Mise à jour le Dimanche, 13 Décembre 2009 18:18
Écrit par Philippe
Jeudi, 26 Novembre 2009 18:47
Le journal de Paris
1163
Une cathédrale pour Paris
Le Contexte
Nous sommes en 1163 après J.C.
Des centaines d'artisans s'affairent, au coeur de Paris: des manœuvres, des hommes de corvée, des apprentis, des centaines d’ouvriers spécialisés (on disait alors des œuvriers du mot œuvre) et des bénévoles. Tous étaient guidés par les maîtres qui dirigeaient le construction : le maçon, le menuisier, le verrier…
Le tailleur de pierres
Il ne faudrait pas croire que seuls les hommes travaillaient à cet immense édifice ! Un grand nombre de femmes, selon leurs forces et leurs talents, participaient à la construction de Notre-Dame de Paris : certaines faisaient le mortier, d’autres le plâtre, d’autres encore les décors…
Des tailleurs de pierres, des maçons, des architectes, des sculpteurs, des peintres, des verriers, tous sont concentrés sur leur travail, puisqu'ils sont payés à la pièce...
Mais le chantier attire d'ailleurs toutes sortes de commerçants, aptes à satisfaire les besoins de la multitude d'ouvriers qui grouillaient sur le parvis: aubergistes, drapiers, bateleurs, commerces de bouche, barbiers, et prostituées, en grand nombre.
L'animation est incroyable, et elle ne fait que commencer; les voisins peuvent se plaindre du bruit, mais ils devront attendre presque 100 ans pour que le chantier soit terminé.
La cathédrale Notre-Dame de Paris, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, sort lentement de terre, et ne sera achevée qu'en...1272 !
Louis VII et sa femme
Le roi Louis VII, son compagnon de classe, favorise le projetde Maurice de Sully, nommé évêque de Paris en 1160. Celui-ci décide de donner à la capitale une cathédrale digne de la première ville de France. Il veut la faire construire dans le style d’alors, style que l’on appelle aujourd’hui le style gothique.
L’Église, les notables de la ville et le peuple tout entier participent : les uns offrent de l’argent, les autres leur travail, leur savoir-faire. Tous les artisans, architectes et ouvriers offriront d’une manière égale leurs efforts à Dieu et à Marie.
Marie, la Mère de Dieu, c’est à elle que l’évêque Maurice a voulu dédier la cathédrale toute entière, elle lui est consacrée, Notre-Dame de Paris ! On ne compte d’ailleurs pas moins de 37 représentations de la Vierge (sculptures, peintures, vitraux…).
Ah ! Si j'étais au parvis !
Peu après l'achèvement de la cathédrale, en 1302, Philippe le Bel y organisa les premiers Etats Généraux de France.
Rue de Paris au XIIè siècle
Et il déclara le parvis zone libre de commerce, où les marchands étaient exemptés de taxes. L'endroit devint vite très recherché par les commerçants de tout poil.
Ce privilège rendait les autres marchands parisiens jaloux, qui soupiraient avec envie: "Ah ! Si j'étais au parvis !".
La construction de Notre-Dame
Maurice de Sully fera raser l'église du VIème siècle dédiée à Saint-Etienne, en préservant le portail d'Etienne de Garlande (portail Sainte-Anne de la façade occidentale).
Chantier de construction de Notre-Dame de Paris
Le royaume de Louis VII connaissait alors une période d'essor exceptionnelle. La nouvelle cathédrale mobilisera 5.500 m² de surface au sol. Le tissu urbain sera profondément transformé. Le projet entraînera la destruction des tous les abords, à l'exception de l'enclos canonial et du baptistère. Un parvis sera aménagé par le déplacement, à l'Est de la façade occidentale.
Les travaux débuteront à partir du chevet. L'élévation intérieure s'étagera sur quatre niveaux, avec une file de roses au-dessus des galeries. Les tribunes seront ouvertes vers l'extérieur. Il n'existera aucun arc-boutant. Les travaux dureront près de deux siècles (de 1163 à 1351).
L'architecte de génie à l'origine du projet demeure inconnu. Un nouvel architecte, désigné dans les années 1170, entreprendra l'ouverture des tribunes sur la nef par trois baies au lieu de deux. Le maître-autel sera consacré en 1182 par le cardinal légat. Un troisième architecte lancera, avant l'achèvement de la nef, la construction du massif occidental jusqu'au niveau de la galerie des Rois. Il réalisera également le parvis. La façade sera raccordée aux maçonneries de la nef, vers 1210-1220, par un quatrième architecte. Celui-ci modifiera le projet initial en remplaçant la formule de la colonne par une composition similaire à celle de la cathédrale de Chartres.
Tailleur de pierres
Le projet subira, au XIIIème siècle et au début du XIVème siècle, d'importantes modifications dans le style du gothique rayonnant qui permettront d'ouvrir la cathédrale à la lumière. Les fenêtres des parties hautes de la nef seront agrandies vers 1225-1230. Les transformations entraîneront la disparition du niveau des roses. La toiture des combles des tribunes sera remplacée par des terrasses et des arc-boutants qui permettront l'évacuation des eaux de pluie. La flèche sera érigée au centre du transept.
Jean de Chelles se verra confier la réalisation de nouvelles façades de chaque coté du transept et réalisera le coté Nord. Les fondations seront élargies, entre 1250 et 1258, afin de construire les chapelles. Pierre de Montreuil, célèbre bâtisseur et architecte de la Sainte-Chapelle à qui l'on doit l'agrandissement de Saint-Germain-des-Prés, lui succèdera en 1265. Il donnera naissance aux premières chapelles du choeur.
Pierre de Chelles et Jean Ravy prendront le relais, de 1296 à 1325. Ils lanceront les grands arcs-boutants à simple volée au-dessus de l'abside et entreprendront la construction du jubé et de la clôture de pierre fermant le choeur. Jean le Bouteiller, neveu de Jean Ravy, achèvera les travaux en 1351. Ces bâtisseurs de génie, qui consacreront le meilleur de leur art à la création du monument, mobiliseront une armée de tailleurs de pierres, charpentiers, forgerons, sculpteurs et de verriers. La frise qui orne le déambulatoire date du milieu du XIVème siècle, période au cours de laquelle presque la moitié de la population française, soit environ dix millions de personnes, périra de la peste. Les couleurs des tableaux sculptés (la plupart sont l'oeuvre de jean Ravy) ont été rénovées pour le huitième centenaire de la cathédrale en 1963.
Bien avant son achèvement, Notre-Dame sera le théâtre d'événements religieux et politiques qui marqueront l'histoire de France. Saint Louis y déposera la Couronne d'Epines en 1239, avant la consécration de la Sainte-Chapelle. Philippe le Bel, opposé à Boniface VIII après la disparition violente des Templiers, réunira les premiers Etats généraux du Royaume à Notre-Dame en 1302, afin d'affirmer l'indépendance de la France à l'égard de la papauté. Cette dernière s'installera, à partir de 1305, à Avignon pour une durée de soixante-dix ans.
Le jeune roi d'Angleterre, Henri VI, y sera couronné en 1430. Le procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc s'ouvrira à Notre-Dame en 1455. Le très politique mariage de la catholique Marguerite de Valois et du huguenot Henri de Navarre sera célébré dans la cathédrale en 1572. Ce dernier devra rester à la porte au cours de la cérémonie : "Paris vaut bien une messe" dira-t-il à cette occasion ...
Mais c'est une autre histoire...
La révolution de l'art Gothique
Pour équilibrer l’immense cathédrale et qu’elle ne s’écroule pas, les architectes se servent des pressions entre ses différentes parties.
Cette technique s’appelle la maîtrise des forces. Grâce au nouveau principe de la croisée d’ogives (une croix de pierres soutenues par quatre piliers), le poids est reporté du centre de la voûte vers ses supports.
Croisée d'ogives
Les arcs-boutants soutiennent la voûte en la poussant vers l’intérieur. Enfin, le haut de la cathédrale s’appuie sur la base au niveau des culées. Ce principe de circulation des poussées est la grande découverte de l’art gothique.
Arc boutant
A TABLE AU MOYEN-ÂGE
A table chaque convive était disposé selon sa condition sociale, plus on se trouvait proche du seigneur qui organisait le festin (et qui se trouvait à la table centrale) plus la condition sociale était haute. Les tables étaient disposées en forme de U pour laisser un espace libre au centre et éviter que les convives ne se tournent le dos. Les tables bien fournies étaient signe de pouvoir et de richesse.
La fourchette n'existait pas, une tranche de pain servait à soutenir les aliments sucrés ou salés, chauds ou froids, elle s'appellait "tranchoir".
Pour la décoration on disposait sur la table des bols avec des fleurs séchées ou des oranges piquées de clous de girofles.
Les convives se servaient de ce qu'ils désiraient et de ce qui était à leur portée mais étaient obligés par politesse de finir leurs plats. Il était impoli de prendre le meilleur morceau et même de remettre un morceau entamé dans son plat. La table était alors nomade. On la dressait, au sens propre, au moyen d'une planche et de deux tréteaux, dans n'importe quelle pièce de la maison. D'où l'expression "dresser la table".
Le pain
Le pain est à la base de l'alimentation, plus apprécié par le peuple que par la noblesse. On le cuisait dans un four et on le mangeait quotidiennement avec une soupe de légumes. Les céréales étaient aussi très importantes dans l'alimentation de l'époque. Elles étaient souvent préparées sous forme de pain, et la plus recherchée était le froment .
La viande
En Europe, la viande la plus diffusée était le porc et ses dérivés de charcuterie (jambon, saucisses,lard,...) C'était aussi le principal aliment qui faisait la différence entre les riches et les pauvres.La viande était appellée "chair" et représentait la sexualité.
Le poisson était très consommé,salé ou fumé en période de Carême où la viande les oeufs et le beurre étaient interdits; il était considéré comme nourriture d'abstinence.
Le motif probable est que le mot Ichthus (poisson) rassemble les initiales de la phrase " Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur" (Iesous Christos Théou Uios Sôter)
Les fruits étaient plus consommés par le peuple que par les nobles; pommes, prunes, raisin et poires étaient récoltés dans les jardins, alors que les fraises, framboises et mûres étaient cueillies comme des fruits sauvages en forêt.
Le vin
La boisson principale était le vin, car l'eau pouvait souvent être contaminée et provoquer des maladies.On consommait également une boisson appelée "piquette", fabriquée à partir de raisin, d'eau et de sucre. Au XIe siècle on consommait surtout du vin blanc, mais à partir du XIIe siècle la préférence va au vin rouge. Les autres boissons appréciées étaient le cidre, la bière (cervoise) et les breuvages aux herbes, servis pour faciliter la digestion.
Notre-Dame de France
Porté par la vision grandiose de Maurice de Sully, c'est tout un peuple qui a façonné la cathédrale de Paris. Ces siècles imprégnés de spiritualité, qui contrastent en cela avec le nôtre, surent magnifier , le plus souvent bénévolement, les croyances de l'époque.
Notre-Dame fut le témoin (involontaire) de l'exécution de Jacques de Molay, le Grand Maître des Templiers, des processions du bon roi Henri IV, des dévotions de Louis XIII, et des victoires de Louis XIV. Les voix de Bossuet, Lacordaire et Bourdaloue y ont résonné.
Napoléon Ier y fut couronné empereur par Pie VII. Viollet le Duc, en une magistrale restauration, y a laissé la marque de son génie. Et en 1945, un Te Deum y a célébré la fin de la Seconde guerre mondiale.
Le chef d'oeuvre gothique de l'Île de la Cité concentrait en ses murs les grandes heures de Paris, donc de l'Histoire de France.
Prière lancée vesr le ciel, prodigieuse construction humaine, Notre-Dame de Paris continue d'incarner, à travers les siècles, le génie de la civilisation occidentale.
Qui était Maurice de Sully ?
Aucun lien de parenté avec le futur ministre d'Henri IV (vous savez, la poule au pot !) Le promoteur de Notre-Dame de Paris était pourtant bien loin d'ignorer la pauvreté. Ce petit paysan, arrivé vingt ans plus tôt à pied depuis la Loire en mendiant son pain, savait bien ce qu'une cathédrale représentait pour les pauvres: un refuge à leur misère, un lieu de prière et de fête, et une Bible de pierre capable d'ouvrir le coeur des plus humbles au Mystère de la foi.
Brillant prédicateur, adulé de ses élèves, il se dévoua corps et âme à ce grand oeuvre, jusqu'à son dernier souffle.
Sceau de Maurice de Sully
Il voulait dédier à Paris, désormais capitale incontestée du Royaume de France, une cathédrale digne de ce nom.
Il y parviendra.
A côté des artisans engagés et payés, il y avait d'innombrables volontaires venus souvent de loin offrir leurs bras à ce chantier divin.
Malgré le manque de subsides, que Maurice de Sully s'évertuait à récolter, les intempéries, les épidémies décimaient les ouvriers.
Ses prières furent exaucées un jour que de jeunes et vigoureux inconnus, "d'une adresse et d'une beauté incomparables" rejoignirent le chantier.
Grâce à ces renforts venus d'on ne sait où, les travaux s'accélérèrent et furent terminés à temps.
Cinquante quatre hommes trouvaient à se loger dans les tours de Notre-Dame, D'ailleurs, à la cathédrale, les pauvres avaient autant droit de cité que les rois.
Une journée ordinaire de Jehan, le parisien
Comme il n' y avai pas de montres ou d'horloges au XIIè siècle, les journées de Jehan étaient rythmées essentiellement par les phénomènes naturels (lever et coucher du soleil), ou les fêtes inscrites dans le calendrier liturgique.
Jehan se lève donc au lever du soleil, réveillé par le coq de Dame Marguerite, sa voisine, qui possède une basse-cour. Après un petit déjeuner frugal, un brouet à base de bouillie de froment, il se dirige vers la Place de Grève, actuelle Place de l'Hôtel de Ville. Comme beaucoup d'autres parisiens, il y cherchera un travail journalier, qui consistera sans doute à décharger les navires marchands qui accostaient à cet endroit, proche des halles de Paris, et qui approvisionnaient la capitale en denrées en provenance de tout le royaume, et même de toute l'Europe.
Costumes du XIIè siècle
Vins de Bourgogne et d'Aquitaine, blé de Beauce et de Brie, légumes et fruits de Loire et d'Île de France, tissus de Flandres et d'Angleterre, cuirs et fourrures d'Allemagne...
Grâce aux marchés, les citadins étaient mieux nourris que les paysans, sauf en période de disette; fruits, légumes, viandes ovine et bovine n'étaient pas si rares.
Marché médiéval
Il déjeuna, vers midi, de pois concassés et d'un peu de saindoux, ce qui était exceptionnel. Les matières grasses étaient rares, et les huiles alimentaires ne furent exportées du sud Méditerranéen vers le Nord que plus tard. En attendant, seuls le saindoux et le lard remplissaient cette foncton.
Il compléta son repas par un hareng saur, fraîchement pêché de Dieppe, et il but une bière, qui remplace depuis peu la cervoise de ses ancêtres les Gaulois. Le vin était aigre, et sucré avec du miel.
Le soir, une soupe de légumes accompagnée d'un peu de pain suffisait à le rassasier.
La journée s'était bien passée. Il se rendra de nouveau demain sur la Place de Grève.
Aojourd'hui, il est fatigué, mais content: il a gagné 2 deniers et une obole, c'est à dire 2 deniers et demi.
S'il parvient à se faire embaucher à temps plein sur le chantier de la nouvelle cathédrale, il aura assez d'argent pour épouser la belle Adèle, belle comme le jour, et déjà âgée de quinze ans.
D'extraordinaires progrès techniques
Les bâtisseurs utilisent des techniques plus sophistiquées, des appareils de levage nouveaux.
Ils sont d’une audace étonnante, ajourant des murs pour placer des rosaces. A l’université, on étudie les mathématiques, qui vont permettre de calculer les poussées et d’élever très haut les voûtes... C’est la naissance de l’art gothique.
De nouveaux instruments de levage
Les échafaudages : on assemble des perches en boisavec des cordes. On y fixe des poulies pour hisser les pierres et les auges de mortier. Ces échafaudages supportent aussi des panneaux d’osier tressé qui servent aux maçons de plates-formes mobiles de travail. Parfois, les maçons travaillent sur de simples planches enfoncées dans le mur.
La grande roue : c’est la grue de l’époque ! Deux hommes marchent à l’intérieur d’une grande roue en bois. En tournant, la roue enroule la corde et soulève les pierres. Ingénieux, non ?
Un écureuil
La brouette : les premières brouettes sont apparues en Chine au 3e siècle après JC. En Europe, il a fallu attendre la construction des premières cathédrales pour que ces petits véhicules à deux bras soient utilisés sur les chantiers.
Brouette et maçon
Comment les tailleurs de pierre étaient-ils payés ?
Tailler des pierres, c'est bien, se faire payer pour le travail effectué, ce n'est pas mal non plus.
Les pierres qui servent à la construction de la cathédrale viennent de carrières, apportées sur des charrettes tirées par des chevaux.
Sur chaque pierre, on trouve trois marques : une pour signaler de quelle carrière vient la pierre ; une autre pour indiquer sa place exacte dans la cathédrale; la dernière est la signature du tailleur qui lui permettra d’être payé !
C'est l'origine de l'expression être payé à la pièce.
Notre-Dame de Paris en long et en large
Notre-Dame mesure 130 mètres de long, 48 de large, 35 de haut et peut contenir bien plus de 6000 personnes !
Nommé évêque de Paris en 1160, Maurice de Sully, le roi Louis VII, l’Église, les notables de la ville et le peuple tout entier participent : les uns offrent de l’argent, les autres leur travail ou leur savoir-faire.
Maurice de Sully fait ouvrir la Rue Neuve pour apporter les matériaux nécessaires, les pierres et les poutres pour la charpente. Au total, c’est près de 21 hectares de chênes qu’il a fallu pour la charpente de Notre-Dame, c’est pour cela qu’on l’appelle "la forêt". Pour la toiture, il a fallu aussi 1 320 plaques de plomb qui pèsent plus de 210 000 kilos !
Notre-Dame de Paris, temple maçonnique ?
Les bâtisseurs des cathédrales, ces « logeurs du Bon Dieu » laissèrent partout des symboles hermétiques, des messages codés et des secrets qu’ils se transmettaient entre eux selon leur grade et le degré de leur savoir.
Car ces ouvriers, ces compagnons, ces maçons sont à l’origine de la franc-maçonnerie et le plus beau « temple » maçonnique s’appelle, selon les initiés, Notre-Dame de Paris, ce qui fait écrire à Victor Hugo à propos de celle-ci : « Au Moyen-âge, le genre humain n’a rien connu d’important qu’il ne l’ait écrit en pierre ».
A l'entrée de la cathédrale, sur le pilier central, là où le profane ne voit qu'une statue de Cybèle, déesse phrygienne de la Sagesse qui porte deux livres et monte une échelle, certains décèlent tout autre chose.
Les neuf barreaux de l'échelle représentent neuf fois la lettre H, qui est celle d'Hermès. Ils symbolisent aussi les neuf degrés pour atteindre la sagesse. C'est un emblème alchimique, de même que le livre ouvert que porte la déesse représente l'ouvrage de l'alchimiste. Ce dernier tente de déchiffrer le deuxième, celui de la nature, qui est fermé. Autre détail important: la déesse est couronnée de nuées. Ce mot vient du latin «nubes». En égyptien, il signifie «or»... L'or des alchimistes.
Mais, contrairement à la légende, ceux-ci se moquaient bien du métal doré: «La métamorphose essentielle est intérieure.» L'emblème de cette transformation, c'est le Christ lui-même, être divin et accompli assimilé aux dieux égyptien Thot, romain Mercure et grec Hermès.
A l'intérieur de l'édifice, les trois immenses rosaces qui ornent les transepts symbolisent cette roue du destin, «ce cheminement de l'ombre vers la lumière».
Celle du nord, la plus sombre, représente à la fois le plomb, la matière brute du chimiste, et l'obscurité, les ténèbres. Celle du sud est de loin la plus belle et la plus ouvragée. Elle s'embrase au coucher du soleil: c'est l'œuvre rouge des alchimistes, le symbole de la plénitude spirituelle.
De l'athanor - le four de la transmutation - gravé sur un bas-relief, aux nombreuses roses, emblèmes de la confrérie des Rose-Croix (qui pratiquait l'alchimie), le spécialiste analyse chaque détail du monument jusqu'au vertige.
L'athanor, four de la transmutation des métaux
La lecture de ces hiéroglyphes spirituels semble infinie. Pourquoi de tels secrets? Pour se protéger: les alchimistes, soupçonnés d'hérésie, étaient persécutés par l'Eglise. C'est donc en toute discrétion qu'ils se retrouvaient, au Moyen Age, sous le portail de droite. Toujours selon ces sources, ils auraient même dissimulé la pierre philosophale, sous la forme d'une poudre marron, dans l'une des colonnes de Notre-Dame.
La pierre philosophale représente pour les alchimistes non seulement le moyen de réaliser la transmutation du plomb en or, mais elle est aussi une promesse d'immortalité. La fabrication apparaît comme un processus long et complexe. Les alchimistes mélangeaient les ingrédients qui devaient permettre l’obtention de la Pierre. Celle-ci devait permettre de tranformer en or pur un métal en fusion en y étant jetée dedans.
Certains, tel Nicolas Flamel, l'un des plus grands alchimistes, prétendirent avoir réussi à fabriquer la Pierre. La Pierre Philosophale est généralement décrite comme une pierre rouge, dure, lourde, sans odeur, liquide à l’état pur.
La pierre philosophale
Pure légende? Des fables, la cathédrale n'en manque pas. On raconte que les serrures de la porte Sainte-Anne seraient l'œuvre du diable. C'est ce qu'affirmait, au Moyen Age, un certain Biscornet, ferronnier de son état: une nuit, alors qu'il travaillait seul, le Malin l'aurait visité.
On n'a pu ouvrir les serrures qu'en les aspergeant d'eau bénite. Tout aussi diabolique, la faune exubérante des toits de Notre-Dame rappelle à quel point le mal s'est immiscé dans la maison de Dieu. Chimères, griffons, gargouilles cornues, démons palmés et autres bestioles fantastiques témoignent des peurs ancestrales. Qui, aujourd'hui, n'ont rien perdu de leur force.
La France à la fin du règne de Louis VII
A l’époque...
Apogée du style gothique en France: cathédrales de Laon (1160) et de Paris (1163).
Première distillerie avérée de vin à Salerne (Italie) en 1167.
1174: Saladin se proclame roi d'Egypte;
Thomas Becket, archevêque de Canterbury, est assassiné sur l'ordre d'Henri II d'Angleterre (1170).
Les premiers moulins à axe horizontal apparaissent en Hollande. C'est une révolution dans la minoterie. La production de la farine en sera considérablement augmentée, et les périodes de disette réduites.
1182: Philippe Auguste expulse les juifs de France.
L'art du vitrail
Les principaux colorants utilisés au Moyen Age, d’après le moine Théophile, sont :
- cobalt pour le bleu, - cuivre pour le rouge et le vert, - manganèse pour le pourpre et - antimoine pour le jaune.
On employait, déjà au 12ème siècle, la grisaille pour décorer les vitraux. La grisaille est une couleur vitrifiable composée d’un oxyde métallique coloré et d’un fondant. Diluée à l’eau ou au vinaigre, additionnée de gomme arabique (adhérence), elle est déposée sur le verre.bois, où ils subissaient une cuisson à une température de 600 à 650°C.
On peut y ajouter un émail : couleur vitrifiable associant un fondant transparent teinté à l’aide d’oxydes métalliques, qui sert à colorer les verres blancs ou à rehausser la teinte des verres colorés. Quand la peinture était sèche, les vitraux étaient recouverts de chaux et placés dans un four à 800°.
Le mastic (étanchéité) était fabriqué à base de cendres et d’huile de lin ; aujourd’hui, c’est un mélange de blanc d’Espagne et d’huile de lin.
Aux 19ème et 20ème siècles, avec de nouveaux matériaux et l’évolution des technologies, la fabrication du vitrail et le travail du verre se sont modifiés.
Le vitrail au plomb
Le sertissage ou montage, consiste à assembler les pièces de verre en les encastrant dans des baguettes de plomb. L'organisation du réseau de plomb est étudiée au préalable afin de garantir le respect du dessin et la solidité. L'ensemble est maintenu par des clous puis les jonctions des baguettes sont enduites d'un produit afin de faciliter l'adhérence de l'étain lors des soudures. Les soudures terminées sur chaque face, il faut consolider et étanchéifier celui-ci grâce au masticage. Un mastic semi-liquide est donc appliqué afin de combler les petits espaces entre le verre et le plomb. En dernier lieu le vitrail est nettoyé puis laissé à sécher quelques jours.
Schéma préparatoire pour la découpe
Le vitrail en tant qu’élément coloré et figuratif existait déjà à l’époque mérovingienne. Vers 1100, les écrits du moine Théophile prouvent que les techniques étaient maîtrisées.
Les plus anciens vitraux actuellement visibles datent de 1100 et se trouvent dans la cathédrale d’Augsbourg en Allemagne. Les vitraux des églises romanes sont très clairs, compensant la petitesse des ouvertures. Avec l’architecture gothique, les fenêtres s’agrandissent, la tonalité des vitraux peut donc se foncer et la palette du verrier se diversifier.
Le bleu est soutenu, le bleu-rouge domine dans les fonds, tandis que les couleurs se nuancent : vert-olive et vert-émeraude, rouge carmin et rouge vermillon ; le jaune est moins employé.
La Grande Rosace nord
La lecture d’un vitrail est parfois difficile et ne se fait pas toujours dans le même sens. Les premières « grandes roses » apparaissent à cette époque.
Le XIVe siècle est marqué par la découverte du jaune d’argent qui permet de colorer un verre sans utiliser la mise en plomb : innovation technique d'importance qui va contribuer de manière éclatante et durable, au perfectionnement de l'art du vitrail.
Ce procédé était déjà connu depuis le X° siècle en Egypte, en Syrie et dans le sud de l'Espagne pour la décoration de vases en céramique. Cette teinture, composée de sels d'argent mêlés à de l'ocre agit par cémentation et permet de colorer le verre dans une variance de jaune pâle allant jusqu'à l'orangé, elle s’applique sur le revers du vitrail. Ce procédé autorise de nouveaux effets : chevelures blondes, parements de vêtements rehaussés de jaune ou encore décors et fonds végétaux. Appliqué sur un verre bleu, le jaune d’argent donne un ton vert, sur un verre rouge un orangé.
Il y a aussi l’amélioration de la qualité du verre blanc désormais totalement clair. La pensée cistercienne et franciscaine favorise l’incolore.
Plus tard on aura du violet (placage de verre rouge et bleu), et la célèbre sanguine, brun-rouge. On l'appelle « sertissage en chef d’œuvre », c'est à dire l’incrustation d’un verre, souvent rond, tenu par un plomb, à l’intérieur d’un autre verre plus grand et de couleur différente. Ce travail, extrêmement délicat, permettait au compagnon d’obtenir sa maîtrise. D’où le nom de « chef d’œuvre ». Grâce à ce procédé, on pouvait dessiner les blasons des donateurs. A la Renaissance, les scènes deviennent plus réalistes, les visages plus expressifs, les formes plus précises et les couleurs plus nuancées...
Quelques verriers signeront leurs œuvres : Arnoult de Nimègue, Engrand, Romain Buron, Dominique Florentin, Jean Soudain, Mathieu Bléville, Arnaud de Moles (Auch), Valentin Bousch (vitraux lorrains et alsaciens).
La découverte des « émaux » améliorera la palette du peintre-verrier, mais cette technique, en se substituant au verre teinté dans la masse, assombrira l’œuvre et contribuera au déclin du vitrail. Il faudra attendre le mouvement « Art nouveau » pour que le vitrail redevienne un art vivant.
Quelques siècles plus tard, en 1878, lors de l'exposition universelle de Paris, on découvre le verre « américain » ou verre Tiffany.Cette école s'est constituée autour d'Emile Gallé qui venait de mettre au point sa propre technique de verre doublé pour y graver des éléments végétaux inspirés de l'art d'Extrême Orient.
Opalescent et irisé de couleurs diverses, ce verre rappelant les verres antiques est une invention de Louis Comfort Tiffany fils du célèbre orfèvre Lewis Tiffany. C'est la vogue des verrières paysages accueillant toutes sortes d'oiseaux et offrant des harmonies chromatiques inédites. Sous la houlette de grand maître verrier Jacques Gruber, l'Ecole de Nancy joue un rôle majeur dan l'évolution du vitrail.
Bon à savoir...
Ces expressions qui nous
viennent du Moyen-Âge
Avoir droit au chapitre
Être consulté, avoir le droit d'exprimer une opinion. Le chapitre est l'assemblée des moines ou des chanoines lorsqu'ils se réunissent pour discuter de leurs affaires. Les moinillons, les serviteurs n'avaient pas voix au chapitre.
Bachelier
Est le lycéen qui a réussi les épreuves du Baccalauréat. Déjà au Moyen Age, le terme désignait l'étudiant titulaire du premier grade universitaire. Au XIème siècle, le bachelier était un jeune noble, chevalier ou écuyer, qui servait sous les ordres d'un seigneur plus âgé. Le jeune homme devait faire ses preuves afin d’héritier du fief paternel. Lorsqu’il ne possédait pas de fortune, il devait redoubler d’audace pour se trouver un protecteur ou un riche beau-père.
Battre sa coulpe
Battre sa coulpe signifie se repentir. Les pénitents manifestaient le remords qu'ils avaient de leurs fautes en se frappant la poitrine et en disant " mea culpa " car faute se dit culpa en latin.
Boire à tire-larigot
Boire comme un trou. Selon le sens du mot larigot, l'expression peut avoir plusieurs origines : - sens de gosier : on boirait " à tire-gosier ". - nom d’une des grosses cloches de la cathédrale de Rouen : La Rigault (nom de celui qui en avait fait don). Son poids faisait tirer la langue aux sonneurs et assécher leurs gosiers. - petite flûte semblable à un pipeau. Boire à tire-larigot serait boire comme on joue de la flûte, sans quitter l'instrument des lèvres et en aspirant largement.
C'est une autre paire de manches
C'est une autre affaire. Au Moyen Age, les manches des vêtements n'étaient pas cousues de manière définitive, mais simplement ajustées au dernier moment. Les dames pouvaient, en signe d'attachement, remettre leur manche à leur chevalier qui l'arborait alors à sa lance ou à son écu lors des tournois. Ce gage amoureux est devenu symbole d'engagement au point qu'on en ait oublié son origine aristocratique et galante.
Champion
A l'origine, un chevalier se battait en champ clos pour défendre une cause. La justice du Moyen Age admettait l'épreuve des armes. L'accusé pouvait provoquer en duel son accusateur : Dieu faisait triompher l'innocent. Lorsque l'accusé, malade, trop jeune ou trop vieux, n'était pas en mesure de se battre lui-même, ou si c'était une femme, il pouvait se faire représenter par un champion.
Chercher noise à quelqu'un
Quereller quelqu'un souvent pour peu de chose. Noise signifiait jadis : querelle bruyante, dispute. Aujourd'hui, le mot noise ne subsiste que dans cette expression. En anglais, le mot "bruit" se dit...noise.Rappelons nous que le français était alors parlé dans toute l'Europe, en particulier dans les cours.
Chevalier
A l'origine, les chevaliers n'étaient que de simples combattants, parfois mercenaires, assez forts ou assez riches pour avoir un cheval. Leur prestige était essentiellement militaire. A partir du XIème siècle, ces guerriers commencent à constituer une classe sociale, unie par une même manière de vivre. Pour éviter les guerres continuelles, les abus de pouvoir et canaliser la violence de ces combattants souvent frustes, l’Église met en place les règles strictes du code chevaleresque. Le chevalier, dont les armes ont été bénies, doit obéir à Dieu et à son devoir, protéger les faibles, aider son prochain...
Le chien de Jean de Nivelle
Animal ou un homme qui ne veut pas obéir quand on a besoin de lui. Vient de l’expression " C'est le chien de Jean de Nivelle, il s'enfuit quand on l'appelle. " Origines de l'expression mystérieuses. On pense pourtant que ce Jean de Nivelle n'a pas eu de chien… Il a par contre refusé d'aider son père, Jean de Montmorency, à soutenir Louis XI en guerre contre le duc de Bourgogne. Furieux, son père le déshérita et Jean de Nivelle s'enfuit en Flandres sans attendre d'autres ennuis. Il faut donc comprendre: " C'est ce chien de Jean de Nivelle... " au sens de infâme, crapule.
Convoquer le ban et l'arrière-ban
S'adresser à tous ceux dont on espère l'aide. A l'origine, le ban était une proclamation du seigneur, une défense ou un ordre. Le suzerain avait le droit de mobiliser, en cas de besoin, ses hommes mais aussi ceux de ses vassaux. Il convoquait alors le ban et l'arrière-ban.
Une cote mal taillée
Estimation approximative, compromis qui ne satisfait personne. La cotte (qui s'écrivit longtemps cote) était au Moyen Age une tunique qui, si elle était mal taillée, ne convenait à personne. La cote est un impôt de la fin du Moyen Age. Lorsqu’elle était taillée, elle signifiait établie, répartie entre les contribuables.
La cour des miracles
La Cour des Miracles était située dans le quartier des Halles à Paris. Ce n’est que sous Louis XIV que la police en viendra à bout. Repaire des brigands, des faux estropiés qui mendiaient dans les rues, elle doit son nom à la magie qui le soir faisait retrouver aux infirmes l’usage de leurs membres. Aujourd’hui, une cour des miracles est un endroit plein de monde, à la fois sordide et pittoresque.
Courir le guilledou
Guiller signifiait tromper en vieux français, le verbe. Les " Guillaume " étaient ainsi nommés car ils étaient des trompeurs mais parfois aussi des trompés. Aujourd'hui, guiller ne survit plus que dans cette expression qui a pour sens : partir à la recherche d'aventures amoureuses.
Courtois
Les chevaliers du Moyen Age l’étaient ; aimables, polis, raffinés dans leur parure et leur langage et aussi leurs sentiments. Ils considéraient leur dame comme une maîtresse toute-puissante dont les désirs étaient des ordres. Pour lui plaire, ils surmontaient toutes sortes d'épreuves, physiques et morales, dont la patience n'était pas la moindre. A l'origine, courtois signifie qui vit à la cour.
La place de Grève au XIIè siècle
Le journal de Paris
987 après J.C.
Le sacre de Hugues Capet
Le Contexte
Nous sommes en 987 après J.C.
Depuis des décennies, la crise amorcée au début du siècle précédent a abouti à la formation de principautés indépendantes du pouvoir royal.
Elle s'est poursuivie tout au long du 10è siècle, aggravée par la pression exercée sur le territoire par les peuples barbares: Normands, Hongrois, et Sarrazins.
Les invasions vikings (Enluminure du Xè siècle)
Ces troubles ont abouti à la dégradation de l'autorité dynastique carolingienne, et à l'affirmation, face à elle, de pouvoirs concurrents, au premier rang desquels se trouve, dans les années 980, le roi des Francs, Hugues Capet.
Celui-ci a fini par s'imposer à la tête du royaume en 987, date à laquelle il est sacré, peut-être à Reims.
L'essentiel est là: la France vient de naître, même si le royaume ne s'étend guère au-delà des limites de l'Ile de France.
Le domaine royal sous Hugues Capet (en bleu)
Hugues Capet
Le blason de la maison de France
L'Europe en l'an Mil
Denier d'argent frappé sous Hugues Capet
La naissance d'une dynastie
Les Carolingiens sont issus d’une vieille famille franque, les Pippinides (du prénom de Pépin de Landen), qui se substitua peu à peu aux mérovingiens devenus les « rois fainéants ». La famille carolingienne tient son nom de Charlemagne, mais c’est son père Pépin le Bref, fils de Charles Martel qui s’empara du pouvoir royal en 751.
Charlemagne développa l’empire d’Occident, mais ses descendants divisèrent son héritage. La partie occidentale ou Francie occidentale donnera naissance à la France.
Progressivement, la faiblesse des souverains carolingiens favorisa l’émergence d’une nouvelle dynastie, les Robertiens qui prendront le pouvoir royal à plusieurs reprise.
Leurs héritiers, les Capétiens, le gardèrent à partir de 987. La famille des Capétiens directs, issue de Hugues Capet, régnera sur la France jusqu’au XIV ème siècle.
Par extension, " capétien " désignera le nom de cette dynastie royale qui régnera en direct de 987 à 1328 puis par branches collatérales de 1328 à 1792.
Ils s’employèrent à renforcer le royaume et pérenniser la dynastie. Les derniers représentants exhumèrent une vieille loi franque dite « loi salique » qui excluait les femmes pour maintenir la couronne à la descendance mâle. Les capétiens directs s’éteindront en 1328, à la mort de Charles IV le Bel.
Le coup de génie de Hugues réside dans le sacre de son fils Robert, associé au trône de son vivant.
Sans le savoir, ceux qui avaient cru amoindrir le pouvoir royal en plaçant sur le trône d'une monarchie élective un souverain réputé faible avaient légitimé le fondateur d'une dynastie qui allait tenir les rênes de la royauté pendant plus de neuf siècles.
Hugues épouse Adélaïde d'Aquitaine, la fille du comte* de Poitiers, en 970. Au regard de l'histoire, le règne de Hugues revêt surtout une importance symbolique. Il ne dure que neuf années et s'achève par la maladie du roi, qui disparaît sans gloire.
Qui était Hugues Capet ?
Né vers 941, il est le fils de Hugues le Grand et issu de la famille des Robertiens.
Il devient duc de France en 956, et assure l'avenir de sa dynastie. Les capétiens régnèrent directement de père en fils jusqu'en 1328.
A l'assemblée de Senlis, en 987, après la mort de Louis V, il est élu roi de France.
Il sera sacré en 988, sans doute à Reims par l'évêque Aldabéron, qui avait soutenu sa candidature (et qui était accusé de haute trahison).
A cette période, il est un seigneur puissant et respecté qui possède de vastes domaines autour de Paris et Orléans qui en font l'un des principaux seigneurs de la Francie occidentale.
Il s'agit de seigneuries laïques et d'abbayes.
Jusqu'en 991, Hugues doit combattre le parti carolingien, mené par de forts partisans, dont Charles de Lorraine.
Il meurt en 996.
Paris sous Hugues Capet
Les raids des Vikings, qui remontaient la Seine depuis la Normandie jusqu'à Paris, sont stoppées par les prédecesseurs d'Hugues Capet.
Hugues Capet et ses successeurs fixent leur résidence dans l'île de la Cité. La ville prospère grâce à la navigation sur le fleuve.
Sous son règne, on reconstruit les abbayes détruites par les Normands.
Le Xe siècle est l'époque la plus triste de l'histoire de Paris comme de l'histoire de toute la France: les famines et les pestes sont continuelles; la guerre n'a point de relâche; on se croit près de la fin du monde.
Aussi la ville ne prend aucun accroissement, et l'on n'y voit bâtir dans la Cité que les petites églises de Saint-Barthélémy, de Saint-Landry, de Saint-Pierre-des-Arcis.
Mais avec les rois de la troisième race, Paris reprend un peu de vie: de capitale du duché des Capétiens, elle devient capitale du royaume et profite de sa position géographique pour centraliser autour d'elle la plus grande partie de la France.
Cependant son influence n'est pas d'abord politique: heureuse d'être ville royale et affranchie de la turbulente vie des communes, protégée par des franchises et des coutumes qui dataient du temps des Gaulois, vivant paisible à l'ombre du sceptre de ses maîtres, elle se contente d'avoir sur les provinces l'influence des idées, du savoir, de l'intelligence.
Charte d'Hugues Capet datée du 20 juin 989, par laquelle il donne à l'Eglise son domaine de Maisons-Alfort, pour la remercier de l'avoir soutenu lors de son élection au trône de France
La communion du chevalier (cathédrale de Reims)
A l’époque...
La réunification de la Chine est réalisée par la dynastie Song, qui sera bientôt vaincue par les Mongols.
Les Vikings assaillent de nouveau l'Angleterre
La seconde église de Cluny est consacrée..
Fondation de l'université du Caire.
Gerbert devient le pape Sylvestre II.
Fondations des premiers comptoirs commerciaux sur la côte est de l'Afrique par les Arabes: Zanzibar, Mogadiscio, Mombasa..
Les vitraux de la cathédrale de Reims sont peints.
Inventions: l'écluse (Chine, 983), la poudre à canon (Chine, v.1000)
Montjoie Saint-Denis !
Il s'agit du cri de guerre des capétiens, véritable signe de ralliement autour du royaume de France.
L'origine de ce cri serait liée à celle des monts-joie, qui sont des collines. Une mont-joie existait à 3km de la basilique de Saint Denis, et avait un caractère sacré par le fait qu'elle aurait été le lieu du martyr de Saint Denis au IIIe sciècle. "Mont-joie Saint Denis" associerait ainsi la royauté à un lieu sacré, comme pour mieux auréoler le pouvoir royal.
Paris sous Hugues Capet
Rue de Paris
Hugues Capet, l'"homme au chapeau"
Le surnom de Capet fait sa première apparition vers 1030 dans la chronique d’Adémar de Chabanne, il s’applique alors au père d’Hugues Capet, le duc Hugues Ier. Il ne qualifie Hugues Capet qu’au début du XIIe siècle. Les annales de l'abbaye Saint-Médard de Soissons mentionnent l'élection (987) du fondateur des Capétiens, Hugues "surnommé Chapez" et le terme "capétien" apparaît pour la première fois chez le chroniqueur anglais Raoul de Diceto († 1202). Les révolutionnaires le donnèrent par dérision à Louis XVI détrôné (le « citoyen Capet ») et à sa famille. Rappelons qu'Hugues Capet (940 - 996), sera duc de Francie (960-987), puis roi de Francie (987-996).
Au XIIe siècle, la chape étant devenue un chaperon ou chapeau, Hugues Capet fut considéré comme "l’homme au chapeau", et la légende, appuyée sur cette fausse étymologie, naquit, selon laquelle il n’avait pas pu ou voulu recevoir la couronne.
Il n'y a pas que le nom du fondateur de la dynastie capétienne qui se rattache aux abbayes, il y a aussi son élection royale. En effet, une légende (parmi d'autres) affirmait, probablement conçue pour légitimer l'accession de la nouvelle dynastie, que si Hugues rendait la dépouille mortelle de saint Valéry (Walaric, + vers 620) à l'abbaye du saint, il serait roi et ses descendants le seraient pendant sept générations.
Le sceau royal d'Hugues Capet
3 juillet 987 Le sacre de Hugues Capet
Le 3 juillet 987, Hugues Capet devient roi des Francs sous le nom de Hugues 1er. Les principaux seigneurs du bassin parisien lui ont offert la couronne au détriment de l'ultime héritier de Charlemagne. Hugues est sacré selon un rituel germanique. Son avènement marque la vraie naissance de la France. Le nouveau roi est un homme mûr de 47 ans. Il possède de vastes domaines autour de Paris et Orléans.
Il s'agit de seigneuries laïques et d'abbayes (d'où le surnom de Capet qui fait allusion à ses chapes d'abbés, dont celle, prestigieuse entre toutes, de Saint-Martin-de-Tours). Hugues doit défendre sa légitimité les armes à la main contre le parti carolingien qui garde de solides partisans.
L'un de ses vassaux refusant de lever le siège de Tours, Hugues lui demande : - Qui t'a fait comte ? Et l'autre de répliquer : - Qui t'a fait roi ? Les premières générations de Capétiens respectent la règle féodale de l’élection. Mais Hugues et ses successeurs ont soin de faire élire de leur vivant leur fils aîné et de le faire sacrer roi à Reims. Les Grands du royaume se prêtent de bon gré à la manœuvre. Le fils du roi régnant a l’avantage d’avoir été préparé à la succession et son élection coupe court aux querelles entre prétendants. C'est ainsi que la succession héréditaire devient la règle en France... jusqu'en 1792.
A quoi ressemble l'homme du Xe siècle, comment vit-il?
Cet homme vit dans une maison rustique, faite de torchis et de chaume, plutôt confortable.
Il n'y fait pas froid, mais cette maison est sombre. Toute la famille est réunie là, on entretient le feu à même le sol. On se nourrit essentiellement de féculents - n'oubliez pas que les lentilles existent depuis le néolithique - et de céréales. Des fours sont creusés dans le sol, répartis en batterie autour d'une aire centrale, de sorte que l'on peut faire tourner les braises d'un four à l'autre.
Y a t-il une répartition précise des travaux entre les hommes et les femmes?
Il est difficile de le préciser. Nous savons qu'il existe des activités de tissage à la maison. En outre, on observe souvent la présence de sortes de cabanes annexes à proximité de la maison, à demi enterrées, servant tout à la fois de bergerie, d'étable et d'atelier de tissage: l'humidité ambiante qui y règne est essentielle à l'entretien et à la préservation du tissu.
Comment s'habille t-on?
Le vêtement populaire reste, grosso modo, le même depuis l'Antiquité: tunique, manteau, braies pour les hommes. Lin et chanvre pour le dessous; laine pour le dessus. La soie est réservée aux gens riches qui peuvent la faire venir d'Asie et de Byzance. (C'est également dans la soie que l'on enveloppe les reliques.)
L'influence religieuse est-elle prépondérante?
Oui, de plus en plus. Par exemple, on note une prolifération des paroisses, à distinguer du monachisme et des grandes abbayes telles que Saint-Denis, Saint-Germain, Jouarre, Argenteuil... La paroisse développe une pratique populaire et ce phénomène est d'autant plus important que, sous les Carolingiens, on a encore des textes qui interdisent certaines pratiques païennes - ce qui prouve que ces pratiques existent encore. A l'époque dont nous parlons, elles s'effacent.
Un château à motte
Un soldat capétien du Xè siècle
Bon à savoir...
La grande peur de l'an Mil
Faux ! La légende qui veut que la grande peur de l'an mil se soit répandue comme une traînée de poudre à la fin du premier millénaire de notre ère est absolument erronée.
D'ailleurs, à cette époque, toutes les régions d'Europe, bien que chrétiennes, n'avaient pas le même calendrier (selon les pays, l'année commençait à Pâques ou à Noël.). En outre, l'éducation scolaire étant encore lacunaire, beaucoup d'Européens ne se rendirent même pas compte qu'ils rentraient dans un nouveau millénaire.
Certes, quelques membres du clergé (principalement des clercs et des moines.), une minorité, se firent du souci à la lecture de certains versets de l'Apocalypse de Saint Jean (XX, 1 à 8.) : Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l'abîme et une grande chaîne dans sa main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et le lia pour mille ans. Il le jeta dans l'abîme, ferma et scella l'entrée au dessus de lui, afin qu'il ne séduisit plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis. [...] Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog & Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer.
Cependant, tous ces ecclésiastiques n'étaient pas d'accord sur la date de la fin des temps : beaucoup attendirent donc 1033, soit mille ans après la mort du Christ.
Comment s'est donc mis en place ce mythe des peurs de l'an mil, sachant qu'aucune source datant du XI° siècle n'en fait état ?
En fait, tout commença avec les humanistes de la Renaissance, qui décidèrent de présenter le Moyen âge comme une période noire et obscurantiste. Par la suite, ces idées furent reprises par les philosophes des lumières, puis par la révolution française de 1789.
Mais le mythe de la peur de l'an mil se répandit largement sous la III° république: en effet, les républicains voulaient démontrer que l'Église, pendant des siècles, avait eu comme objectif de tenir les masses populaires dans l'ignorance la plus crasse. De nombreux historiens, fidèles à ces idéaux républicains, diffusèrent cette propagande anticléricale, utilisant au mieux le mythe des peurs de l'an mil.
De nos jours, nous nous complaisons à nous moquer de nos ancêtres de l'époque: incultes, analphabètes, ignorants, etc...
Mais eux n'ont pas eu peur du passage à l'an Mil. Peut-on en dire autant de nos contemporains lorsque nous avons passé l'an 2000 ?
Le château à motte
Le chateau à motte apparut durant le Xème siècle. Il se caractérisait par une butte entourée d'un fossé (la terre extraite de ce fossé ayant permis d'élever la butte).
Une tour de bois, carrée ou circulaire, coiffait le sommet de la motte. L'étage de ce donjon, qui servait de deumeure seigneuriale, n'était accessible que par une passerelle mobile. Sur le toit s'installaient des guetteurs et dans le soubassement se trouvaient les réserves de nourriture et la prison.
La domisticité, les animaux et le reste des approvisionnements trouvaient place dans un enclos nommé "baille" ou "basse-cour". Ce dernier était entouré d'une palissade et précédé d'un autre fossé.
Dans le siécle qui suit, rares seront les évolutions. Elles se présenteront sous forme de nouveaux remparts de bois ou de plus grands fossés.
Et il faudra attendre près de 150 ans pour apporter un net changement aux forteresses.
Le Concile de Charroux
règlemente la guerre
Deux ans après son accession au trône de France, en 989, Hugues Capet organise à Charroux, petit village du Poitou, une assemblée solennelle, qui impose des limites à la violence des seigneurs, jusque là sans frein.
En effet, faute d'une force armée suffisante, la sécurité intérieure du royaume ne peut être assurée. Quant à la justice, elle n'est plus rendue. Les terres des églises et de la paysannerie sont transférées arbitrairement vers l'aristocratie laïque. En d'autres termes, le seul moyen de faire valoir son droit est de recourir à la guerre privée.
Le royaume s'épuise dans ces guerres intestines, et le roi a tranché.
Un serment sera prêté par tous les présents. Sa portée est très modeste, mais représente un réel progrès pour cette époque troublée. Il vise à protéger les églises, le bétail des paysans, leurs biens meubles et la personne des clercs contre les exactions de ceux qui font profession de porter les armes: les chevaliers.
Le concile de Charroux impose pour la première fois un programme minimal de remise en ordre.Des assemblées similaires se tiennent à Narbonne et au Puy. Le mouvement remonte ensuite vers la Bourgogne, où il rencontre l'influence de Cluny.
Celle-ci sera décisive dans la diffusion des idées de paix. Effectivement, les puissants, quels que soient leurs désirs de richesse, de puissance et de pouvoir, n'en demeurent pas moins angoissés par le salut de leur âme. Ils ont peur des prêtres, qui ont le pouvoir de les excommunier, c'est à dire les retrancher de la communauté des croyants.
La peste noire
Le clergé, la chevalerie, et la paysannerie
Au cours de ces assemblées, présidées par un Saint, dont la présence est matérialisée par une châsse contenant ses reliques, sont représentés, les paysans, le clergé, et les chevaliers.
Le serment consiste à obtenir des chevaliers qu'ils jurent devant Dieu de s'abstenir d'attaquer les églises et une surface définie par un rayon de trente pas autour du bâtiment.
Là, en cas d'opération militaire, les paysans peuvent trouver refuge. Toute aussi importante est la protection assurée aux marchands et aux clercs, pourvu qu'ils ne portent pas d'armes.
Elle doit permettre le retour à la sécurité des communications, et donc du commerce.
Si le concile de Charroux n'a pas tout règlé, il a néanmoins permis le début d'une prise de conscience chevaleresque de la part des seigneurs.
Hugues Capet a par cet acte énergique contribué à restaurer la sécurité et la confiance du royaume dans les institutions.
La France d'Hugues Capet
La population est estimée à 8 ou 9 millions d'habitants vers l'an mil, soit à peine plus qu'à l'époque gallo-romaine, et atteindra son maximum de 20 millions au milieu du XIII ème siècle, à la veille de la guerre de Cent Ans.
Cette croissance démographique continue du Xème au XIIIème siècle est à mettre au compte des défrichements, d'une extension des cultures, de l'introduction de nouvelles techniques et enfin de la renaissance des villes et du commerce.
L'agriculture en l'an Mil
Depuis le Haut Moyen-Age, les riches se nourrissent surtout de viandes provenant de la chasse et de poissons, en surplus des denrées de base tandis que la majorité du peuple ne subsiste que grâce au pain, fait de blé, plus souvent d'orge ou de seigle, de méteil et de soupes ou bouillies.
Les rendements sont déplorables jusqu'au XIème siècle où l'on compte pas moins de 48 ans de famine sur 73 ans!