très souvent dans les expressions et les proverbes. Au Moyen Age, il passait pour diabolique, sans doute à cause de son caractère mystérieux et indépendant.
À la queue leu leu
Aujourd'hui l’expression signifie " l'un derrière l'autre ". Leu est la forme ancienne du mot loup (parfois lou). A la queue leu leu devrait donc se lire à la queue du loup le loup. Au Moyen Age, les loups étaient très nombreux et se déplaçaient en bandes, souvent l'un derrière l'autre. Leur apparition était redoutée par la population.
Avoir maille à partir
Avoir un différend, être en conflit, être en contestation avec quelqu'un. La maille dont il est question ici est une monnaie, la plus petite qu'il existait sous les Capétiens alors que partir signifiait partager. On ne pouvait donc pas la partager. Ceux qui devaient le faire finissaient toujours par se disputer. Aujourd'hui, l'homonymie entre maille (monnaie) et maille (tricot) et partir (partager) et partir (s'éloigne, s'en aller) a permis à l'expression de subsister.
Crimes et Châtiments au Moyen âge.
Une exécution capitale au Moyen Age est un spectacle d'une rare intensité. C’est un grand moment de la vie médiévale, d'autant plus qu'elle est rare. Une fois la sentence de mort prononcée, l'exécution capitale a lieu de façon quasi immédiate et elle se déroule en suivant un rituel très strict. Le mode d'exécution varie selon le statut social ; en général les nobles sont décapités avant d'être pendus et ils gardent effectivement leurs vêtements distinctifs, fourrures et éperons, alors que les roturiers sont déshabillés et pendent, en chemise, au gibet
Le mode d'exécution capitale varie aussi selon la nature du crime commis. Les auteurs de meurtres sont traînés sur une claie avant de subir la pendaison qui, en général, est réservée aux larrons. Les criminels de lèse-majesté sont décapités. En revanche, les faux-monnayeurs sont en principe bouillis dans un grand chaudron, les sorciers et sorcières, comme les hérétiques, sont brûlés, les auteurs de crimes sexuels comme la bestialité, l'homosexualité ou l'inceste sont aussi brûlés. Les femmes sont plus facilement enfouies vivantes dans une fosse au pied du gibet ou brûlées comme les hommes, mais certaines peuvent aussi être pendues.
La peine de mort la plus répandue est la pendaison, à laquelle n'échappent pas ceux qui sont décapités, y compris quand une partie de leurs membres restent fichés sur des lances pour être présentés sur des places publiques ou aux portes de la ville. Ce qui subsiste de leur corps est pendu au gibet où il est parfois mis en sac.
Le cheminement vers le lieu d'exécution et l'exécution elle-même sont l'objet d'une cérémonie dont tous les moments ont un sens. La rue qui conduit au supplice est, dans chaque ville, toujours la même et elle doit être peuplée par un abondant public : le cortège passe donc de jour, à une heure d'activité, si possible un jour de marché. La foule peut aussi être sollicitée lors des arrêts du cortège, en général aux carrefours, pour insulter le condamné ou lui jeter des pierres et de la boue. "Battez fort et n'épargnez point ce paillart, car il a bien pis desservi !", crie encore le public sous le règne de Louis XI. Le condamné est mis dans une charrette, la charrette d'infamie qui est aussi celle de la boue des rues et des ordures. Au moment de l'exécution, un responsable de la justice crie l'acte d'accusation, le dictum, au peuple qui l'écoute. Puis le bourreau fait son office. Les gestes et les cris qui scandent ces cérémonies ont un sens symbolique. La peine doit prendre une valeur exemplaire et le pouvoir affirme ainsi sa force. Il manifeste aux yeux de tous qu'il peut être pouvoir de mort. Et le roi lui-même disait qu' "on ne punit pas le malfaiteur pour le méfait mais pour l'exemple".
Enfin, à partir du XVI siècle, l'éclat des supplices devient un spectacle terrorisant, en particulier quand il s'agit de lèse-majesté. D'ailleurs les gibets, placés en dehors des villes et à proximité des murailles, ont un effet dissuasif. A Arras ou à Amiens, la ville se trouve ainsi ceinturée de cadavres qui participent à l'expression de son autorité. La foule est donc là pour prendre exemple et, parce qu'elle est terrorisée, pour être dominée. Mais la foule est aussi là pour participer à l'exécution et sa présence est nécessaire à l'accomplissement de la peine. Elle est témoin de l'infamie qui, peu à peu, au cours du rituel judiciaire, rejette le condamné hors du monde des vivants, l'exclut comme inutile au monde et irrécupérable. Tout concourt à construire l'infamie du condamné dont l'honneur doit être bafoué pour qu'il y ait mise à mort La présence du public garantit l'efficacité de la honte et du souvenir de la peine.
A une époque où l'honneur se manifeste plutôt par la renommée, c'est-à-dire par le regard et le jugement que les autres portent sur l'individu, ces cérémonies créent une infamie irréversible. Certains demandent à être condamnés de nuit, et si possible à être noyés plutôt que d'être pendus tant le déshonneur du gibet retombe sur l'ensemble de la parenté. Car le souvenir de la peine perdure au-delà du temps du châtiment. Les corps pendus restent parfois plusieurs années au gibet, jusqu'à tomber en poussière, et il faut une autorisation spéciale de la justice pour que les parents puissent les retirer et les faire enterrer.
Le rituel de la peine de mort, tel qu'il est installé à la fin du Moyen Age, montre bien que la condamnation est vivement ressentie comme une atteinte à l'honneur personnel et familial. Mais le peuple est aussi là pour être actif. Comme nous l'avons vu, il intervient par des gestes et des cris qui rappellent le lynchage. A l'inverse, sa présence peut se révéler bénéfique. En effet, jusqu'à la dernière minute, la foule peut intervenir pour faire en sorte que le condamné soit gracié.
Le fou, comme l'enfant mineur ou la femme enceinte, ne peut pas être condamné à mort. D'autres peuvent arguer du statut de clerc. En principe jugé par des tribunaux ecclésiastiques, le clerc coupable ne peut pas être condamné à mort car la justice d’Eglise ne répand pas le sang, en vertu de la loi divine " Tu ne tueras point ". Les représentants de la loi ont beau dire qu'il est interdit d'empêcher une exécution capitale, la résistance reste vive. Parfois, une simple jeune fille du peuple peut se précipiter pour obtenir la grâce du condamné en promettant de l'épouser si celui-ci est jeune homme à marier.
Enfin le peuple guette les moindres signes qui peuvent prouver une intervention divine avant l'exécution : la corde qui se casse au moment du supplice, l'échelle du bourreau qui se révèle trop courre ou qui se brise, les liens du supplicié qui tombent d'eux-mêmes. Si le bourreau a un geste malheureux et rate une première fois sa victime, la preuve peut être faite que Dieu a arrêté son bras. Ces miracles n'existent que par le public qui les décèle et qui les interprète. Alors des cris s'élèvent pour sauver le supplicié car Dieu a parlé par la bouche du peuple.
C'est dire que, jusqu'à la fin du Moyen Age, la condamnation à mort suppose l'assentiment d'une foule unanime dont l'accord tacite vient compléter la décision prise par les juges. La cérémonie du parcours rituel est là pour créer cette unanimité, pour discipliner ce qui pourrait n'être qu'un simple lynchage. Exclure est un acte grave, contre nature, et pour le mener à bien, il faut encore l'accord de tous.
Dans ces conditions, la peine de mort reste rare. Pendant le Haut Moyen Age, si on considère la loi salique, les exécutions capitales ne sont pas prévues. Les auteurs d'homicides ou de vols sont condamnés à des compositions financières. Les rois mérovingiens affirment bien le principe de la peine de mort, mais ils l'exercent surtout en cas de crimes politiques ou de crimes de mœurs, en particulier en cas d'adultère, après que l'accusé eût été soumis à l'ordalie. La décision n'est prise qu'après recours à la volonté de Dieu qui se manifeste par la preuve ordalique. En revanche, les auteurs de crimes de sang ne font pas l'objet de poursuites publiques systématiques ; la résolution des conflits se fait sur un mode privé, selon les lois de la vengeance Celui qui a été tué trouve dans sa parenté un vengeur qui rend le sang pour le sang. Une amende peut alors venir limiter la vengeance, ou alors celle-ci s'arrête d'elle-même car son déroulement est, lui aussi, soumis à des lois tacites. Seuls les auteurs de parricides peuvent être condamnés à des peines spectaculaires. Des pèlerinages pénitentiels très rigoureux les conduisent, avec des chaînes et en chemise, jusqu'à des sanctuaires lointains où ils viennent prier pour expier leur faute et espérer leur délivrance.
Les actes de la pratique montrent que le vol peut faire l'objet d'un nombre infini de décisions judiciaires. Il est totalement excusé en cas de pauvreté, selon l'excuse d'extrême nécessité, elle-même reconnue par le droit de l’Eglise ; il est le plus souvent soumis à des amendes soigneusement tarifées. Enfin, surtout s'il s'agit de larrons inconnus, le coupable peut être seulement essorillé ou encore battu de verges puis banni. Les coupables peuvent être emprisonnés quelques jours ; ils sont très vite relâchés. Rares sont les condamnations à mort.
Le bannissement intervient aussi très rarement, en principe en cas de récidive. La justice frappe de temps en temps, dur et fort, en accord avec la communauté qui cherche à expulser ceux qui lui nuisent. Mais le plus grand nombre des conflits continue à relever des résolutions privées, y compris pour les crimes les plus graves qui auraient dû déboucher sur la peine de mort. Punir pour l'exemple a donc comme corollaire l'existence de ces transactions dont le but est de faire la paix entre les parties adverses plutôt que de clamer aux yeux de tous la vérité du cas et la puissance coercitive du souverain.
La mise à mort reste un phénomène marginal et inquiétant. En règle générale la présence du gibet inspire à la fois fascination et répulsion. Au début du XV siècle le prévôt de Paris, fut obligé d'interdire la fréquentation des gibets parisiens car les os et le sang des suppliciés servaient à confectionner des poudres utilisées en sorcellerie.
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